Comment sont nées les chaussures en cuir de thon en Occitanie

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Les sneakers de la marque The String Brand sont fabriquées en cuir de thon.
Les sneakers de la marque The String Brand sont fabriquées en cuir de thon. (Crédits : The String Brand)
Le groupe Barba, spécialisé dans la transformation des produits de la mer à Villeneuve-les-Béziers, va créer une nouvelle entreprise pour fabriquer des chaussures en cuir de thon. Un matériau, encore inusité dans l’industrie de la mode, à base des peaux laissées pour compte de la consommation du thon issu de pêche écoresponsable.

Comment passe-t-on de l'importation et la transformation des produits de la mer (poissons, thons, espadons, céphalopodes) à la fabrication de chaussures en cuir de thon ? C'est en réfléchissant un jour sur la valorisation qu'il pourrait opérer sur ses déchets de découpe de poissons qu'Hervé Barba, directeur général du Groupe Barba, a eu l'idée de valoriser la peau des thons.

L'entreprise familiale (5e génération aux commandes) est installée dans une usine de 6 000 m, à Villeneuve-les-Béziers (34). De là sortent des produits pour la grande distribution, la restauration ou les poissonniers. Le groupe emploie 80 personnes en France et 25 sur sa filiale à Barcelone, et a réalisé un chiffre d'affaires de 46 M€ en 2019.

Économie circulaire

"L'innovation est au centre de nos préoccupations, souligne Hervé Barba, co-directeur général du groupe Barba avec son frère Benoît Barba. Nous sommes attachés à intégrer la dimension de durabilité et d'écologie dans notre modèle, d'où notre volonté de valoriser nos déchets, issus de la découpe en usine, en s'inscrivant dans une démarche d'économie circulaire. Ainsi, les arêtes ou certaines chairs de poissons partent en pet-food. Le thon est ce qu'on appelle un poisson-cuir car sa peau est très résistante grâce à un maillage chaotique des fibres. Fin 2016, j'ai eu l'idée d'en faire du cuir. J'ai proposé au tanneur François Roques, qui dirige la Mégisserie la Molière à Graulhet (Tarn - NDLR). Nous avons fait pas mal de R&D, notamment pour mettre au point une formule de tannage sans chrome, permettant de rendre la peau de thon imputrescible. Une fois tanné, le cuir n'a pas plus d'odeur qu'un cuir de vache."

Premières ventes en juin

Convaincus du potentiel qu'offre cette innovation d'usage - "ce n'est pas si fréquent d'avoir un nouveau type de cuir dans l'industrie de la mode", souligne Hervé Barba - le dirigeant du groupe Barba et François Roques font fabriquer, en 2018, des prototypes de bracelets, porte-cartes ou étuis à lunettes, et poussent l'investigation plus loin : Hervé Barba invite un designer dans la boucle, Tommy Bernal, créateur d'espadrilles et de baskets écoresponsables à Béziers.

Le trio est constitué : les dirigeants de Barba, le tanneur et le designer vont créer courant mars une entreprise dédiée à la transformation de cuir de thon et basée à Béziers. Elle vendra des peaux brutes à des industriels de la mode (maroquinerie, prêt-à-porter, bijoux...) sous la marque Pantuna, et des baskets sneakers et autres produits finis sous la marque The String Brand. Objectif : lancer la commercialisation sur internet en mai et réaliser les premières ventes en juin.

"Les semelles de nos baskets sneakers seront toutes en plastique recyclé, et nous proposerons trois gammes à environ 170 €, 220 € et 300 €, les premières en cuir de thon et cuir écologique, les secondes tout thon, et les dernières montantes tout thon", précise Hervé Barba, qui revendique "une exclusivité mondiale".

L'assemblage des chaussures se fera dans des usines spécialisées du Portugal.

Pêches responsables et durables

Si les entrepreneurs choisissent internet comme canal de distribution direct, c'est "pour assurer aux consommateurs un prix de vente accessible. Nous allons essayer de créer une communauté sur les réseaux sociaux, autour des valeurs de mode, de qualité d'écoresponsabilité, d'économie circulaire et de traçabilité".

Hervé Barba insiste sur un point important : "Le cuir de thon que nous utilisons provient de pêches responsables et durables. C'est du thon pêché pour répondre aux besoins de consommation humaine, et non pour sa peau. Nous n'aurons aucune difficulté à obtenir des peaux. Le groupe Barba est un acteur majeur et nous sommes en contact avec l'ensemble des producteurs du monde entier, auxquels nous achèterons leurs déchets de peaux, en plus de ceux de notre propre production. Ce qui les arrangera car aujourd'hui, ils paient pour se débarrasser de ces déchets qui sont enfouis ou brûlés. Nous leur offrirons une nouvelle ressource financière".

Le lancement de l'entreprise, dont Hervé Barba tait le nom, se fait en autofinancement. Des recrutements interviendront dans un second temps. Début février, le projet avait été lauréat du prix Coup de cœur du concours Inn'Ovations organisé par l'agence de développement économique régionale Ad'Occ.

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