Sur le marché de la communication, l’agence Wonderful confirme l’accélération du digital

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Pascal Hebrard et Pierre Niergue, cofondateurs et dirigeants de l'agence conseil en communication Wonderful, à Montpellier.
Pascal Hebrard et Pierre Niergue, cofondateurs et dirigeants de l'agence conseil en communication Wonderful, à Montpellier. (Crédits : Wonderful)
La crise sanitaire et économique modifie ou fait évoluer tous les codes. Sur le marché de la communication, l’impact se fait sentir mais les conséquences, pour les plus fragiles, sont à venir. Comment l’agence montpelliéraine Wonderful et ses consoeurs font-elles face ? L'accélération du digital est indéniablement une des réponses.

Réactivité et responsabilité sociétale. Ce sont probablement les deux valeurs principales qui auront valu à l'agence conseil en communication montpelliéraine Wonderful, d'être distinguée par Cap'Com - récompensant les actions remarquables menées par les collectivités sur le web et les réseaux sociaux pendant la crise de la Covid-19 - pour la création de la plateforme "Solidarité Occitanie Alimentation", réalisée pendant le confinement en à peine 72 heures, pour le compte de la Région Occitanie.

La plateforme permet aux citoyens d'identifier les producteurs et commerçants près de chez eux et assurant des livraisons de produits locaux. Depuis son lancement, elle a accueilli plus d'un million de visites entre mars et juin.

Cofondée et dirigée par Pascal Hebrard et Pierre Niergue, l'agence, qui emploie 35 salariés, est notamment bien positionnée sur les marchés de la communication publique. Wonderful accompagne ainsi depuis longtemps la marque promotionnelle Sud de France pour la Région Occitanie. Et en 2019, elle avait reçu le Grand prix Stratégies pour sa webserie "Bonjour Tandem" sur les Fonds européens, réalisée pour le compte de l'Union européenne et de la Région Occitanie (autorité de gestion de ces Fonds sur le territoire).

« Le prix Cap'Com est un prix de référence dans la communication publique, commente Nicolas Bermond, directeur général adjoint de Wonderful. Ce qui nous a valu cette distinction, c'est l'utilité du projet dans une période compliquée, qui permet de connecter les citoyens avec des producteurs locaux à un moment où beaucoup de gens cherchaient à se reconnecter avec leur territoire. Aujourd'hui, la plateforme a été pérennisée sous le concept "Tous Occitaniens", car cette solidarité doit perdurer et donner aux gens les outils pour manger local. »

« La force de Carole Delga (présidente de la Région Occitanie, NDLR) et de son cabinet a été de savoir nous écouter, ajoute Pierre Niergue. Ce projet serait mort si on n'avait pas réagi rapidement. Depuis, nous avons été appelés par 4 autre Régions, notamment la Région Sud et les Hauts-de-France, pour comprendre le fonctionnement de la plateforme et ensuite dupliquer le concept avec leurs prestataires habituels. Et j'ai reçu un appel du Conseil départemental du Gard pour nous remercier car dans ce département, en pleine période de production de fraises et d'asperges, sans la plateforme, rien ne se vendait ! »

Manque de visibilité

Mais le dirigeant confie aussi aujourd'hui « un manque de visibilité » et « un pilotage à vue, sur le court terme » : « Nous avons a su nous adapter mais il faut vraiment être ultra réactif. Notre force, c'est d'avoir une équipe bien structurée, capable de réfléchir sur différents sujets. Par exemple, l'agence travaille beaucoup sur le secteur agroalimentaire, et notamment viticole. Avec les cafés-restaurants qui ferment et donc ne stockent pas de vin, les viticulteurs ne font pas de campagne de promotion. Et d'un coup, ils vont nous demander d'intervenir car ils auront besoin de vendre ».

Du côté des prestataires, l'impact est important chez ce que les agences appellent « les créatifs ». Mais aussi chez les développeurs informatiques.

« C'est la première fois où nous voyons des développeurs indépendants faire des démarches pour trouver du travail, observe ainsi Pierre Niergue. Chez Wonderful, nous suivons cela de près. Notamment, durant le confinement, nous avons mis en place un baromètre pour ne pas laisser mourir quelqu'un avec qui nous travaillons régulièrement. »

Dans l'écosystème des agences conseil en communication, Pierre Niergue, qui est aussi vice-président de l'UCC Grand Sud (rassemblant quelque 70 agences conseil en communication sur l'ex-Languedoc-Roussillon et Paca) annonce à ce jour la disparition de deux agences à Marseille, ainsi que des baisses du niveau d'activité chez tout le monde, voire des difficultés : « Celles qui ont beaucoup souffert, ce sont les agences événementielles, même si aucune n'a encore annoncé son dépôt de bilan... Un mouvement de rapprochement entre agences pourrait bien intervenir en 2021 ».

« Le digital, une question de survie »

La crise sanitaire et économique valide et accélère une tendance déjà présente, la prépondérance de plus en plus importante du digital.

« Le Covid sera un marqueur dans notre économie, il y aura un avant et un après, déclare Pierre Niergue. Début octobre, lors du conseil d'administration de l'UCC, nous avons vu que certaines agences étaient bien avancées dans le digital et d'autres trop peu. Aujourd'hui, tout le monde a compris que c'est une question de survie de se mettre au digital et se demande comment faire pour accélérer. Chez Wonderful, ça veut dire développer un raisonnement à 360° et s'inscrire dans une dynamique de développement de nouveaux métiers de la communication digitale pour proposer une offre plus complète ».

Que ce soit en social media, influence marketing, growth hacking & data, l'agence-conseil Wonderful annonce avoir augmenté la part de la digitalisation dans son modèle économique.

« Aujourd'hui, 51 % de notre activité est sur le digital, contre 31 % il y a encore deux ans, souligne Nicolas Bermond. Donc les profils évoluent. En septembre, nous avons recruté 4 personnes, dont deux pour des créations de poste et 3 sur les sujets digitaux. Et la tendance va se poursuivre en 2021, quelle que soit la situation sanitaire. Si nous voulons apporter une expertise réelle, nous sommes obligés d'avoir des profils en pointe. »

Selon les dirigeants, l'agence Wonderful devrait faire 5 M€ de chiffre d'affaires en 2020 (pour une marge brute de 3 M€), contre 4,6 M€ en 2019.

« En 2020, nous avons beaucoup plus travaillé la marge brute sur des sujets où nous avons facturé des journées de conseil ou de création plutôt que des achats d'espaces », souligne Pierre Niergue.

Ethique : les Milleniums attachés à des valeurs

Que pensent-ils du projet de loi de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, visant à interdire la publicité TV pour certaines catégories de produits jugés néfastes pour l'environnement ou la santé ?

« Ce qui est surprenant, c'est que ce n'est pas construit dans la concertation, répond Nicolas Bermond. La publicité joue un rôle de tête de Turc alors qu'aujourd'hui, on accompagne beaucoup de clients sur la communication dans leur transition écologique. Les annonceurs vont forcément évoluer compte tenu des attendes des consommateurs. Par exemple, l'enjeu des constructeurs automobiles aujourd'hui est de vendre des véhicules électriques. Les principaux acheteurs d'espaces média étant les constructeurs automobiles, il faut réfléchir aux impacts d'une telle loi... »

Et Pierre Niergue témoigne d'un mouvement éthique émergeant mais réel : « Wonderful a travaillé il y a 15 ans pour des marques de cigarettes sur le continent africain. Si la même demande nous arrivait aujourd'hui, nous la refuserions car 100 % de nos salariés seraient contre. Aujourd'hui, les Milleniums peuvent refuser de participer à un projet si les valeurs de l'agence ne sont pas en accord avec les leurs. C'est plutôt nouveau... ».

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