Hôtellerie de plein air : pour Jean-Guy Amat, « il faut innover et sortir des cadres réglementaires »

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Jean-Guy Amat, président du Comité des groupes et des chaînes de campings.
Jean-Guy Amat, président du Comité des groupes et des chaînes de campings. (Crédits : DR)
Avec 124 millions de nuitées en 2017, l’hôtellerie de plein air est un incontournable de l’économie française. Et un poids lourd de l’Occitanie. Alors que la saison touristique 2018 démarre, Jean-Guy Amat, président du Comité exécutif national des chaînes et des groupes de campings, et directeur d'un établissement dans l'Hérault, évoque un secteur en pleine mutation qui doit adapter son offre à une demande qui monte en gamme.

Jean-Guy Amat, propriétaire-gérant du camping 5* Le Sérignan-Plage (1 466 emplacements à Sérignan - 34) sous franchise Yelloh ! Village, est président depuis novembre 2017 du Comité exécutif national des chaînes et des groupes de campings, rassemblant les établissements appartenant à un groupe (type Tohapi-Vacalians ou Campéole)  ou sous franchise d'une chaîne (comme Yelloh ! Village ou Flower Campings). À ce titre, il siège au bureau de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air (FNHPA). Alors que la saison touristique 2018 démarre, il évoque un secteur en pleine mutation.

Combien pèse l'hôtellerie de plein air ?

« En 2017, la fréquentation de l'hôtellerie de plein air a augmenté de 6 % par rapport à 2016, avec 124 millions de nuitées recensées en France. Elle a progressé de 20 % en dix ans, selon une étude de l'Insee en avril 2018. En Occitanie par exemple, l'hôtellerie de plein air compte 1 500 entreprises, 500 000 lits sur 137 000 emplacements, soit la 2e région en France. Et sur l'ex-Languedoc-Roussillon, le secteur réalise en chiffre d'affaires annuel l'équivalent de 10 Airbus A318, et pèse 12 000 emplois directs et indirects, pour 50 000 dans l'aéronautique en Midi-Pyrénées. Il faut compter un emploi pour 10 emplacements. Et ce sont des emplois non délocalisables, alors que le tourisme, lui, peut se délocaliser si les établissements ne sont pas à la hauteur des attentes des campeurs. »

Où en est l'image du camping aujourd'hui ?

« Les indicateurs sont positifs. Au niveau national, un Français sur trois part en camping aujourd'hui, selon un sondage OpinionWay 2018 pour la FNHPA. C'est une tendance qui se conforte. Le camping avait une image de produit bas de gamme, or aujourd'hui, on touche une clientèle qui a un pouvoir d'achat plus important. »

Quels sont les enjeux ?

« Cette clientèle est en quête de nature, de plein air, et le camping peut y répondre. Mais il faut adapter l'offre, notamment du point de vue de la qualité. Et donc investir pour être compétitifs. Aujourd'hui, les campings investissement 22 % de leur chiffre d'affaires en moyenne, soit par exemple 160 M€ d'investissement par an pour l'hôtellerie de plein air de l'ex-Languedoc-Roussillon. C'est l'un des rares secteurs qui investit autant ! Or on observe une disparition de l'offre, avec un nombre d'emplacements qui diminue. De petits établissements ferment, soit parce qu'ils ont une rentabilité trop faible, soit parce qu'ils doivent faire face à des contraintes administratives fortes et préfèrent jeter l'éponge... Il y a donc une demande à laquelle on a du mal à répondre, alors que le gouvernement ambitionne de monter à 100 millions le nombre de touristes en France en 2020 ! Il faut trouver des solutions pour que les campings puissent continuer à se développer dans des zones à fortes contraintes comme le littoral, les bords de rivière ou la montagne, où il faut concilier la préservation des sites à une activité touristique importante. Les camping commencent à y réfléchir mais il faudra que les pouvoirs publics les accompagnent. Il faut innover pour sortir des cadres réglementaires existants et des choses très normées. »

Le secteur de l'hôtellerie de plein air connaît lui aussi un phénomène de concentration. Dans quelle proportion et avec quelles conséquences ?

« De plus en plus de camping sont rachetés par des groupes ou se rallient à des chaînes. Aujourd'hui, 50 % de l'activité sont réalisés par les 1 075 campings appartenant à des groupes ou des indépendants sous franchise, soit 13 % des campings français, 27 % des emplacements, et 1,3 Mds € de chiffre d'affaires... La 1e conséquence du phénomène de concentration, c'est que les campings sont devenus des biens que l'on négocie pour les gros groupes financiers qui veulent se développer. Le 2e point, c'est que cela permet d'avoir une offre plus segmentée et plus lisible, grâce à une communication massive mise en place par ces groupes. Mais la grosse inquiétude, c'est que les groupes adoptent des méthodes de commercialisation plus agressives, avec tarifs parfois extrêmement bas, qui peuvent faire vaciller des campings indépendants dans l'incapacité de rivaliser. Pour se maintenir, ils doivent se différencier par une valeur ajoutée, par exemple des hébergements atypiques, et être soutenus par les pouvoirs publics. »

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