Ce que les restaurateurs héraultais ont demandé à Jean-Baptiste Lemoyne (secrétaire d’État au Tourisme)

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Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au Tourisme, à Montpellier, aux côtés du chef Jacques Mazerand, restaurateur à Lattes.
Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au Tourisme, à Montpellier, aux côtés du chef Jacques Mazerand, restaurateur à Lattes. (Crédits : Cécile Chaigneau)
Le secrétaire d’État chargé du tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, était en déplacement dans l’Hérault le 19 octobre pour rencontrer les restaurateurs. Au menu : couvre-feu trop tôt dans la soirée, trésoreries en souffrance, inquiétudes sur les loyers et sur le remboursement des prêts, mais aussi thermalisme inquiet ou traiteurs « sous perfusion »… Le représentant du gouvernement a dû répondre à l’anxiété des professionnels générée par la crise sanitaire.

Les restaurateurs héraultais, via le président de l'UMIH 34 (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) Jacques Mestre, ont tenté de mettre un pied dans la porte et d'infléchir la position du gouvernement, notamment sur l'horaire de début de couvre-feu, 21 h, qu'ils aimeraient voir passer à 22 h... Une petite heure de plus qui, selon eux, leur permettrait de faire exister un service du soir.

« A 21 h 01, on pourrait plus facilement attraper le virus ?, interroge Jacques Mestre, ironique. Ici, c'est le sud, on est dehors ! Laissez-nous travailler et on sera respectueux des mesures sanitaires. Il nous faut une heure de plus. On compte sur vous... »

Une requête sur laquelle Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie, en déplacement à Montpellier le 19 octobre, a diplomatiquement botté en touche : « Si on décale à 22 h, demain, vous me demanderez 23 h et c'est sans fin... Nous devons mettre en œuvre ce couvre-feu et voir le retour d'expérience. Ce qu'on veut, c'est limiter les interactions. On sait que c'est difficile, mais il nous faut protéger en même temps les citoyens et les entreprises. Une mesure a été prise, pour éviter des mesures plus difficiles, on s'y tient. Plus vite on sort de cette zone pénible et plus vite on pourra reprendre une vie le plus ordinaire possible... Faisons cet effort. Aujourd'hui, c'est le temps de la lutte contre cette épidémie. Si on se serre les coudes et que l'État continue à apporter son soutien au monde économique, on parviendra à passer cette épreuve ».

Un « devoir citoyen »

Après une rencontre avec les lecteurs du quotidien régional Midi Libre, le secrétaire d'Etat était accueilli au restaurant de Mazerand, à Lattes aux portes de Montpellier, tenu par les frères Jacques et Christian Mazerand. Le premier est aussi président de l'association Chefs d'Oc Montpellier et délégué régional Occitanie des maîtres cuisiniers de France.

Alors que son établissement réalise en temps normal 50 % de son chiffre d'affaires sur l'activité de séminaires et banquets et les 2/3 le soir, Jacques Mazerand évoque « les trésoreries très affaiblies » de la profession, y compris celle du restaurant Le Mazerand, « même si nous n'avons pas de loyer ».

« Le monde de la restauration paie un lourd tribut et je sais que ne pas faire de service le soir a un impact économique important, répond Jean-Baptiste Lemoyne. L'État a été là depuis mars et le restera. Depuis le 14 mai, ce sont 18 Mds € qui ont été mis sur la table avec les PGE, l'activité partielle, le fonds de solidarité. Et à chaque fois, nous avons voulu adapter les dispositifs aux réalités du terrain. Par exemple, nous avons réévalué le fonds de solidarité de 1 500 à 10 000 € par mois car les charges fixes, les loyers, sont parfois durs à absorber... Le gouvernement continuera à être à vos côtés. Je sais que les restaurateurs ont fait de gros efforts pour rassurer leur clientèle. Le message que nous lançons à nos compatriotes, c'est que c'est un devoir citoyen de se rendre au restaurant à midi, une manière de se faire plaisir tout en étant utile pour aider les restaurateurs. »

PGE : « Il faut nous laisser jusqu'en septembre 2021 »

Et justement, la question des loyers à payer alors que le chiffre d'affaires n'est pas assuré inquiètent grandement la profession.

« Cette question fait partie des sujets encore devant nous, admet le secrétaire d'Etat. Le fonds de solidarité ne permet pas toujours d'éponger cette charge. Nous travaillons pour trouver des mécanismes, comme par exemple un crédit d'impôt pour les bailleurs. Mais c'est compliqué car il s'agit d'une relation entre deux privés. Et pour certains, le loyer est un complément de retraite indispensable. Il faut trouver les bons réglages. »

Jean-Baptiste Lemoyne rappelle que les PGE représentent 10 Mds € pour le tourisme et que depuis le 5 août, un PGE "saison" pour les professionnels saisonniers comme dans le secteur du tourisme et de la restauration, permet d'emprunter l'équivalent du chiffre d'affaires des trois meilleurs mois de l'année. Il évoque aussi le prêt Tourisme, opéré par Bpifrance pour les besoins en investissement des acteurs du tourisme.

Autant de prêts qui, s'ils s'apparentent à de véritables bulles d'oxygène pour les professionnels en difficulté, devront un jour être remboursés. Une question qui est en discussion, selon le secrétaire d'État.

« Il faut nous laisser encore un an, c'est-à-dire attendre jusqu'en septembre 2021 qu'on ait terminé la saison estivale et qu'on ait eu le temps de se refaire une trésorerie pour commencer à rembourser le PGE », plaide Jacques Mestre.

Autre point sensible : la prise en compte des pertes d'exploitation des restaurateurs par les assurances. Jacques Mestre, là aussi, a soufflé assez fort à l'oreille du secrétaire d'Etat qu'il souhaitait « que les assureurs prennent en compte cette perte d'exploitation à hauteur de 20 à 25 % ». A-t-il été entendu par le Jean-Baptiste Lemoyne ? « C'est en bonne voie », assure le président de l' UMIH 34...

« Vous nous avez mis sous perfusion, il faut nous sortir du coma »

Du côté des traiteurs, l'inquiétude est vive, leur activité étant quasiment à l'arrêt depuis mars.

« Le tourisme d'affaires draine beaucoup d'activité dans la région et il est au point mort, s'inquiète Bernard Cabiron, traiteur à Montpellier et adhérent du GNI Occitanie, Groupement national des indépendants de l'hôtellerie-restauration rassemblant les cafetiers, hôteliers, discothécaires et traiteurs. Vous nous avez mis sous perfusion mais aujourd'hui, il faut nous sortir du coma. Il faut faire du chirurgical, entreprise par entreprise pour être au plus près de la réalité. »

« Avec Alain Griset (ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargé des PME, ndlr), nous voulons mettre au point un dispositif ad hoc, comme pour les discothèques, ce travail est en cours, répond Jean-Baptiste Lemoyne. Dans la filière de l'événementiel, ce sera compliqué pour les événements grand public, mais aujourd'hui, il y a de la place pour permettre un tourisme d'affaires au sens B2B, entre entreprises, car il y a un savoir-faire et que de nouveaux tests de dépistage, plus rapides, vont arriver. »

1 000 personnes supplémentaires sollicitent des aides sociales

L'inquiétude est d'autant plus vive que le tourisme et la restauration sont évidemment une vaste chaîne, faite d'intervenants et acteurs qui dépendent les uns des autres. « La crise a eu une vertu, c'est de rendre tangible que le tourisme est un secteur capital pour le pays et que beaucoup de professions sont liées à ce secteur, avec le risque d'un impact considérable sur l'amont ou l'aval », a d'ailleurs confirmé le secrétaire d'Etat.

Cyril Meunier, le maire de Lattes et conseiller départemental se réjouit que le Conseil départemental de l'Hérault ait pu voter, ce 19 octobre au matin même, une aide de 1,2 M€ pour abonder le fonds régional L'Occal (adossé au Fond National de Solidarité de l'Etat) à destination des professionnels du tourisme, de l'artisanat et des commerces de proximité. Une aide pour laquelle la collectivité avait initialement été retoquée au motif qu'elle n'a pas la compétence économique.

« Je m'inscris en faux car le tourisme est un secteur économique essentiel et si nous n'aidons pas autant que possible, aux côtés de la Métropole de Montpellier et de la Région Occitanie, on a se retrouver dans deux mois dans une situation catastrophique », déclare Cyril Meunier, soulignant que le Département enregistre 1 000 personnes supplémentaires par mois qui sollicitent des aides sociales.

Éviter un reconfinement préjudiciable pour la nation

Alors que les vacances de Toussaint viennent de démarrer pour deux semaines, avec un inévitable brassage des populations que le gouvernement n'a pas interdit, le maire s'inquiète aussi de ces déplacements qui risquent de véhiculer le virus.

« Nous avons eu un été bleu-blanc-rouge, et les Français ont redécouvert la France, ce qui a permis de sauver les meubles, déclare Jean-Baptiste Lemoyne. La clientèle de proximité était au rendez-vous, on a là un moteur important sur lequel travailler... Quand on se compare, on se rassure : certains pays européens ont enregistré une baisse de - 75 % ou - 80 % de fréquentation internationale là où nous, nous étions à - 50 %. La France a été plus résiliente... Il va falloir vivre dans la durée avec le virus et s'adapter, et les vacances peuvent se prendre dès lors que chacun fait attention dans sa vie quotidienne. Sinon, on se retrouvera dans une situation économique compliquée ! Je le redis : l'objectif, c'est d'éviter un reconfinement généralisé qui serait préjudiciable pour la nation. »

Les défis : un tourisme plus durable et le digital

Claude Barral, le président de Hérault Tourisme, interroge une contradiction : un secteur qui se mesure en nombre de nuitées et en même temps, l'émergence d'un modèle de tourisme plus qualitatif et respectueux. « Dans le plan de relance, le gouvernement a-t-il prévu des mesures destinées au tourisme pour préparer l'après-Covid ? », demande-t-il.

« Il faut penser un tourisme de demain plus durable, répond le secrétaire d'État. Un tiers du plan de relance est fléché sur le développement durable (30 Mds €, NDLR), et les acteurs du tourisme peuvent aller y piocher. Et nous avons mis en place, avec l'Ademe, une ligne de 50 M€ pour aider à des expériences pilotes sur les territoires en matière de tourisme durable. »

Enfin, Jean-Baptiste Lemoyne pointe un autre chantier, le défi du digital : « Pour l'instant, les acteurs du tourisme l'ont un peu subi, des plateformes internationales se sont développées et on s'est retrouvés pieds et poings liés... Nous avons mandaté Olivier Sichel (directeur général délégué de la Caisse des Dépôts, NDLR) pour travailler à une plateforme qui agrégerait toute l'offre loisirs française. Le digital doit être un élément de réflexion car aujourd'hui, une partie de la valeur ajoutée part chez d'autres acteurs ».

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Commentaires
a écrit le 21/10/2020 à 8:42 :
Je pense qu'il n'y a rien à attendre de Jean-Baptiste Lemoyne dont la carrière politique et les compétences sont à l'unisson de de nos gouvernants actuels. Jean-Baptiste Lemoyne est à l'image du sparadrap du Capitaine Hadock. Un "parasite" qui revient par la fenêtre quand vous l'avez mis dehors pas la porte. Mais à vrai dire, ils sont nombreux dans ce cas. Le plus triste c'est que tout ce petit monde sans idées, ni valeurs, coûte beaucoup d'argent aux Français.

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