Le maire de Montpellier réduit le droit de cité pour Airbnb

La sortie de la crise sanitaire est amorcée, le secteur du tourisme et de l’hôtellerie reprend son souffle. Aux portes de l’été à Montpellier, où le tourisme est une locomotive économique, le maire Michaël Delafosse met en place des mesures pour soutenir les professionnels. A commencer par une règle destinée à réduire l’emprise Airbnb (et autres plateformes du genre) par la limitation du nombre de jours de location des meublés touristiques.
Cécile Chaigneau

5 mn

Dans le quartier ancien de l'Ecusson, à Montpellier, les meublés touristiques loués sur des plateformes comme Airbnb (plus de 5.000) font concurrence à l'hôtellerie traditionnelle (4.566 chambres).
Dans le quartier ancien de l'Ecusson, à Montpellier, les meublés touristiques loués sur des plateformes comme Airbnb (plus de 5.000) font concurrence à l'hôtellerie traditionnelle (4.566 chambres). (Crédits : Christine Caville)

« Concernant l'encadrement d'Airbnb, il était temps de mettre de l'ordre ! Les hôteliers prennent des risques, investissent, forment des gens. Or on voit des appartements entiers de l'Écusson qui sont devenus source d'une véritable activité professionnelle sur Airbnb. C'est une concurrence déloyale envers les hôteliers ! Et cela contribue à augmenter le niveau des loyers. Nous instaurons donc (lors du conseil municipal de Montpellier du lundi 14 juin, NDLR) une règle claire et drastique : comme à Paris, nous limitons les meublés touristiques à 120 jours de location par an*. Cette mesure va aussi loin que ce que la loi autorise... »

Le 11 juin, le maire (PS) de Montpellier et président de la Métropole, Michaël Delafosse, lance les festivités en même temps que les hostilités à l'égard de la plateforme américaine la plus usitée pour l'activité de location de meublés touristiques, Airbnb. Dans les pas de son homologue maire de Paris, Anne Hidalgo, il impose une restriction des jours où les propriétaires de logements pourront louer leur bien sur Airbnb (ou tout autre plateforme telle qu'Abritel par exemple) pour freiner leur développement anarchique. C'était une de ses promesses de campagne. La voilà tenue.

« Nous voulons que les gens habitent le centre-ville ! »

Tout logement loué sera donc désormais soumis à une démarche d'enregistrement auprès de la Ville, permettant de contrôler le respect des 120 jours de location annuels et la vérification du paiement de la taxe de séjour.

« Nous mettons cette règle en place d'abord à Montpellier et chaque commune de la Métropole va devoir délibérer de son côté, ajoute l'édile. Nous avons recruté deux contrôleurs. Cela fonctionnera comme à Paris. Il y a tellement de villes qui ont perdu leur centre à cause de ça, comme Aix-en-Provence... Nous voulons que les gens habitent le centre-ville ! »

L'élu fait ainsi référence aux effets néfastes de la multiplication des changements d'usage des logements vers une vocation touristique : investissements spéculatifs, vente à la découpe, flambées des prix de l'immobilier, mais aussi changement de la physionomie de certains quartiers et perturbation du bien-vivre ensemble au sein d'immeubles résidentiels où la cohabitation des habitants avec les touristes de passage n'est pas toujours sereine...

« Avec la police municipale, nous serons intransigeants sur le comportement des locataires en Airbnb, car ce sont des immeubles où les gens vivent, précise d'ailleurs Cyril Meunier, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole délégué au Tourisme, à l'Attractivité et aux Congrès. Nous avons pris le temps nécessaire pour mettre cette mesure en place, il ne fallait pas faire n'importe quoi pour ne pas se faire retoquer au tribunal, comme ça a été le cas dans certaines villes. »

Plus de 5.000 logements Airbnb, contre 4.566 chambres d'hôtel

L'élu délégué au tourisme ajoute qu'en parallèle de cette mesure, la Métropole a voté le 7 juin une augmentation de 3 à 5% de la taxe de séjour sur les meublés de tourisme, afin de faire contribuer davantage ces locations aux charges d'accueil touristique des collectivités et à aligner leur taxation sur celle des hôteliers.

Des hôteliers qui sont évidemment (enfin) satisfaits : Airbnb, c'était la foire et la régulation de cette activité était une de nos revendications depuis plusieurs années ! », rappelle Jacques Mestre, président UMIH (Union des Métiers et des Industries de l'hôtellerie) Languedoc Roussillon, soulagé.

Selon les chiffres donnés par la Métropole, « en 2019, les locations de meublés touristiques se sont envolées, avec un bond de + 37% des nuitées, pour atteindre près d'un million de nuit proposées chaque année à Montpellier. Selon le moteur de recherche Trackeet, sur l'ensemble de la Métropole, 16.705 annonces uniques seraient parues sur les plateformes depuis 2018 (Airbnb, Abritel, Booking, leboncoin...), dont 21% de logements mis en location durant plus de six mois ».

L'Office de tourisme annonce, quant à lui, « plus de 5.000 logements Airbnb proposés à Montpellier, soit presqu'autant que le nombre de chambre en hôtellerie traditionnelle : 4.566 chambres d'hôtel pour 89 établissements et 1.733 chambre en résidence ».

E cas de non-respect de la nouvelle obligation de déclaration des logements mis à la location en meublés touristiques, les propriétaires et les plateformes encourent une amende au plus de 50.000 euros, et jusqu'à un an d'emprisonnement et/ou au plus 80.000 euros d'amende pour fausses déclarations et manœuvres frauduleuses.

Des concerts de France Télévisions au Peyrou

Ces annonces de soutien au secteur hôtelier s'inscrivent dans une action globale de soutien au tourisme. Les élus se veulent optimistes et en ce début d'été, sont venus avec de bonnes nouvelles.

Le Festival de musique France Télévisions organisera ainsi cinq concerts grand public (avec une jauge de 1.000 personnes) du 2 au 6 juillet dans les jardins du Peyrou et le 9 juillet, un concert spécial Afrique, dans la perspective du Sommet Afrique-France (autre rendez-vous majeur) en octobre. Les concerts seront retransmis à la télévision dans le courant du mois d'août.

Michaël Delafosse annonce également que 49 congrès se tiendront d'ici fin 2021 au Corum de Montpellier, « soit 35.000 personnes attendues et de l'activité pour les hôtels, les bars, les restaurants », se réjouit l'élu qui rappelle que la Métropole a créé un fonds de garantie de 50.000 euros par lequel la collectivité se porte garante en cas de problème lié à la crise sanitaire.

« Et un grand événement se prépare pour 2021, qui fera un effet "waouu"... », lâche Michaël Delafosse, volontairement mystérieux. A suivre.

 * 120 jours par an pour de sa résidence principale, et location d'une résidence secondaire par foyer fiscal durant une période limitée à six ans.

Cécile Chaigneau

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 15/06/2021 à 8:38
Signaler
Bonjour, Je n'ai pas bien compris la phrase : "* 120 jours par an pour de sa résidence principale, et location d'une résidence secondaire par foyer fiscal durant une période limitée à six ans." : Pour les résidences secondaires : est ce limité à 12...

à écrit le 13/06/2021 à 10:41
Signaler
Il faudrait déjà se poser la question du pourquoi les propriétaires se tournent vers Airbnb,?, Réponse : parce qu ils sont sûrs d être payés. Tant que la loi protégera les locataires malhonnêtes, il y aura des problèmes de logement.

à écrit le 13/06/2021 à 8:53
Signaler
En résumé, location à un étudiant pendant 9 mois et 3 mois d'Airbnb, le top de la rentabilité ^^

à écrit le 12/06/2021 à 10:38
Signaler
Puissent tous les maires de France lui emboîter le pas : et encore, 120 jours c'est beaucoup trop. On ne peut pas à la fois continuer à dire qu'on soutient l'hôtellerie, et laisser faire ce grand n'importe quoi. Sait-on jamais, un jour nous retrouve...

à écrit le 12/06/2021 à 0:54
Signaler
Voilà un monsieur plein de bon sens économique. Bravo

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.