Women For Future : où sont les femmes du numérique ?

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La dernière édition du Challenge InnovaTech, en mars 2018, à laquelle participait une équipe de startuppeuses et d'étudiantes de l'ex-LR
La dernière édition du Challenge InnovaTech, en mars 2018, à laquelle participait une équipe de startuppeuses et d'étudiantes de l'ex-LR (Crédits : Gézelin Grée)
La soirée de lancement du mouvement Women For Future, créé par La Tribune et basé sur une nouvelle intelligence collective en faveur de l'égalité économique femmes-hommes, se déroulera le 12 juin à Montpellier. Cette volonté de promouvoir l'entrepreneuriat au féminin et les roles models trouve notamment sa pertinence dans les filières technologiques, désertées par les jeunes femmes.

Ni la médiatisation de « role models » à succès telles que Céline Lazorthes (Litchee), Roxanne Varza (Station F) ou la Montpelliéraine Rachel Delacour (Zendesk), ni l'émergence d'un secrétariat d'État très dynamique piloté par Marlène Schiappa, ni la « startuppisation » de l'économie qui a grandement facilité la création d'entreprises, ni les mouvements de type #metoo réénergisant la cause féministe ne semblent pouvoir bouger le curseur : la présence des femmes dans les filières de haute technologie telles que le numérique, l'aéronautique, l'automobile, le spatial, etc. reste très faible.

Une tendance à l'aggravation

Les filières de l'ingénierie ne comptent que 20 % de femmes, celles du numérique font à peine mieux avec 30 %. Et les choses empirent dans les jeunes classes d'âge : entre 1980 et 2010, la part d'étudiantes dans les DUT d'informatique a chuté de 50 % à 9,6 % !

« C'est une tendance générale, avec un déclin plus ou moins marqué selon les régions, et ce en dépit du poids du numérique dans l'économie. L'Occitanie est la 4e région pour la filière numérique, mais accuse un fort taux de chômage, notamment chez les femmes. Montpellier est le 1er territoire régional pour la création de start-ups, mais les problèmes de recrutement de femmes persistent », évalue Céline Léon, déléguée départementale du Secrétariat d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, qui travaille sur ces sujets avec des associations comme Elles Bougent ou FACE Hérault.

Analyses de la dynamique en cours

Lors de la soirée de lancement du mouvement Women For Future, organisée par La Tribune le 12 juin à Montpellier, les échanges permettront notamment de passer en revue les nombreux motifs qui se cumulent pour expliquer le phénomène : une culture techno stéréotypée jugée trop excluante, une sensibilisation insuffisante lors de l'orientation au collège et au lycée, une implication grandissante des "roles models" mais encore mal connue, etc. La Tribune-Objectif a interrogé quelques actrices en vue de l'écosystème local sur leur analyse de la situation.

Muriel Avinens, codirectrice de Dell EMC Montpellier : "Comme d'autres entreprises, Dell EMC Montpellier a du mal à faire progresser le pourcentage de femmes dans son recrutement. Nous arriverons, au mieux, à 3 % de plus* cette année (Dell EMC emploie 32 % de femmes sur 900 postes à Montpellier, NDLR). Nous atteignons 50 % chez les alternants, mais on retrouve ces femmes surtout sur des postes de commerciales, marketing, finances, etc. S'il est vrai que l'entrepreneuriat féminin double tous les ans, il progresse peu dans le numérique. Tout doit partir d'un travail sur l'éducation, car les jeunes collégiennes et lycéennes font le choix de filières genrées. En lien avec la French Tech et FACE Hérault, nous allons dans ces établissements pour y montrer des modèles de réussite féminins et créer des ateliers de codage".

Aude Barral, cofondatrice de CodinGame (plate-forme de recrutement) : "Selon l'association européenne Women in Digital Age, la proportion de femmes est en forte baisse dans les métiers de l'informatique depuis 2011 : trois fois plus d'hommes, et quatre fois plus dans l'enseignement supérieur. Sur notre plate-forme, nous comptons à peine 6 % de femmes sur un million de développeurs dans le monde. Le problème est que les jeunes femmes désertent ces filières dans l'enseignement supérieur. Elles n'ont pas envie de métiers dominés par les hommes. La programmation a une image très cérébrale, alors que les femmes sont plus attirées par l'interaction sociale. Il faut travailler sur cette image, montrer que ces métiers peuvent être universels, et qu'ils engagent beaucoup de créativité".

Aurélie Armand, DRH de Kaliop (solutions open source) : "Kaliop est dans une fourchette supérieure à la moyenne avec 50 % de femmes à la direction, mais nous retombons à 4 % sur notre cœur de métier - le développement web - et à 15 % dans les fonctions managériales ou de direction de projet. Or le numérique, sans la présence des femmes, n'est pas fabriqué pour les femmes. Nous souffrons d'une image de métiers obscurs : si le web est connu, tous les autres métiers derrière lui ne le sont pas. Ces métiers sont aussi reliés inconsciemment à une expertise scientifique, avec la manipulation d'algorithmes ; or il y a déjà plus d'hommes dans les filières scientifiques, et encore plus sur cette orientation. Enfin, ces préjugés perdurent dans la tête de beaucoup de gens, chez les enseignants ou les parents. Ils sont souvent incapables d'expliquer ces métiers".

Inscriptions à Women For Future sur ce lien.

Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Où sont les femmes du numérique ?" dans le nouveau numéro de La Tribune-Objectif, déjà disponible.

W4F

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