Forum Santé Innovation : enseignements, leçons et opportunités de la crise Covid

La 3e édition montpelliéraine du Forum Santé Innovation, organisé par La Tribune et qui s’est tenue le 18 mai, ne pouvait ignorer la situation actuelle et la crise sanitaire qui sévit encore. Avec le Professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil Scientifique Covid-19, comme grand témoin, l’événement a examiné les enjeux de cette pandémie mondiale. Premier round : les enseignements et leçons à en tirer, et les opportunités d’innovation.
Cécile Chaigneau

8 mn

Le Forum Santé Innovation de Montpellier, 18 mai 2021, accueillait sur une première table ronde animée par Guillaume Mollaret (au centre) Jean-Marc Holder (SeqOne), Philippe Nérin (SATT AxLR) et Jean-Christophe Zerbini (GIP e-santé Occitanie).
Le Forum Santé Innovation de Montpellier, 18 mai 2021, accueillait sur une première table ronde animée par Guillaume Mollaret (au centre) Jean-Marc Holder (SeqOne), Philippe Nérin (SATT AxLR) et Jean-Christophe Zerbini (GIP e-santé Occitanie). (Crédits : Eric Durand)

A la veille du 3e déconfinement en France, Jean-François Delfraissy, professeur de médecine en immunologie, président du Comité consultatif national d'éthique et président du Conseil Scientifique Covid-19, était le grand témoin du Forum Santé Innovation (FSI), organisé par La Tribune à Montpellier le 18 mai (enregistré en plateau et accessible en replay).

  • Les mises en garde de Jean-François Delfraissy sur le déconfinement

Aux premières loges de la gestion de la crise, coordinateur des équipes d'experts qui ont analysé l'évolution de la pandémie et conseillé le gouvernement depuis un an, l'éminent scientifique met en garde contre un déconfinement trop décontracté...

« La période est plutôt favorable, avec une baisse de l'incidence de circulation du virus, une baisse lentement progressive de la pression sur le système de soin, convient-il. Mais la question, c'est que va-t-il se passer dans les deux mois qui viennent ? La vaccination ne va pas tout résoudre. Aujourd'hui, on est à environ 20 millions de vaccinés en France, et on sera approximativement à 35 millions au 1e juillet. A ce moment-là, l'immunité commencera à devenir solide. Mais ne sera pas suffisant. Pour sortir de la crise, il faut être à 90% d'immunisation, ce qu'on n'atteindra pas avant fin septembre. Donc l'avenir est entre nos mains : il faut faire attention car on peut rebasculer tant qu'on n'a pas atteint ce niveau d'immunisation. L'enjeu majeur, ce sont les quatre semaines qui viennent. Il faut rouvrir mais il ne faut pas gâcher cette réouverture, il faut maintenir les distanciations, les mensures barrières, en attendant une immunité. Si on passe cette phase des quatre semaines, la couverture vaccinale permettra d'envisager l'été dans des conditions différentes. C'est de la responsabilité de chacun. »

Jean-François Delfraissy, lors du FSI de Montpellier le 18 mai 2021

Le Professeur Jean-François Delfraissy.

  • « Pas de 3e pouvoir médical », dit le Pr Delfraissy

Jean-François Delfraissy, qui s'affirme « optimiste » et qualifie l'intelligence de l'homme comme « supérieure au virus », revendique également une certaine modestie à avoir face aux événements, soulignant qu'il y a « encore beaucoup de choses qu'on ne connaît pas, et des variants qu arrivent ». Mais il le croit : « la science va gagner ! ».

S'il prône l'approche par la territorialisation, il pointe un autre enjeu au-delà des controverses scientifiques : « Ce qui compte, c'est qu'on renforce la démocratie en santé, la participation sociétale. Le scientifique conseille, le politique décide, et le citoyen qui est un acteur et a besoin de confiance. Je souhaite que le citoyen soit au cœur du débat ».

La dissolution du Conseil scientifique que Jean-François Delfraissy préside serait une bonne nouvelle. Mais elle n'est pas à l'ordre du jour...

« J'avais demandé qu'il disparaisse en juillet 2020 mais les sénateurs et les députés ont demandé qu'on poursuive et je crois qu'ils ont eu raison car est arrivé quelque chose qu'on n'avait pas prévu : l'ampleur de la crise avec les nouveaux variants. L'avantage du conseil scientifique, c'est notre grande indépendance d'esprit. Chacun son rôle : le comité est là pour éclairer le gouvernement qui décide. Il n'y a pas de 3e pouvoir médical en France ! Les enjeux de la crise sont sanitaires mais aussi sociétaux, économiques, sanitaires non-Covid,... Le politique doit prendre en compte l'ensemble de ces objets... Personnellement, je pense qu'il faut savoir s'arrêter mais cela va dépendre de ce qui va se passer. »

  • Michaël Delafosse réclame la territorialisation

Parmi les enseignements à tirer de la crise sanitaire, le maire de Montpellier et président de la Métropole, Michaël Delafosse, en retient trois, rejoignant Jean-François Delfraissy sur la territorialisation.

« Nous vivons une crise sanitaire depuis près d'un an et nous ne pourrons pas avoir le même système santé et la même approche de santé avant et après, affirme-t-il. Nos forces, ce sont les hommes et les femmes des hôpitaux qui se sont impliqués pour protéger la population. Notre faiblesse, c'est que la France, patrie de Pasteur, n'a pas été au rendez-vous du vaccin, et que nous avons été très dépendant des puissances étrangères. Quant à notre organisation, elle s'est ritualisée sur la parole du ministre de la Santé et du Premier ministre, mais tout ça est apparu sans doute trop centralisé. C'est le 3e enseignement : il faut redéfinir les échelles de décisions et d'action, et instaurer une approche de territorialisation. La carte de l'accès au soin, notamment, doit se décider à l'échelon régional. »

  • Des opportunités d'innovation saisies ?

La crise sanitaire et sociale a-t-elle été source de nouvelles opportunités en matière d'innovation ? Telle était la question posée lors de la première table ronde du FSI. Beaucoup d'argent a été investi en un an dans les biotech, secteur risqué où la casse peut être importante... En France, on investit volontiers dans l'amorçage, mais quid du développement ?

« Nous nous sommes mobilisés pour développer des technologies dans divers secteurs, par exemple la technologie Stop Covid qui utilise le bluetooth pour faire du tracing, les antiviraux pour élaborer des molécules qui vont bloquer la réplication virale, ou encore l'immunothérapie avec MedXcell, liste Philippe Nérin, président de la SATT AxLR à Montpellier. En France, beaucoup de progrès ont été fait ces dix dernières années, le capital public et le capital privé se sont mobilisés et on est passé devant l'Allemagne en capital investissement. Aujourd'hui dans les SATT, 50% des créations d'entreprises concernent les biotechnologies : 250 sociétés ont été créées en France en dix ans, avec un taux de survie élevé de plus de 90% à cinq ans, car on crée une entreprise sur des actifs constitués et éprouvés. Ce qui place la France dans le top 5 des pays produisant des sociétés innovantes. Nous avons pour mission d'augmenter cette souveraineté industrielle. »

Jean-Marc Holder, vice-président de l'entreprise SeqOne (société montpelliéraine de bio-informatique qui développe des outils d'analyse génomique de pointe), assure que « la France est un endroit fabuleux pour innover ». Mais évoque des pistes pour améliorer l'accès aux marchés : « S'il y a un effort à faire en France, c'est sur le développement d'une facilité d'accès au marché. Si on arrive plus facilement à commercialiser des technologies innovantes auprès du marché national, ça permet de lancer des sociétés et ensuite de pouvoir envisager une expansion internationale. Dans les pays anglophones, les barrières sont plus faciles à franchir qu'en France ».

« Pour que les startups françaises se développent plus rapidement, il faudrait aménager les règles dans les appels d'offres car on est une économie très ouverte qui fait que la concurrence est brutale dans les procédures d'achat en France, ce qui permet de justifier l'achat d'une technologie américaine au détriment d'une européenne pour une différence de prix, analyse encore Philippe Nérin. On parle souvent du Small Business Act américain. Il y a des progrès à faire en France pour faire en sorte que les technologies soient plus facilement testées et acquises par des centres de soins publics ou privés. Et pour faciliter l'acquisition des technologies par l'ensemble des pays européens car le marché européen aussi est considérable et accélérerait la capacité des sociétés européennes à se développer... Je plaide par exemple pour que dans le domaine du médicament, on crée des sites expérimentaux pour se limiter à la réglementation européenne, qui est plus souple que la réglementation française, pour la commercialisation de thérapies innovantes. »

S'il y a un secteur où les choses ont toutefois bien progressé à l'aune de la crise sanitaire, c'est celui de la télémédecine, jusqu'alors peu usitée.

« Les usages étaient balbutiants, et la crise sanitaire a été un ouragan, observe en effet Jean-Christophe Zerbini, directeur du GIP e-santé Occitanie (structure d'État chargée de décliner les stratégies nationales d'e-santé dans les régions). L'usage des technologies de télémédecine a été comme une évidence, et la crise a ancré ce besoin. Aujourd'hui, on enregistre 1.500 consultations mensuelles en Occitanie, alors qu'on était en-dessous des 300 avant la crise. Nous avons atteint un palier trois fois supérieur à avant le Covid... »

Réécouter le replay de cet événement ici, ou sur nos comptes YoutubeFacebookTwitter ou LinkedIn.

Cécile Chaigneau

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