Forum Smart City : « La cité intelligente est celle qui rétroagit »

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F. Boutté (Boutté Consultants), A. Sautet (GRDF), aux côtés de l'animatrice Corinne Berardo
F. Boutté (Boutté Consultants), A. Sautet (GRDF), aux côtés de l'animatrice Corinne Berardo (Crédits : Eric Durand)
Le Forum Smart City 2016, organisé le 11 octobre par Objectif Languedoc-Roussillon et La Tribune, a passé en revue les moyens de bâtir dés aujourd’hui la ville de demain, de Montpellier à Quito. Si les innovations se multiplient pour ce faire, elles n’exonèrent pas les territoires et leurs partenaires techniques et financiers d’un questionnement sur l'idée même d’urbanisation au XXIe siècle.

Après une matinée riche en débats, dans la 2e moitié du Forum Smart City, les échanges ont tourné autour des moyens de construire dès aujourd'hui la ville de demain. Sur le volet énergétique, l'ingénieur Franck Boutté, fondateur de l'agence éponyme spécialiste de l'ingénierie environnementale, a appelé à une nouvelle approche des territoires à énergie positive, en réfléchissant davantage « aux ressources que l'on prend à l'extérieur de la ville pour fabriquer plus de confort ».

« Le flux du neuf que l'on construit tous les ans est un investissement marginal parce qu'il ne représente qu'1 % du parc immobilier global, indique-t-il. Mais c'est un levier d'action formidable pour expérimenter des solutions nouvelles, les évaluer et les déployer ensuite sur tout le territoire pour repenser le projet urbain. Au Maroc, par exemple, le projet d'Éco Cité Zenata intègre une arborescence aéraulique pour capter des vents marins et faire du rafraîchissement. C'est une réponse tout sauf technologique, et davantage une réflexion sur la forme urbaine. Car la Smart City n'est pas une tabula rasa de la ville existante, c'est la réinterprétation de dispositifs vernaculaires. »

Les limites de la ville

Une philosophie partagée par Montpellier Méditerranée Métropole (M3M), qui a lancé le projet « Montpellier Territoire » pour encadrer l'étalement urbain. « La Cité intelligente est celle qui rétroagit, confirme Fabien Blasco, directeur adjoint de l'aménagement à M3M. Une de nos priorités est de considérer d'abord les espaces naturels et agricoles avant d'urbaniser, de sorte à fixer les limites de la ville. Notre projet Éco Cité vient ensuite interroger les invariants du territoire tels que la mobilité ou le risque inondation. »

Les professionnels viennent ensuite en soutien de cette politique d'aménagement, comme le souligne le promoteur Jacques Rubio, directeur général sud ouest de Kaufman & Broad (« Nous collaborons avec la Ville, la Métropole et la SERM, au vu de leur forte implication, pour imaginer le bâtiment de demain sans oublier la dimension économique. Car il est important de développer des projets innovants à des prix de marché abordables, de sorte que tout le monde puisse avoir accès à ces produits »). Pour sa part, un énergéticien tel que GRDF cherche à implémenter la Smart City en tant que « ville connectée en temps réel » : « Montpellier est la 1e ville de Méditerranée où nous déployons notre compteur communicant Gazpar, qui permet de faire du monitoring de consommation en temps réel, avec des datas fiables, tout en respectant la vie privée de nos clients », explique André Sautet, directeur territorial LR de GRDF.

La bonne échelle d'action

Si la Smart City est une démarche urbaine innovante, elle ne peut donc s'extraire des questionnements sur le sens même des actions d'urbanisation (« Le bâtiment intelligent l'est-il vraiment ? », interroge Nikos Fintinakis, de l'Union internationale des architectes) ou sur la bonne échelle d'action. Le duplex en direct organisé avec Quito, à l'approche la conférence onusienne Habitat 3 qui se déroulera du 17 au 20 octobre, en a fourni l'illustration.

Du côté de Montpellier, Gabrielle Gauthey, directrice des investissements de la Caisse des dépôts, a rappelé que celle-ci agit comme accompagnateur de la « transition territoriale » depuis que les lois MAPTAM (modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, NDLR) et NOTRe (nouvelle organisation du territoire de la République, NDLR) ont revu le périmètre d'action des collectivités : « Nous nous positionnons en accompagnateur des grandes mutations technologiques et sociales telles que la Smart City, en tant que concepteur, aménageur, investisseur, etc. » Du côté de Quito, l'Équatorien Germanico Pinto, de l'INTA (association internationale du développement urbain), a répondu que les modalités d'action diffèrent fortement en Amérique du Sud et dans le Tiers monde.

« La vision que portent la France et la Caisse des dépôts peut nous aider à développer ce type de projets car jusqu'ici, les organisations qui les financent chez nous sont encore trop focalisées sur les grandes infrastructures, et pas assez sur les territoires, analyse-t-il. Mais il faut se souvenir que dans cet enjeu de la ville du futur, notre priorité reste « le droit à la ville », c'est à dire la possibilité pour tous les habitants d'y vivre de façon équitable, avec un accès aux services publics pour tous. »

Retrouvez le diaporama de l'édition 2016 du Forum Smart City sur ce lien.

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