Santé au travail : prévenir plutôt que guérir

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Le Sommet santé 2018 organisé par La Tribune–Objectif LR le 17 mai 2018, au Crès à côté de Montpellier, a choisi comme thématique le bien-être au travail. Un sujet proche des axes de travail du gouvernement, qui s’est notamment donné comme objectif de réduire la fréquence et la sévérité des pathologies liées aux conditions de travail. Un focus est donc mis sur la prévention.

La 4e édition du Sommet santé, organisé par La Tribune - Objectif LR le 17 mai 2018 (s'inscrire ici) à la salle de l'Agora, au Crès (34) à proximité de Montpellier, proposera un focus sur la thématique du bien-être au travail, « Phénomène de mode ou véritable nécessité économique ? Demain "tous happy" ? ».

La 1e table ronde interrogera la question suivante : « Du constat médical à la baisse de la compétitivité », avec les expertises de Charlie Costa, médecin du travail à l'Ametra, Ruth Nevesny, médecin généraliste chez Gnosis Santé, et Thierry Rousseau, chargé de mission pour l'ANACT.

Gérald Kierzek, médecin urgentiste et chroniqueur santé sur Europe 1 et France 5

Gérald Kierzek, médecin urgentiste et chroniqueur santé sur Europe 1 et France 5, animera le Sommet Santé.

Un risque pour la santé

Car le travail peut aussi être un risque pour la santé des travailleurs. Ainsi, selon le bilan de l'Assurance-maladie, sorti en janvier 2018, plus de 10 000 affections psychiques ont été reconnues comme accidents du travail en 2016, passées de 1 à 1,6 % en cinq ans alors que le nombre d'accidents du travail d'autre nature baisse. Soit une prise en charge d'environ 230 M€ en 2016, sur un budget total de prestations de 8,2 Mds € pour la branche « risques professionnels ».

L'Assurance-maladie souhaite donc identifier les secteurs et les salariés les plus touchés pour orienter des mesures préventives, et invite les entreprises à renforcer leurs actions de prévention. Objectif du gouvernement : voir se développer une culture de la prévention afin de réduire la fréquence et la sévérité des pathologies liées aux conditions de travail.

1 728 226 jours d'arrêt

Sur l'ex-Languedoc-Roussillon, les statistiques 2016 de la Carsat (branche retraite et santé au travail de l'Assurance-maladie) comptabilisent 26 366 accidents du travail avec arrêt pour 605 539 salariés dans 101 828 établissements, soit une hausse annuelle de 1,6 % mais aussi une baisse de 1,6 % en dix ans. Vingt-deux étaient mortels (- 21,4 % en un an, stable depuis dix ans).

Ces accidents ont généré 1 728 226 jours d'arrêt (+ 5,1 %), pour un coût moyen de 3 732 € par accident...

« Entre 2008 et 2013, nous avions en moyenne 9 accidents mortels par an dans le BTP, seulement 3 depuis 2014, précise Alexis Guilhot, ingénieur-conseil régional de la Carsat LR. Concernant les risques psychosociaux (RPS, ndlr), nous avons beaucoup de demandes. En 2017, 87 entreprises ont été vues, à leur demande ou sur signalement, mais la question est complexe à aborder et la sensibilisation du dirigeant plus difficile car on est dans de la matière molle, et non sur des risques palpables. »

Mission interministérielle

La Carsat LR est l'un des acteurs terrain de la prévention (une trentaine d'ingénieurs-conseils et contrôleurs de sécurité). Avec les services de santé au travail (dans l'Hérault, l'Aipals ou l'Ametra par exemple), la Direccte, l'Agence régionale d'amélioration des conditions de travail (Aract) ou encore l'OPPBTP (organisme professionnel prévention dans le BTP).

En novembre 2017, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, ont commandité une mission sur la santé au travail, avec notamment pour objectif de clarifier et coordonner les actions de prévention sur le terrain afin de « maximiser l'efficacité des actions portées ».

L'argument économique

Le BTP est l'un des secteurs d'activité les plus exposés en termes d'accidents du travail. Depuis 2015, l'OPPBTP, qui dispense information, formation et conseil, vise l'efficacité en ciblant les entreprises sur des risques prioritaires : chutes de hauteur et risques d'ensevelissement.

« Le problème, c'est que 80 % des entreprises ont fait leur document unique d'évaluation des risques (DUER, ndlr) mais seulement 44 % ont compris que c'était un document de gestion de la prévention, regrette Bertrand Guizard, chef d'agence de l'OPPBTP LR. Beaucoup subissent les règles de prévention car ils n'ont pas compris que c'est comme ça que l'entreprise fonctionne le mieux. C'est un facteur de performance économique ! »

L'approche par l'argument économique est de plus en plus souvent utilisée. En effet, les RPS, les maladies professionnelles ou les accidents du travail ont un impact sur le fonctionnement des entreprises, générant absentéisme, turn-over, stress, tensions, dégradation de l'ambiance, etc.

Or selon des études de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail et de l'OPPBTP, pour 1 € investi en santé et sécurité au travail, le retour sur investissement serait de 2 à 5 €.

« On évite de parler de sinistralité et d'aborder le sujet sous un angle négatif, confirme Sébastien Le Métayer à la Carsat LR, qui remet depuis six ans des Trophées de la prévention aux entreprises vertueuses. On insiste plutôt sur le fait que ne pas faire de prévention, c'est de la contre-performance... Ensuite, on évangélise certaines entreprises qui seront des ambassadrices auprès de leurs pairs. »

Prévention active à la médecine du travail

« Nous devons aussi mener des actions de prévention dans l'entreprise, déclare Frédéric Bonnet à l'Aipals (60 personnes pour 3 500 entreprises et 40 000 salariés suivis sur le territoire couvert). Le Plan prévention 2015-2018 est axé sur les risques chimiques dans les imprimeries, les troubles musculo-squelettiques (TMS, ndlr), les RPS, les risques routiers et le maintien dans l'emploi. Nous identifions les entreprises concernées les plus représentatives et nous y allons pour constater et apporter du conseil. »

En mars dernier, l'Ametra et l'Aipals ont lancé des ateliers de prévention destinés à aider les entreprises. Ceux de l'Ametra s'adressaient aux salariés en situation d'encadrement (qualité de vie au travail, burn out, outils de la gestion du stress, addictions, sensibilisation aux RPS). L'Aipals propose 51 dates en 2018, dans ses centres ou dans un semi-remorque itinérant.

Du DRH au CHO

Deux autres tables rondes seront organisées dans le cadre du Sommet santé. L'une sur l'axe « Du DRH au CHO*», avec Muriel Avinens (co-directrice de DELL EMC Montpellier), Christel Nguyen (DRH chez Harmonie Mutuelle), Stéphanie Heller (DRH à la Société Générale), et Catherine Camara-Blain (consultante pour La Fabrique Spinoza).

Anne-Charlotte Vuccino, fondatrice de Yogist

Anne-Charlotte Vuccino, fondatrice de Yogist.

L'autre sur l'axe « Du développement personnel aux nouvelles organisations de travail », avec Catherine Labrousse (coach chez Consult & Nous), Grégory Arvis (coach chez Arvis Coaching), Roland Sicard (fondateur de La Valériane), Anne-Charlotte Vuccino (fondatrice de Yogist), et Aurélie Martin (Work Place Consultant chez Steelcase).

 Lire notre dossier complet dans le n° 176 de La Tribune-Objectif Languedoc-Roussillon, actuellement disponible.

* Chief Happiness Officer

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