Forum Smart City : pas de ville intelligente sans engagement collectif

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Aux côtés de Carlos Morenos (de droite à gauche) : Lluis Sanz Marco, Yael Weinstein, Hélène Roussel et Emmanuelle Pinault.
Aux côtés de Carlos Morenos (de droite à gauche) : Lluis Sanz Marco, Yael Weinstein, Hélène Roussel et Emmanuelle Pinault. (Crédits : Edouard Hannoteaux)
Le Forum Smart City 2016, organisé le 11 octobre au Corum de Montpellier par Objectif Languedoc-Roussillon et La Tribune, a mis en lumière les cités intelligentes de la Méditerranée : Barcelone, Tel Aviv et Montpellier. Chaque territoire s’appuie un écosystème pour mettre en œuvre des innovations et des expérimentations.

Trois tables-rondes et cinq keynotes pour évoquer l'innovation numérique et les nouveaux services définissant la ville intelligente au XXIe siècle. Le Forum Smart City, organisé le 11 octobre par Objectif Languedoc-Roussillon et La Tribune, se donnait pour ambition de mettre en lumière et en partage les solutions innovantes urbaines expérimentées par de grandes métropoles dans le monde.

Des citoyens et des données

« L'innovation urbaine, un enjeu pour les villes méditerranéennes ». Telle était la thématique de la première table ronde qui donnait la parole à des acteurs publics d'horizons géographiques divers, témoignant de leurs approches respectives de la Smart City.

La Métropole de Montpellier, représentée par Hélène Roussel, directeur de projet Cité Intelligente, a mis l'accent sur la mobilité, la gestion du risque et le pilotage hydraulique.

La ville hyperactive de Tel Aviv (400 000 habitants), quant à elle, est réputée pour son écosystème numérique de 1 400 entreprises et sa volonté d'attirer des jeunes pousses. La municipalité a établi un réseau wifi global couvrant toute la ville, et Yael Weinstein, directrice du développement économique pour Tel Aviv Global, évoque le réseau « Digital communication network ».

« Le système interroge les résidents pour savoir s'ils veulent contribuer au réseau, quels sont leurs besoins. Par exemple, ils peuvent être prévenus de travaux devant chez eux. Ce sont ces services qui permettent aux citoyens de profiter pleinement de leur ville. Nous travaillons aussi sur l'inclusion sociale, via des tables rondes avec les habitants de la ville... Mais il y a encore beaucoup à faire concernant les données. Nous avons développé plus de 70 applications, et nous transformons certains espaces publics en pôle d'innovation ou centre de co-working, comme par exemple une bibliothèque (transformée en espace de travail pour permettre à des informaticiens de venir tester et partager des idées et des technologies, NDLR).

À Barcelone, c'est la donnée que l'on met en avant, comme garante d'une démocratie ouverte.

« Nous avons une longue expérience de la ville intelligente, durable, ouverte, démocratique, observe Lluis Sanz Marco, directeur des systèmes d'information à la Ville de Barcelone. La difficulté est de transformer les données en connaissance et en services. Dès 1995, nous avons créé un city web service qui donne la même information que celle donnée par le call-center auparavant. Ce sont les citoyens qui font la ville intelligente... Le plus important, c'est la qualité des données, et pour ça, il faut une technologie propre, simple, ouverte. »

Cités méditerranéennes

Le Réseau C40 regroupe aujourd'hui 86 des plus grandes métropoles mondiales, dont sept autour de la Méditerranée. Créée en 2005 par le maire de Londres, Ken Livingstone, cette organisation a pour vocation de lutter contre le dérèglement climatique. Emmanuelle Pinault, head of City diplomacy and Political engagement pour le Réseau C40, évoque l'exemple de la ville de Milan, qui innove en matière de lutte contre le changement climatique sous l'angle de l'alimentation.

« En 2015, le maire a lancé une politique alimentaire urbaine qui vise aussi à soutenir l'économie locale via des circuits courts par exemple, et à lutter contre le changement climatique en réduisant l'empreinte carbone de la nourriture liée aux transports et déchets. En parallèle, la Ville a lancé le Milan Urban Food Politics Pact qui engage 130 villes dans le monde entier... Ce type d'approche intégrale est une bonne nouvelle ! »

Et de souligner que les villes de la Méditerranée, comme Le Caire ou Istambul, ont des défis à relever.

« L'innovation urbaine vient surtout des citoyens et de l'usage politique qu'ils font de la ville. L'enjeu de la ville durable et intelligente, c'est la capacité du gouvernement local à dialoguer avec cet engagement citoyen, à intégrer ses préoccupations, à s'appuyer sur son énergie et à la transformer en politiques publiques. Il y a beaucoup de ressources du côté des citoyens qui ne sont pas exploitées par ces maires... Il faut que toutes les villes opèrent une transformation radicale vers des opérations bas carbone. »

De l'importance de la gouvernance

Rudiger Ahrend, économiste et chef des politiques urbaines à l'OCDE, terminait les débats de la matinée sur la délicate notion de la gouvernance des métropoles, opératrices des Smart Cities.

 « La Smart City doit se faire en cohérence avec d'autres domaines importants, comme la gouvernance. On fait des Smart Cities pour avoir des villes durables, mais si celles-ci ne fonctionnent pas, on peut mettre toutes les technologies que l'on veut, ça ne marchera pas mieuxLes métropoles fragmentées (celles qui comptent de nombreuses communes, NDLR) génèrent des inégalités fortes et perdent en productivité économique. D'où l'importance d'une structure de gouvernance métropolitaine, notamment en matière d'aménagement du territoire et de transports. On a pu en mesurer les bienfaits positifs : augmentation de la densité de la population, satisfaction quant à l'utilisation des transports publics, et diminution de moitié de l'effet de fragmentation du point de vue économique. »

Approche intégrée

« Les villes européennes concentrent 80 % de la population et génèrent 85 % du PIB, explique Magdalena Andreea Strachinescu, chef de l'unité des nouvelles technologies de l'énergie à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne. Notre vie tourne autour des villes et les changements de nos modes de vie se construisent à cette échelle. Mais on se rend compte qu'il reste encore un modèle d'affaires à définir pour répondre aux enjeux environnementaux. Pour développer des solutions efficaces, on a besoin d'une stratégie intégrée. Lancé en 2012 pour dépasser les cloisonnements sectoriels, le projet européen Smart Cities and Communities permet aux acteurs de développer de nouvelles compétences et solutions et également  des les partager.».

Collaborations et partenariats ont été illustrés lors de la table-ronde intitulée « Vivre dans la ville au XXIème siècle, le numérique et les services » avec l'exemple de la construction du quartier Eureka, à Castelnau-le-Lez (34).

« La Métropole de Montpellier a confié à la SERM l'aménagement d'une zone de 39 ha à Castelnau-le-Lez (34), indique Guillaume Delpech, responsable de l'opération à la SERM. Au-delà de ses 1 800 logements, le quartier Eureka  comprendra notamment un portail numérique sur lequel on trouvera différents services. L'une des spécificités de ce projet est l'angle que nous avons choisi, à savoir proposer des services orientés « habitants », qui répondent aux besoins réels des usagers ».

Partenariats grands et petits

Pour mener à bien ce projet, l'aménageur l'a co-construit avec Ineo Digital, filiale d'Engie.

« L'un des enjeux était d'établir un modèle économique qui permette de développer des services accessibles à l'ensemble des habitants que ce soit en termes d'usage et d'un point de vue économique, explique Sébastien Vinant, directeur Innovation offres et marketing d'Ineo Digital. Mais la condition de rentabilité est également primordiale car les collaborations que nous avons les start-ups ne peuvent pas se faire s'il n'y a pas de business. »

Les collaborations naissantes entre grands groupes et start-ups permettent d'associer « la puissance commerciale » des premières à « l'agilité » des secondes, résume Yann Guiomar de Sensing-Labs (34). Pour ce spécialiste du big data, les données « sont une brique de la Smart City » et aujourd'hui, l'enjeu est de déterminer « la nature des données » à valoriser.

« Il n'y a plus d'obstacles techniques et financiers à la remontée d'informations de tous types, indique Yann Guiomar. Aujourd'hui, il faut sortir d'une logique bottom-up et adapter les capteurs pour obtenir des données qui répondent à un vrai service. »

Pour prendre davantage en compte l'utilisateur, EDF a choisi le jeu. Dans un projet mené avec la Métropole de Montpellier, l'entreprise développe une application destinée à économiser de l'énergie au travers d'un jeu, explique Jean-Pierre Lorillot, directeur développement territorial Hérault-Aude, à EDF.

Incertitudes créatrices

« Dans les innovations, la dimension humaine est aussi importante que la dimension technologique, résume Nicolas Curien, membre de l'académie des Technologies et du CSA. D'ailleurs, c'est l'interaction entre l'humain et la technologie qui crée l'innovation. Une Smart City doit d'abord être une ville où on incite à l'appropriation sociale des technologies. »

L'une des clefs à cette appropriation est que ces innovations « doivent être cool », en d'autres termes « répondre à un véritable besoin et donc partir de la base », complète Nicolas Curien.

« Pour être cool, une innovation doit prendre en compte le temps réel dans lequel vit l'utilisateurs et surtout les incertitudes de son environnement, explique Nicolas Curien. Par conséquent, dans une Smart City, l'aménageur et le politique doivent se départir d'une partie de leurs habitudes qui consiste à vouloir optimiser ou réduire l'incertitude. Comme le cholestérol, il y a une bonne et mauvaise incertitude. La bonne est source d'innovation, c'est l'incertitude créatrice et il faut l'encourager. »

Retrouvez la suite du compte rendu des débats et conférences demain, en ligne sur http://objectif-languedoc-roussillon.latribune.fr/.

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