Salwa Toko (CNNum) : "Il faut plus pousser les femmes vers la conception"

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Salwa Toko, au centre des débats organisés au siège de Montpelliérain Ziwit
Salwa Toko, au centre des débats organisés au siège de Montpelliérain Ziwit (Crédits : Ziwit)
La présidente du Conseil National du Numérique, Salwa Toko, était de passage à Montpellier, le 30 octobre, au siège de l'entreprise Ziwit. Doutant des statistiques officielles sur la féminisation des métiers numériques, elle milite pour des actions plus précises que la seule évangélisation de ce public.

Nommée présidente du Conseil National du Numérique (CNNum) en mai dernier, Salwa Toko était présente à Montpellier, le 30 octobre, à l'invitation du réseau Femmes Chefs d'Entreprise, pour une réunion de travail sur la place des femmes dans l'entrepreneuriat et la transformation numérique. La soirée a attiré 80 personnes au siège de l'entreprise spécialiste de la cybersécurité offensive Ziwit, présidée par Mohammed Boumediane, lui-même membre du CNNum.

La tech, un métier genré ? "Il faut parler vrai : la statistique qui circule le plus, faisant état de 30 % de femmes dans les métiers du numérique, est fausse. On arrive à peine à 5 %. Je me suis intéressée à la problématique de l'égalité femmes-hommes bien avant le CNNum, lors des sept ans que j'ai passés dans la Fondation Agir contre l'Exclusion (FACE) en travaillant sur l'exclusion du numérique touchant les jeunes de la Seine Saint-Denis. J'ai été frappée par la fracture tech/care chez les garçons et les filles, dès qu'ils évoquent leur projet de carrière à l'école. En 2012, j'ai donc créé l'association nationale Become Tech, pour inciter les jeunes filles de troisième et de seconde à se former à ces métiers. C'est un des seuls programmes visant exclusivement les adolescentes. En effet, pour favoriser l'égalité dans ce secteur, je pense qu'il faut se concentrer sur elles. Il faut sauver la jeune génération qui monte car on peut faire en sorte de renverser ce paradigme apparaissant dès l'âge de 10/15 ans".

La présence d'une femme à la tête du CNNum : "C'est le symbole et la preuve que la tech peut aussi être un métier gratifiant. C'est le message que fait passer mon association : je vous demande d'apprendre à coder car cela vous apprendra à affronter certains challenges. Je ne crois pas que les femmes prennent plus de risques que les hommes. Mais du fait de certains biais hérités de notre éducation, dans le cadre familial ou scolaire, on les aborde différemment. On peut, toutefois, dire que l'entrepreneuriat féminin est plus solidaire, car les femmes sont plus dans l'échange et la parole bienveillante que les hommes. On ne nous reconnaît pas le même statut : cela commence par le poste, le salaire, jusqu'à l'accès au financement".

Une 1e action prioritaire, le financement : "Le premier gros frein à l'entrepreneuriat féminin est l'accès au financement. C'est une des priorités que je veux traiter comme présidente du CNNum. Regardez les chiffres des levées de fonds : les montants levés par des femmes sont nettement inférieurs à ceux des hommes. Peut-être parce que les hommes se "vendent" mieux - on en revient aux biais d'éducation. Mais il est toujours difficile pour une femme d'adopter des attributs masculins : elle est jugée dès qu'elle affiche ses ambitions et son envie d'entreprendre."

Une 2e action prioritaire, l'éducation : "Dans les 30 % officiels de femmes travaillant dans le numérique, on les retrouve le plus souvent dans des métiers tels que le marketing, les RH ou des fonctions support. Pour changer les choses, on ne peut plus se contenter d'évoquer "l'univers vaste des métiers du numérique". Si on veut faire émerger de nouvelles leaders féminines de la tech, on doit plus les encourager à aller vers la conception. À la fin des années 70 et au début des années 80, les femmes formaient un gros contingent dans la programmation. Mais elles n'ont pas été encouragées à rester. Dans mon association, j'ai d'abord voulu organiser des conférences de sensibilisation dans les collèges... mais cela ne produit aucun effet car c'est du coup par coup. Depuis, je propose un programme de formation de 250 heures, que les jeunes filles acceptent de suivre en sacrifiant leurs vacances. 50 % de celles qui l'ont fait se retrouvent aujourd'hui en prépa d'école d'ingénieur. Mais il fait préciser tout de suite que je n'avais que des sessions de 15 jeunes filles... Il faut donc mobiliser plus de fonds pour toucher plus de monde".

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Commentaires
a écrit le 31/10/2018 à 18:59 :
On veut encore se servir des femmes pour faire du dumping salarial contre les hommes. Comme l'offshore n'a pas bien fonctionné, on essai de maintenir les salaires des informaticiens au plus bas au lieu de mettre à niveau les chômeurs qualifiés. Si les salaires étaient corrects, il n'y aurait pas pénurie de candidats et candidates.

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