La Cité des métiers de demain démystifie l'IA

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La Cité des métiers de demain disposera d'une surface de 3 000 m2, dans le quartier Odysseum de Montpellier
La Cité des métiers de demain disposera d'une surface de 3 000 m2, dans le quartier Odysseum de Montpellier (Crédits : Christine Caville)
La conférence inaugurale de la Cité des métiers de demain, organisée le 14 mai à Montpellier, a zoomé sur l'impact sociétal des mutations technologiques. En présence de 1 100 participants, l'événement réunissait un plateau avec notamment des dirigeants d'IBM France et Orange.

Projet porté par le Conseil régional Occitanie, la Cité de l'économie et des métiers de demain (CEMD) est un espace de prospective, d'innovation, et d'expérimentation, dont la création a fédéré un écosystème de groupes, PME, réseaux, universités et laboratoires. Sa mission est d'aider les acteurs économiques à transformer leurs métiers et mieux identifier les emplois de demain face aux mutations technologiques en cours.

La confiance, valeur cardinale

Le bâtiment est en cours d'aménagement dans les locaux de l'ex-clinique R Révolution Santé, situés dans le quartier Odysseum à Montpellier (voir ci-dessous). Avant la mise en fonction officielle de la CEMD, prévue à la rentrée 2019, la Région a organisé, le 14 mai, une conférence inaugurale, baptisée RESO 2019 (rencontres économiques et sociales d'Occitanie) et destinée à en préciser les enjeux, en présence de 1 100 participants.

"Alors que 25 % des métiers seront considérablement modifiés par l'automatisation d'ici à 2035, mais que 80 % des métiers de demain n'existent pas encore, nous devons être proactifs pour ne pas subir cette évolution. Par l'anticipation, nous devons reconsidérer nos métiers, nous devons créer la confiance qui est la première condition de l'activité économique mais aussi de la citoyenneté. Pour créer ce climat, chaque acteur économique, chaque citoyen doit se sentir reconnu, et le sentiment d'appartenance repose sur la fierté du geste et sur le savoir-faire", affirme Carole Delga, présidente de Région.

Le plateau réuni pour RESO 2019 associait de nombreux dirigeants de groupes et d'entreprises innovantes, enseignants et chercheurs, comme le physicien Etienne Klein, qui devait intervenir dans une masterclass sur le thème "IA et éthique : une machine peut-elle apprendre à distinguer le bien et le mal ?". Du côté des industriels, Fabienne Dulac, directrice générale d'Orange et sociologue de formation, est revenue sur le caractère inéluctable des mutations en cours.

"Après la numérisation, nous vivons une nouvelle révolution industrielle à base d'IA, de datas, de réalité virtuelle, etc. La sphère des métiers automatisables ne cesse de grossir. Le futur de l'emploi est large, plein de potentiel, mais il doit être décidé. Rien n'est tranché. Voulons-nous automatiser tous ces processus ? Quel en serait le bénéfice ? Au démarrage du e-commerce, certains annonçaient la fin des petits commerces pour 2025. Cela n'arrivera pas. Même les GAFA ne conçoivent pas leur avenir sans ventes physiques : ils rachètent Whole Foods ou s'allient à Carrefour. La transformation de nos métiers est une question technologique, mais c'est aussi une histoire, une empreinte, qui ne peut pas être totalement automatisée", analyse-t-elle.

L'intelligence artificielle en question

Lors d'une table-ronde consacrée à une éventuelle guerre entre l'homme et l'IA, Nicolas Sekkaki, CEO d'IBM France, a voulu dissiper les fantasmes véhiculés par les productions hollywoodiennes, en rappelant que "l'IA est un outil, et l'outil a toujours été supérieur à l'homme : l'enjeu du futur, ce n'est pas une guerre, mais savoir ce que nous ferons de cet usage".

"L'IA permet d'apprendre différemment et de traiter des sujets qu'on ne pouvait pas traiter par le passé. Elle permet d'affiner les datas que nous générons partout sur la planète : sans elle, nous serions dans le cas d'une société croulant sous le pétrole mais sans raffinerie. Tout le monde, des start-ups aux groupes, peut utiliser l'IA pour se transformer. La vraie question, c'est de disposer des "soft skills", des compétences partagées pour créer de nouveaux métiers. L'innovation est dans l'usage", poursuit-il.

"Au commencement de tout, il y a la volonté. Nous avons le choix. Nous pouvons utiliser l'IA pour l'éducation, le bien commun. Ou alors nous pouvons l'utiliser pour armer des drones ou pour licencier en masse afin de privilégier la rentabilité économique à court terme. Pour trouver le bon chemin, je suggère de ne penser aucun nouveau projet sans mettre systématiquement l'humain au centre", insiste Jean-Claude Heudin, chercheur en IA.

"De nouvelles technologies se développent autour de l'IA, comme la reconnaissance faciale. Nous devons maîtriser ces outils de sorte qu'ils ne soient pas détournés en contradiction avec nos valeurs. Mais alors se pose la question de la souveraineté numérique : la maitrise de ces sujets suppose que ces technologies soient réalisées en Europe afin que nous ne restions pas dépendants de l'extérieur", rajoute Bruno Grandjean, président de l'Alliance pour l'Industrie du Futur.

Les 4 priorités de la Cité de demain

Au sein de ses nouveaux locaux, la CEMD disposera d'une surface de 3 000 m2 et proposera une offre variée d'espaces de travail collectifs. Sur trois étages se répartiront un showroom réservé aux entreprises, clusters et organisations pour exposer et tester leurs innovations, un Fablab, des laboratoires, des salles de réunion et d'événementiel, des espaces de formation et de tests, une cuisine professionnelle...

La feuille de route de la CEMD, dévoilée lors de RESO 2019, se déclinera en quatre programmes : travail prospectif sur les méga tendances et leurs incidences sur les métiers (baptisé "Lab prospectif"), accompagnement individualisé des entreprises ("Lab transfo"), showroom des innovations créées par les entreprises régionales, rencontres avec les citoyens et présentation pédagogique des métiers de demain ("Lab citoyen"), et hébergement des services de la Région - dont l'agence économique Ad'Occ -, de ses satellites et de ses partenaires ("La Résidence").

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