Habitat connecté et usages : la saison 2 du projet HUT démarre

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Le projet montpelliérain HUT, un appartement-observatoire bardé d'objets connectés et de capteurs pour explorer les effets des nouvelles technologies sur les comportements dans l'habitat.
Le projet montpelliérain HUT, un appartement-observatoire bardé d'objets connectés et de capteurs pour explorer les effets des nouvelles technologies sur les comportements dans l'habitat. (Crédits : HUT-LIFAM)
Une première année vient de s’écouler dans l’appartement-observatoire du projet HUT. Cette expérience scientifique inédite, menée à Montpellier avec 13 laboratoires de recherche, explore les effets des nouvelles technologies et des objets connectés sur les comportements et le bien-être des individus dans leur habitat. La saison 2, avec deux nouveaux occupants, démarre sur les observations de la saison 1.

Le projet HUT (HUman at home projecT) est le premier projet interdisciplinaire à avoir conçu un appartement bardé de capteurs, dans lequel deux occupants vivent dans des conditions réelles d'habitation et sur une longue période. Il mobilise 13 laboratoires universitaires de recherche, des industriels et des institutionnels. Nécessitant un investissement de 5 M€ sur quatre ans, il est soutenu par l'université de Montpellier et l'université Paul Valéry, le CNRS, la Métropole de Montpellier ou encore la Région Occitanie via les fonds FEDER.

Cette expérience scientifique inédite, conçue et mise en œuvre à Montpellier, ambitionne d'explorer et d'anticiper les effets des nouvelles technologies et des objets connectés sur les comportements et le bien-être au quotidien des individus dans leur habitat.

Une dimension éthique, sociologique et sociale

Car si nous savons ce que la technologie permettra demain, prometteuses d'un quotidien facilité et optimisé, les usages de ces innovations, leurs finalités et leurs risques sont en revanche encore inconnus. En quoi les objets connectés et le traitement des données qu'ils produisent et collectent peuvent-ils être intrusifs ?

« Les questions de ce qui est réellement utile et acceptable persistent, rappelle Alain Foucaran, directeur de l'Institut d'électronique et des systèmes (IES) à Montpellier. L'objectif de HUT, c'est de définir les contours de l'appartement du futur qu'on ne veut pas, les dangers des objets connectés. »

La démarche scientifique mêle sciences exactes et sciences humaines et sociales : juristes, linguistes, économistes, spécialistes du management ou des pratiques de santé, psychologues, sociologues, architectes, roboticiens, spécialistes du mouvement, informaticiens, etc.

« Dès le début, le projet a été pensé dans une dimension éthique, sociologique et sociale, avec la volonté de peser sur des transformations qui soient humainement et socialement responsables », ajoute François Péréa, professeur à l'Université Paul-Valéry Montpellier.

10 mois sous les capteurs

En juin dernier, s'est terminée ce que les scientifiques embarqués dans le projet appellent la saison 1 de HUT, soit deux étudiantes (dites co-huteuses) qui ont vécu durant dix mois dans cet appartement, mis à disposition par le promoteur Nexity, quelque part à Montpellier (le lieu est volontairement confidentiel).

« Nous sommes dans une évaluation scientifique des usages, ce qui est plus complexe qu'expliquer les dernières innovations technologiques, souligne Malo Depincé, maître de conférences à l'Université de Montpellier et coordinateur de HUT, le 4 octobre, lors de la restitution des premiers résultats. Nous avons instauré un cadre strict d'information des occupants, en développant des outils de diagnostic des données qui informent sur les données qu'on capte, comment et pour quoi faire. Et nous avons créé un bouton rouge dans l'appartement, qui permet une coupure généralisée et interrompt la captation des données. Mais les cohuteuses ne l'ont pas activé... »

Des cohuteuses dont on a enregistré le moindre mouvement et la moindre action, grâce à une centaine de capteurs (de mouvement et de trajectoire, d'ambiance, d'évaluation des consommations d'eau et d'énergie, d'ouverture des portes et fenêtres, etc.) qui ont collecté un flux colossal de données.

« Par exemple, nous avons installé une étagère connectée permettant de savoir quel objet est posé et quelle quantité est prélevée, précise Alain Foucaran. Nous sommes en train de développer une application qui permet au cohuteur d'indiquer comment il se sent en cliquant sur bouton vert, orange ou rouge, l'idée étant par la suite de recouper ces informations avec les données de confort. »

Le laboratoire Euromov et son projet « walk-at-home » a observé comment marchent les cohuteurs dans leur logement, « quelque chose qui n'a jamais été documenté alors que le mouvement est un marqueur de qui on est », affirme le représentant d'Euromov. A terme, cette évaluation des usages et des déplacements devrait permettre de proposer de nouvelles solutions d'agencement des appartements.

Recueillir le ressenti

Des entretiens réguliers avec les co-huteuses ont été réalisés pour recueillir leur ressenti et leur discours.

« Les deux cohuteuses se sont senties bien dans l'appartement, commente Anne-Sophie Cases, professeur à l'Université de Montpellier. Conformément aux attentes de cette jeune génération, on observe la présence du prisme utilitariste, c'est-à-dire que l'appartement est perçu comme un coach pour améliorer le quotidien, simplifier la vie, faire des économies financières ou d'énergie, libérer du temps pour aller vers plus de loisirs. Les cohuteuses ont bien conscience que les données collectées ne sont utilisées que par les chercheurs donc elles ont confiance. Mais globalement, on ressent qu'il y a peu de craintes autour des données personnelles, ce qui n'est pas une découverte. »

Quant aux données quantitatives et à leur mise en relation avec l'analyse qualitative, « ce sera la 2e étape, avec l'année 2 », ajoute Anne-Sophie Cases.

Des publications scientifiques sont-elles programmées ? « Oui, mais il nous faudra une ou deux années de plus probablement, répond Malo Depincé. Il nous faut des données en suffisamment grand nombre pour qu'elles soient scientifiquement pertinentes. »

Désirabilité et autocensure

L'an 2 du projet HUT est donc advenu. Il démarre avec deux nouveaux cohuteurs, également deux jeunes filles.

« Nous allons tirer leçon de certains biais durant l'année 1, notamment dans les interprétations, explicite Anne-Sophie Cases. Par exemple, nous avons observé un phénomène de désirabilité sociale, qui consiste pour les cohuteurs à vouloir se montrer sous leur meilleur jour. Ou encore l'autocensure qui fait qu'ils n'invitent pas de gens pour ne pas avoir à expliquer le projet. Ou leur crainte à ce que les chercheurs soient venus mettre de nouveaux capteurs en leur absence, ce qui n'arrive jamais ! »

Dans huit mois, les équipes de recherche procèderont à une nouvelle sélection pour HUT 3... Par ailleurs, Malo Depincé annonce que « le prochain projet de HUT est de passer de l'appartement à l'immeuble connecté... Nos équipes planchent dessus et nous pourrons en faire la présentation d'ici quelques mois ».

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