Cérès veut relocaliser le marché mondialisé des plantes

Spécialisée dans la reproduction de végétaux indigènes, la société héraultaise Cérès vient de boucler une levée de fonds qui va lui permettre d’accélérer le développement, la commercialisation et la diversification de son offre végétale.
Arnaud Millon et Fabien Hanai, fondateurs de Cérès dans l'Hérault
Arnaud Millon et Fabien Hanai, fondateurs de Cérès dans l'Hérault (Crédits : DR)

Après cinq années de recherche et développement en collaboration avec des centres agronomiques, des écologues et des botanistes, la start-up Cérès, dont le siège social est à Saint-André-de-Sagonis (34), a mis au point des process novateurs de production de végétaux locaux.

Soutenue par de nombreux partenaires (Koppert France, CN Solutions, Everest, Leyton, groupe Bigard, l'accélérateur WeSprint...), la start-up, incubée à la pépinière d'entreprise Sydel Cœur d'Hérault et accompagnée par la SATT AxLR, vient de finaliser une levée de fonds de 400 000 €.

Une revégétalisation incohérente

Si la société Cérès (anciennement Ecosud) est née en 2017, son fondateur Fabien Hanai avait mûri le projet des années auparavant. Après un cursus agro-environnemental et une expertise dans la gestion des espaces naturels, le jeune homme a rapidement fait le constat que la revégétalisation des espaces, telle que pratiquée majoritairement, était incohérente.

« Il faut savoir que 99 % des espèces végétales ornementales proviennent du sud de l'Europe, notamment de l'Italie, explique Fabien Hanai. Importés massivement pour des raisons d'esthétisme et de rendement, ces végétaux sont en fait inadaptés : leur taux de mortalité est très important et leur plantation est dépendante des systèmes d'irrigation, de produits phytosanitaires, d'engrais... En revanche, en se promenant dans la nature, on se rend compte que les plantes locales poussent très bien toutes seules car elles ont une génétique adaptée à leur propre territoire. De ce constat est née l'idée de développer un nouveau modèle. »

Traçabilité des plantes prélevées

Avec l'aide du Centre de Recherche Agronomique Wallon de Gembloux à Bruxelles, le fondateur de Cérès a réussi à développer de nouvelles techniques de multiplication des plantes en milieu protégé.

« Les techniques classiques de multiplication imposent de prélever 100 plantes pour en avoir 30 in fine en production. Notre objectif étant de produire 10 millions de plants d'ici 2022, nous avons lancé de nouveaux protocoles pour réduire les taux de prélèvement en milieu naturel. »

Cette duplication innovante présente un double avantage : elle permet non seulement de dupliquer plus de plants à partir d'une même souche mais aussi de limiter le développement de maladies. Chaque espèce prélevée nécessitant un protocole, la start-up travaille actuellement sur une soixantaine d'espèces mais ambitionne de doubler rapidement le nombre.

En parallèle, Cérès a contracté différentes conventions avec l'ensemble des départements des régions Occitanie et PACA de façon à avoir un accès sur des espaces naturels protégés, rigoureusement sélectionnés pour leur haute valeur ajoutée garantissant la rusticité des plantes prélevées.

« A ce jour nous sommes les seuls à proposer des végétaux d'origine locale, tracés, certifiés et en quantité importante, cela sans impacter le milieu naturel et en garantissant une conservation fidèle des caractéristiques génétiques et locales de tous nos végétaux », assure le jeune dirigeant.

300 000 € dans une unité de production

Déjà dotée d'un centre de multiplication pour les jeunes pousses à Lodève (34), la start-up ouvre une nouvelle unité de production. Basé à Loriol-du-Comtat (84), ce laboratoire de 800 m2, qui disposera également d'un pôle R&D, pourrait accueillir d'ici fin 2021 une douzaine de salariés (6 sont déjà en recrutement). L'installation dans le bâtiment est programmée courant juillet. Ce projet, estimé à 300 000 €, est financé par Bpifrance.

Pré-acclimatés aux conditions stationnelles des futurs sites d'implantation, les jeunes plants sont confiés, pendant les six à douze mois de leur croissance, à des partenaires producteurs en Occitanie et PACA.

« Nous développons un réseau de pépiniéristes implantés sur les territoires de prélèvement, et dans l'idéal, il nous faudrait deux producteurs par département », estime le président fondateur de Cérès.

Diversification en vue

Proposant une offre clé-en-main (de la conception à la livraison) aux différents acteurs du territoire - collectivités, entreprises paysagères, aménageurs de voies ferrées et autoroutes... - la start-up pourrait rapidement élargir sa clientèle aux particuliers.

« Dans le milieu ornemental, nous sommes en contact avec des enseignes de jardinerie, et nous envisageons également d'élargir notre gamme, notamment sur le secteur des plantes aromatiques et médicinales », confie l'entrepreneur qui a été approché par des semenciers ou des producteurs de houblon.

En parallèle, Cérès a initié un programme de recherche avec le Cirad Montpellier en vue de mettre au point une gamme de végétaux spécifiques permettant la phytoremédiation des sites ou sols pollués par la présence de métaux lourds. Véritable alternative aux techniques lourdes et lentes à mettre en place, cette gamme de végétaux permettra, selon la start-up, « une dépollution en un temps record, 10 à 20 fois inferieur à ce qui existe actuellement ». Le projet devrait être finalisé d'ici trois ans.

Malgré la crise liée à la pandémie de Covid-19, Cérès prévoit d'atteindre cette année les 450 000 € de chiffres d'affaires. La société table ensuite « sur une progression exponentielle, soit 1,5 M€ en 2021 et 4 M€ en 2022 ».

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