Eduquer par le jeu : Bioviva, les chercheurs et les moustiques

En croissance continue, l’éditeur de jeux montpelliérain Bioviva travaille en collaboration avec des chercheurs pour écoproduire des contenus ludiques et pédagogiques sensibilisant au respect de la nature. Une approche atypique qui prend en compte les changements climatiques, sociétaux ou environnementaux. Accompagnée par la SATT AxLR, l’entreprise travaille ainsi depuis un an sur un projet de jeu de société ayant pour thématique les risques d’émergence de maladies, en particulier autour du moustique.
Michaël Rambeau, directeur développement et production chez Bioviva, travaille avec des chercheurs et scientifiques pour transformer leurs initiatives en jeux ayant un impact concret dans le quotidien des populations.
Michaël Rambeau, directeur développement et production chez Bioviva, travaille avec des chercheurs et scientifiques pour transformer leurs initiatives en jeux ayant un impact concret dans le quotidien des populations. (Crédits : Bioviva)

Engagé dans l'écoconception et la production responsable, le montpelliérain Bioviva (30 salariés, 8,2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021) développe des contenus ludiques et pédagogiques axés sur la nature. Mais plutôt que de travailler sur des brevets d'innovation, l'éditeur de jeux mise sur de la recherche appliquée basée sur les changements climatiques, sociétaux ou environnementaux.

« Lorsque Thierry Winstel a créé Bioviva en 1996, il avait dans l'idée d'éduquer au respect du vivant par le jeu, rappelle Michaël Rambeau, directeur développement et production chez Bioviva. Pionnière dans sa démarche de sensibilisation à la protection de l'environnement, la société, qui s'est toujours efforcée d'apporter le meilleur rapport qualité-prix-éthique, a un système de fonctionnement atypique : elle transforme des initiatives de chercheurs et scientifiques en jeux de sociétés qui ont un impact concret dans le quotidien de la population. Si on veut faire évoluer la société, tous les canaux d'éducations sont des clés ».

Des joueurs en situation réelle

Edité en 2018, le jeu familial Terristories, développé dans le cadre d'un programme de maturation avec le soutien de la société d'accélération du transfert de technologies (SATT) AxLR, était déjà le fruit d'une collaboration avec l'Unité de recherche Green du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Imaginés par le chercheur Patrick d'Aquino, les principes de ce jeu de terrain ont vocation à aider les populations locales, initialement en Afrique (Sénégal, Côte d'Ivoire et Burkina Faso), dans la gestion de l'usage de leur territoire, en reconnaissant la diversité des besoins et des points de vue.

« Nous ne sommes pas sur une approche technique au sens scientifique du terme mais culturelle, précise Michaël Rambeau. Grâce à l'expertise des chercheurs, Terristories, basé sur l'expérience et les résultats du jeu en situation réelle, implique les joueurs dans des débats réalistes et plausibles. Cette collaboration avec des chercheurs est d'autant plus intéressante qu'elle leur permet d'avoir une application concrète de leur recherche. »

Un projet qui pique

S'intéressant de près aux changements globaux qui favorisent le risque d'émergence de maladies à transmission vectorielle affectant l'Homme, les animaux et les plantes, Bioviva, accompagné là encore par la SATT AxLR, travaille depuis un an sur un projet de jeu de société ayant pour thématique les risques et vecteurs, en particulier autour du moustique.

« Les maladies vectorielles sont une thématique très forte en Occitanie, avec notamment la colonisation du moustique-tigre vecteur de virus pathogènes provoquant des maladies d'origine tropicale (dengue, chikungunya, zika, NDLR), contextualise Anysia Vicens, cheffe de projet AxLR. Une grande communauté de chercheurs s'intéresse à ces risques et vecteurs, aussi lorsque Bioviva nous a sollicités pour son projet de développement d'un jeu de sensibilisation et d'éducation à ces risques, nous avons trouvé l'idée très pertinente. »

Le programme de maturation standard a été lancé et une équipe de huit personnes, dont des chercheurs de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), mise en place de manière à définir un socle et à développer les différentes étapes de ce jeu d'ambiance ludique.

« Les premiers tests menés auprès de joueurs-experts fonctionnent bien, se réjouit le directeur développement et production de Bioviva. Nous allons maintenant affiner, retester puis produire une version alternative. Pour approfondir le sujet, un livret réalisé par Didier Fontenille, chercheur à l'IRD et spécialiste mondial du moustique, sera livré avec le jeu. »

La date de sortie est programmée pour septembre 2023.

+ 155% de croissance en cinq ans

Première entreprise à mission de sa filière, Bioviva a, depuis sa création, édité plus d'une centaine de jeux aux thématiques diversifiées, allant de la gestion des déchets à la préservation de la biodiversité en passant par l'exploration scientifique ou la découverte de l'espace.

A l'occasion des 15 ans de sa collection Défis nature, qui s'est écoulée à plus de 5,5 millions d'exemplaires, l'éditeur montpelliérain sortira en 2023 une édition spéciale basée sur le choix des enfants. D'autres jeux sont à l'étude, notamment sur les dinosaures, la pollinisation, ainsi que de nouvelles cartes-énigmes.

Basant son approche pédagogique autour des 3A - Apprendre, s'Approprier et Agir - , Bioviva a reçu une vingtaine de prix en cinq ans.

En croissance de 155% depuis 2017, la société a de fortes ambitions de développement à l'export, qui représente actuellement moins de 20% de son chiffre d'affaires. Elle entend ainsi passer le cap des 10 millions d'euros d'ici 2024 et se hisser mondialement au rang d'acteur majeur de l'éducatif.

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