10 ans dans le rétroviseur : comment MIS et Move in Med ont révolutionné l’accompagnement du parcours de soin

INTERVIEW - Créé il y a tout juste dix ans, le Montpellier Institut du Sein a décloisonné les pratiques entre les professionnels de santé et optimisé le parcours des patientes en s’appuyant sur la plateforme collaborative Move in Med. Totalement précurseur, ce modèle de suivi global et personnalisé s’élargit désormais à d’autres pathologies chroniques et ne cesse de s’enrichir de nouveaux outils numériques.

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Sylvie Boichot et Sophie Gendrault, cofondatrices de Move in Med à Montpellier.
Sylvie Boichot et Sophie Gendrault, cofondatrices de Move in Med à Montpellier. (Crédits : DR)

Opérationnel depuis 2012, le Montpellier Institut du Sein (MIS), qui regroupe aujourd'hui une soixantaine de professionnels de santé libéraux, prend en charge la totalité du parcours de soins des femmes touchées par un cancer du sein ou présentant un risque familial. De cette approche différenciante est née Move in Med, spin-off du MIS, fondée par Sylvie Boichot et Sophie Gendrault.

Cette startup a réussi à diffuser un modèle d'organisation unique visant à mieux coordonner l'intervention pluridisciplinaire des acteurs du soin dans le parcours des patientes. En 2020, le groupe Korian, spécialiste européen du soin et de l'accompagnement des seniors, est entré comme actionnaire majoritaire au capital de Move in Med. La start-up héraultaise, qui compte 20 salariés, a réalisé un chiffre d'affaires 2021 de 900.000 euros et projette d'atteindre 1,4 million d'euros en 2022.

Interview croisée avec les fondatrices de Move in Med, toutes deux docteurs en sciences spécialisées dans l'innovation en santé : Sylvie Boichot, présidente de Move in Med, et Sophie Gendrault, directrice générale.

LA TRIBUNE : Le Montpellier Institut du Sein vient de fêter ses 10 ans d'engagement auprès de 6.000 patientes. Racontez-nous les prémices de la création de cet institut que vous avez dirigé en binôme pendant cinq ans...

Sylvie BOICHOT - A l'époque, nous étions toutes deux à l'Agence Régionale de l'Innovation en Languedoc-Roussillon. Nous avons été sollicitées par  le Dr Cécile Zinzindohé qui souhaitait  transformer le parcours de soin de ses patientes en inventant un nouveau modèle d'accompagnement et ce, à chaque étape, du diagnostic à l'après-traitement.

Sophie GENDRAUT : Cette vision d'un parcours de soin global personnalisé et coordonné était alors extrêmement innovante.  Nous nous sommes lancées dans l'aventure avec une équipe très en avance sur un sujet dont on parlait peu. Aujourd'hui cette vision s'est démocratisée, dans les mots du moins, car chacun a mis ce qu'il voulait derrière cette notion de prise en charge de parcours.

Comment avez-vous abordé la mission ?

SB : De 2008 à 2012, nous avons étudié les besoins des patientes et des professionnels de la santé de manière à voir comment on pouvait formaliser, améliorer et rendre plus fluides ces parcours. Après quatre ans de travail acharné, nous avons réussi à bâtir un socle commun reliant, sur un territoire, l'ensemble des expertises medico psycho sociales (médecins généralistes, oncologues, kinés, sophrologues, assistantes sociales...NDLR) concernées par la pathologie des cancers du seins. L'idée était de dire : plutôt que ce soit la patiente qui aille vers ces spécialistes jouant un rôle clé dans le parcours, il faut à l'inverse être proactif.

De quelle façon ?

SG - Par l'intermédiaire d'un nouveau métier que nous avons appelé "assistante de parcours" ou coordinatrice (elles sont deux au MIS, NDLR) qui propose un suivi personnalisé et oriente les patientes vers les professionnels de santé et de soins de support en fonction des besoins. Une sorte de chef d'orchestre, experte organisationnelle, qui s'assure que la patiente est prise en charge sur toute la durée du traitement et même au-delà.

C'est à partir de cette expérience que vous avez créé Move in Med en 2016 ?

SB - Pour fluidifier le parcours patient, il fallait pouvoir s'appuyer autant sur l'organisation humaine que sur les outils numériques. Nous avons donc développé une plateforme de coordination en santé qui permette aux professionnels de mettre à disposition de leurs patientes de l'information fiable sur leur prise en charge : RDV, protocoles, traitements... La patiente a ainsi accès à son dossier, son agenda de consultation, ses ressources éducation thérapeutique, sa messagerie. Elle peut visionner des tutos, des vidéos, etc.

SG - Au fil du temps, différentes briques technologiques intégrant des algorithmes d'intelligence artificielle sont venues s'ajouter, afin d'éviter notamment ces fameuses ruptures du parcours de soin. Dernièrement, par exemple, nous avons mis en place la télésurveillance.

Quels sont les bénéfices pour les patientes ?

SB - Cela permet aux professionnels d'accompagner les patientes au-delà de l'épisode aigu. Equipées de l'application Uniq, les patientes peuvent ainsi déclarer à tout moment les effets secondaires de leur chimiothérapie orale. Ces déclarations génèrent différentes alertes visibles depuis le portail de l'équipe de soin qui peut y apporter, sans délai, une réponse adéquate. Après deux ans d'expériences, les retours des professionnels comme des patientes sont très positifs : la télésurveillance crée un lien privilégié, rassurant.

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

SG - Notre projet de développement et d'innovation porte sur les ruptures dans le parcours de soin que vient d'évoquer Sylvie. Nous aimerions que le duo care manager / équipe médicale puisse être alerté en cas de fragilité ou de rupture pour agir au plus vite.

Votre modèle est diffusé dans 21 instituts similaires au MIS et à ce jour, ce sont plus de 15.000 femmes qui sont prises en charge par ces instituts. Mais au-delà du cancer du sein, il est dupliqué sur  d'autres pathologies...

SG - Oui, nous avons très vite élargi le champ des possibles en déployons des projets et solutions adaptées sur plus de vingt pathologies : cancérologie, obésité, insuffisance cardiaque, addictologie, AVC, santé mentale. Nous avons ainsi accompagné plus de 150 équipes médicales. Dès lors où le parcours de soin est long et complexe, le modèle MIS peut être reproduit sur d'autres pathologies.

La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur votre activité ?

SB - Le confinement a permis de mieux comprendre les besoins des patients qui ne pouvaient plus accéder à leur équipe médicale donc cela a accéléré le développement d'outils de télésuivi médical. En revanche les médecins étant débordés, le déploiement de ces outils a été ralenti.

Face à la concurrence, comment définiriez-vous l'identité de  Move in Med ?

SG - Notre originalité est de ne pas seulement être éditeurs de logiciel, nous intervenons sur le volet conseils et accompagnement de la création et de la mise en œuvre des parcours de soin. Nous sommes donc sur une double compétence : un service humain et un outil numérique.

SB - La force de Move in Med est d'être très agile. Les retours des patients sont pris en compte non seulement sur l'utilisation du logiciel mais aussi sur la qualité de leur prise en charge.

Quel a été, selon vous, le changement le plus notable opéré au cours de cette décennie ?

SB - Les professionnels de santé ont intégré la patiente dans la prise en charge, ce qui n'était pas le cas auparavant. Aujourd'hui, tous ces parcours sont formalisés avec des patients, c'est une avancée formidable.

SG - Oui et nous avons de plus en plus de patients partenaires (une dizaine à ce jour, NDLR) qui sont des aides précieuses dans la démocratisation de l'intégration du parcours. Notre plateforme a également beaucoup évolué depuis sa création. Nous avons intégré la visio, la téléconsultation, les ateliers à distance, le volet questionnaire, la télésurveillance... Et nous avons facilité le travail des assistants de parcours en terme d'automatisation des tâches, de feuilles de route.

Quel bilan global en tirez-vous?

SB et SG - Nous sommes fières d'avoir participé à la création du MIS dont l'ambition sociétale se reflète complètement dans notre proposition innovante d'accompagnement des patientes. Cette aventure est loin d'être terminée : nous sommes plus que jamais aux côtés du MIS pour faire évoluer ce modèle au bénéfice des femmes et des soignants et le faire reconnaître auprès des instances de l'Etat.

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