Fin de partie pour Care Labs, émetteur du Chèque Santé

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Care Pay, un élément de l'offre monétique créée en 2017 par Care Labs pour se relancer
Care Pay, un élément de l'offre monétique créée en 2017 par Care Labs pour se relancer (Crédits : Care Labs)
Les actionnaires de Care Labs, l’une des start-ups les plus médiatisées de l’écosystème montpelliérain, ont annoncé, le 8 mars, sa mise en liquidation. Créée en 2014, la société émettrice du « chèque santé » n’a pas trouvé son marché, malgré deux levées de fonds (7,2 M€) et un pivot en 2017.

« Les associés de la société Care Labs, réunis le 6 mars 2019, ont décidé la dissolution anticipée de la société, avec cessation immédiate d'activité, et sa mise en liquidation amiable. »

C'est en ces mots qu'Alain Foret, spécialiste des flux financiers appelé en mars 2018 pour tenter de redresser Care Labs, annonce la fin de la partie pour la start-up montpelliéraine, le 8 mars, par voie de communiqué.

« Pas de chiffre d'affaires, pertes cumulées de 4,7 M€, une absence de modèle économique viable et de perspectives », selon le communiqué : c'est sur ce constat sans appel que la sentence tombe donc sur cette aventure entrepreneuriale, qui s'était pourtant largement attiré les projecteurs médiatiques.

2 M€ levés, 100 000 partenaires attendus

Pour mémoire, Care Labs, créée en juin 2014 par Vincent Daffourd et hébergée au BIC de Montpellier, avait inventé les « chèques-santé », premier titre prépayé et dématérialisé de prestation santé destiné à financer tout ou partie des consultations et prestations de santé non remboursées par la Sécurité sociale.

Le start-up avait pourtant annoncé à plusieurs reprises des partenariats prometteurs, avec des groupements de pharmaciens, des laboratoires d'analyses ou des organisations représentant des professionnels de santé, ou encore des négociations avec des centres hospitaliers ou cliniques privées (voir les liens ci-contre). Avec notamment un objectif annoncé de 100 000 professionnels de santé partenaires à la fin 2015.

En septembre 2016, les Prix de l'entrepreneur et de la start-up de l'année en Méditerranée, organisés par EY et L'Express, avait même distingué Care Labs dans la catégorie des start-ups à fort potentiel ayant fait preuve d'innovation sur leur marché.

Virage stratégique

Après un premier tour de table de 2 M€ bouclé en mars 2015, Care Labs réussissait, en février 2017, une 2e levée de fonds de 5,2 M€ destinée à accélérer son développement, à doubler ses effectifs et à bâtir une « usine monétique » avec le lancement de trois nouveaux produits. Faute d'avoir pu lever tous les obstacles règlementaires à une large diffusion de son chèque-santé, la start-up amorçait donc un pivot et lançait une nouvelle offre monétique structurée autour du parcours du patient.

En septembre 2017, elle annonçait ainsi la signature d'un accord visant à intégrer sa solution Care Pay à l'offre de Cegedim Insurance Solution, n°1 des logiciels et services dédiés à l'assurance de personnes.

Une relance avortée

Pourtant, quelques mois plus tard, les associés et investisseurs de Care Labs, qui comptait alors une trentaine de salariés, annonçaient le remaniement de la structure de direction : Vincent Daffourd quittait l'entreprise et cédait la présidence à Alain Foret, fondateur et dirigeant de l'éditeur de progiciel financiers OR System (qu'il avait cédé en 2010).

Dans un communiqué, Care Labs faisait savoir que l'objectif du changement de direction était encore, en mars 2018, de « structurer et accélérer le développement de l'entreprise, en se focalisant sur les marchés et solutions les plus porteuses, notamment auprès des mutuelles et organismes de tiers-payant ».

Finalement, aucun des marchés n'aura tenu les promesses attendues. Contacté, Alain Foret confirme que les sept salariés qui restaient en poste seront licenciés.

Il se limite à un seul commentaire : « Il n'y a jamais eu de chiffre d'affaires ». Et de préciser son propos en communiquant les données suivantes : 0 € en 2015, 98 000 € en 2016, et un chiffre d'affaires négatif de 80 400 € en 2017. Soit un total d'à peine 20 000 € de chiffre d'affaires en trois ans...

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Commentaires
a écrit le 12/03/2019 à 10:30 :
Quelle ressemblance avec une boite actuelle telle que Innovhealth: Mensonges sur ce que fait réellement le produit, beaucoup de com, de prix remportés (quid des jurys) de levées de fond, et CA quasi inexistant...
a écrit le 10/03/2019 à 1:46 :
Je crois que tout le monde sait comment autant d’argent levé peut disparaître et être dépensé. Le plus fou dans cet histoire : que le départ de V. DAFFOURD n’ait pas suscité plus d’interrogations de tout un écosystème...
a écrit le 09/03/2019 à 13:39 :
Je ne suis pas surpris, faisant parti du jury de sélection au tout début du projet j'avais émis des réserves sur le modèle économique et les freins réglementaires . Je n'avais pas été entendu face aux tenants de l'innovation à tout crin, l'acharnement conduit à une déroute pour les investisseurs, c'est dramatique mais tellement prévisible.
Réponse de le 09/03/2019 à 22:53 :
Manque dans cet article peut être un peu plus de vérité! Comment autant d’argent sans rien faire. Je serai curieux de demander des comptes à M. Daffourd! Car là, c’est tout de même incroyable...

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