Pourquoi le consortium "commotion cérébrale" porté par Vogo intéresse la ministre Frédérique Vidal

Elle sera à Montpellier ce lundi 14 février. Le déplacement de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, s’inscrit dans la stratégie nationale d’accélération "maladies infectieuses émergentes et menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC)", portée par France 2030. La ministre vient aussi rencontrer les porteurs d’un nouveau consortium (Vogo, Sys2diag, Move in Med, etc.) autour de la recherche sur la détection des commotions cérébrales dans le sport.
Cécile Chaigneau
Vogo a déjà développé des technologies vidéo permettant d'optimiser l'efficacité des protocoles existants en matière de détection des commotions cérébrales survenant lors de la pratique sportive.
Vogo a déjà développé des technologies vidéo permettant d'optimiser l'efficacité des protocoles existants en matière de détection des commotions cérébrales survenant lors de la pratique sportive. (Crédits : Vogo)

Le 14 février, Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, est attendue à Montpellier dans le cadre de France 2030. Au programme, une séquence innovation et sport puisqu'elle se rendra au GGL Stadium pour évoquer les nouvelles méthodes de dépistage des commotions cérébrales.

Pourquoi ce sujet à Montpellier ? Parce que l'entreprise montpelliéraine Vogo, qui propose des solutions live & replay audio et vidéo à destination des spectateurs et des professionnels du monde du sport, a annoncé il y a quelques semaines qu'elle créait un consortium pluridisciplinaire dédié au développement de solutions innovantes pour la prévention et la détection des commotions cérébrales dans l'univers du sport amateur et professionnel.

Dès sa création, Vogo a développé des technologies vidéo permettant d'optimiser l'efficacité des protocoles existants en matière de détection des commotions cérébrales survenant lors de la pratique sportive. Une expertise reconnue qui s'est traduite par des partenariats déployés depuis plus de cinq ans avec la Ligue Nationale de Rugby pour les rencontres du Top 14 et de Pro D2.

« Vogo est devenu un des leaders mondiaux de la détection de commotion cérébrale en bord de terrain pour le sport professionnel : rugby, football, football américain, indique Christophe Carniel, cofondateur et CEO de Vogo. Un médecin équipé du replay live vidéo peut revoir les chocs à tout moment et il a autorité sur l'arbitre pour sortir un joueur s'il y a suspicion de commotion. Et c'est la démonstration que l'on va faire au MHR devant la ministre lundi 14 février. »

La commotion cérébrale, fléau du sport

Lundi après-midi, la ministre se rendra en effet au GGL Stadium rencontrer les sportifs montpelliérains (notamment Philippe Saint-André, directeur de rugby au MHR, ancien sélectionneur du XV de France) pour échanger avec eux sur ces travaux de recherche autour de la commotion cérébrale.

L'enjeu est important : Vogo rappelle qu'en France, « 5 millions de sportifs font face à un risque de commotion cérébrale et 100 millions en Europe et aux États-Unis où elle est considérée comme un "fléau national" par les instances médicales ». Ce risque concerne la plupart des sports collectifs, « avec une prévalence accrue pour les femmes et les jeunes de moins de 20 ans ».

Alors l'entreprise souhaite désormais pousser la démarche quelques crans plus loin pour élaborer une solution intégrée et clefs en main de détection et d'accompagnement des commotions cérébrales dans toutes les disciplines en pratique collective mais aussi individuelle (équitation, cyclisme, sports de glisse, judo, boxe, etc.).

Plusieurs clubs et fédérations sportives de premier plan sont déjà associées à cette initiative, comme le club de rugby à XIII des Dragons Catalans, la Fédération Française de Football, la Fédération Française de Judo, la Ligue Régionale d'Ile-de-France de Rugby ainsi que la Fédération Française de Rugby. Responsables médicaux, comme organisations fédérales ou les athlètes, tous s'entendent sur l'urgence à apporter des solutions nouvelles, tout en développant la recherche de bonnes pratiques pour minimiser les accidents.

Des expertises de pointe

L'ambition du consortium est l'élaboration d'une solution innovante et simple d'utilisation, permettant de faciliter les prises de décision des personnels médicaux et des acteurs de terrain. Avec un objectif : améliorer les taux de détection des commotions et leur prise en charge, tout en permettant un suivi de tous les pratiquants commotionnés dans la durée, avec l'objectif d'une reprise de l'activité sportive dans les meilleures conditions de sécurité.

« Nous avons besoin de 20 millions d'euros en l'état, mais le consortium est ouvert, pour financer ce programme sur quatre ans », précise Christophe Carniel.

Ce nouveau consortium embarque plusieurs expertises reconnues du monde scientifique, industriel et technologique : le CNRS à travers le laboratoire Sys2Diag 1 (CNRS / ALCEN) dans le domaine du diagnostic médical, l'Institut de Biomécanique Humaine Georges Charpak d'Arts et Métiers Sciences et Technologies pour son expertise en modélisation biomécanique des impacts et de leurs conséquences, les équipes de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AH-HP) du Pr Decq de l'hôpital Beaujon pour leur expertise en neurochirurgie et commotions cérébrales (associée avec le service d'Épidémiologie et de biostatistiques de l'hôpital Bichat), et les laboratoires PSITEC de l'Université de Lille et VAC de l'université de Paris pour leurs compétences en neuropsychologie et neurosciences cognitives.

Ces travaux de recherche seront valorisés par les différents partenaires industriels et technologiques. Chef de file du consortium, Vogo apportera son savoir-faire dans le traitement du signal vidéo et audio pour l'étude des impacts, Move in Med (qui accompagne les établissements de soins dans l'optimisation des parcours de soins en grâce à des solutions intégrées) sa capacité d'agrégation de l'ensembles des résultats et diagnostics, et SkillCell (filiale du groupe ALCEN présente en Guadeloupe, Paris et Montpellier, qui développe des tests de diagnostic de terrain) son expérience déjà validée avec le projet EasyCOV (test salivaire du Covid-19 élaboré par le consortium héraultais formé par SkillCell, Sys2diag et Vogo) en développement de tests portables et rapides.

Tests salivaires en bordure du terrain

« L'objectif est d'agréger plusieurs technologies de détection de la commotion cérébrale, explique Christophe Carniel. Nous allons utiliser la vidéo mais aussi l'audio, ce qui est nouveau. Le trouble de la parole est un indicateur important de la commotion cérébrale, or aujourd'hui, tout le monde a un téléphone portable et en cas de suspicion de commotion on peut faire prononcer trois phrases au sportif, qui vont déterminer un scoring de suspicion. Nous utiliserons également le test salivaire que nous avions mis au point dans le cadre de la crise sanitaire Covid. »

Franck Molina, biologiste dirigeant le laboratoire Sys2Diag, poursuit la démonstration : « Une fois que la détection aura été faite par vidéo et audio, on va essayer, dans le temps compatible du jeu, de faire des tests biologiques pour renforcer l'identification de la commotion cérébrale : il se trouve qu'immédiatement après choc, il y a relargage de molécules dans la salive et avec un test et quelques technologies nouvelles, soit on pourra prélever immédiatement la salive pour l'envoyer en analyse, soit on réalisera des tests rapides en bordure de terrain pour dire s'il y a danger ou pas pour le joueur ».

Avec un gain scientifique certain dans le temps : « Nous allons accumuler beaucoup de données sur la commotion cérébrale en fonction des âges, des sports, des types d'impact, etc. ».

Des solutions, expérimentées dans les clubs et fédérations partenaires, seront régulièrement proposées au milieu sportif, et améliorées au fur et à mesure.

« Que la recherche arrive jusqu'au citoyen »

« L'objectif de ce consortium est de créer une filière française d'excellence en fédérant des acteurs aux expertises sportives, académiques, médicales, industrielles et technologiques, souligne Christophe Carniel. Car derrière ce programme, il y a une véritable filière à deux dimensions : le diagnostic dans le monde du sport et des outils qui pourront aussi servir aux pompiers par exemple en cas d'accidents domestiques ou d'accident de voiture. »

« Le ministère de la recherche est très attentif à ce que la recherche arrive jusqu'au citoyen, ajoute Franck Molina. C'est la démonstration que nous allons faire. Et montrer que la recherche ne s'intéresse pas aux sujets qu'en situation de crise... Par ailleurs, ce consortium est un projet qui s'inscrit dans une logique territoriale récente de rassemblement, autour de la Med Vallée (pôle d'excellence autour de la santé, du bien-être, de l'alimentation et de l'environnement, voulu par Michaël Delafosse, président de la Métropole de Montpellier, NDLR), de forces institutionnelles, académiques et industrielles dans l'intérêt du citoyen. Ce qui ne se produit pas tous les jours. C'est emblématique de la post-crise. »

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Maladies infectieuses et Légion d'honneur

Le déplacement de la ministre s'inscrit dans la stratégie nationale d'accélération "maladies infectieuses émergentes et menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC)", portée par France 2030 et dotée de 752 millions d'euros. Après une visite de l'entreprise montpelliéraine CILOA lundi matin 14 février, Frédérique Vidal échangera avec l'Université de Montpellier, notamment le laboratoire en charge du projet ExposUM sur la thématique des maladies infectieuses et exposome (totalité des expositions à des facteurs environnementaux que subit un organisme humain de sa conception à sa fin de vie).

Frédéric Vidal remettra également à Franck Molina les insignes de chevalier de la Légion d'Honneur.

« Je suis content que la ministre se déplace chez nous car on a tous envie de montrer que le territoire contribue en matière de recherche, déclare l'intéressé. Nous allons pouvoir partager un grand moment collectivement. »

Cécile Chaigneau

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