Dématérialisation : un nouveau CEO chez Yooz, pour quelle feuille de route ?

INTERVIEW - Spécialisée dans la dématérialisation et l’automatisation des processus achats et facturations, l’entreprise gardoise Yooz (300 salariés), vient de remanier son équipe de direction. Alors que le taux d’équipement des PME est encore faible en France, elle mise sur les prochaines obligations imposées par voie législative aux entreprises à horizon 2024. Sans rogner sur son déploiement à l’international, notamment aux Etats-Unis. Entretien avec Laurent Charpentier depuis Dallas.
Cécile Chaigneau

4 mn

Laurent Charpentier, nouveau CEO de Yooz.
Laurent Charpentier, nouveau CEO de Yooz. (Crédits : DR)

Le 19 mai dernier, Yooz, éditeur SaaS de solutions de dématérialisation et d'automatisation des processus achats et factures, annonçait la nomination de Laurent Charpentier, anciennement COO/CIO, au poste de CEO. Cette nomination s'accompagnait de cinq autres changements (1) au sein de la direction, afin d'accompagner la croissance à l'international de l'entreprise.

Si le siège de l'entreprise est à Aimargues (Gard), c'est depuis son bureau à Dallas que le nouveau CEO nous répond.

LA TRIBUNE - Quelle a été la trajectoire de Yooz depuis sa création en 2010 ?

Laurent CHARPENTIER - Je rappelle que Yooz est une spin-off d'Itesoft, lancée en 2010 pour servir les PME et amener une solution SaaS de dématérialisation des factures fournisseurs. La séparation avec Itesoft est intervenue en 2015...  Nos clients ont d'abord été les experts-comptables puis les PME. Et devant ce succès, Yooz s'est lancé à l'international en attaquant, en 2014, par les Etats-Unis. C'est le moment où j'ai rejoint Yooz. Aujourd'hui, Yooz, c'est un annual recurring revenu de 37 millions de dollars. Yooz génère 45% de croissance annuelle en moyenne depuis 2017, pour anticiper les évolutions de la facturation électronique. Certifié Great Place to work, nous nous sommes développé en 2021 en Angleterre, en Espagne et en Afrique du Nord. Nous réalisons 35% de notre activité aux Etats-Unis et 5% du reste en Europe, ce qui nous laisse une belle marge de manoeuvre à l'export.

La digitalisation, et donc la dématérialisation des documents, est un sujet stratégique. Quelle est votre position sur le marché ?

Yooz compte aujourd'hui 4.000 clients, soit 200.000 utilisateurs répartis dans 33 pays, notamment 9 des 10 plus grands cabinets comptables en France, où nous sommes leader, même si le taux de pénétration est encore relativement faible car beaucoup de PME ne sont pas encore équipées. Bien sûr des compétiteurs arrivent mais avec moins de fonctionnalités que Yooz et pour des cibles plus petites que nous, qui visons les PME-ETI. Nous comptons par exemple parmi nos clients Groupama, Aubade ou ManoMano... Aux Etats-Unis, le taux d'équipement des petites entreprises est encore faible - plus de 70% des PME ne sont pas équipées - nous avons donc un énorme marché devant nous ! Nous avons attaqué ce marché alors qu'il y a avait déjà de grands noms qui occupaient la place, mais nous restons compétitifs, surtout sur le middle market, c'est à dire les entreprises qui traitent 1.000 à 2.000 factures par mois.

Quelle est votre feuille de route en tant que nouveau CEO ?

Notre objectif  est d'accélérer le développement, notamment à l'international, par exemple l'Amérique latine sur la 2e moitié de l'année 2022. Nous travaillons également à l'amélioration de produits : en 2020, nous avions lancé un plan stratégique "Rising from the cloud" et un nouveau produit, Yooz Rising, avec l'ambition d'aller dématérialiser d'autres processus que la facturation. Le paiement des factures, Yooz Pay, est déjà intégré à notre solution. C'est déjà en place aux Etats-Unis depuis fin 2021, et ça arrivera en France et dans la zone euro fin 2022... Nous misons, par ailleurs, sur les nouvelles obligations de dématérialisation auxquelles devront faire face les entreprises avec la loi sur la facturation électronique 2024 (2).

Où en sont les effectifs de Yooz aujourd'hui et quels sont vos besoins ?

Yooz compte 300 collaborateurs, 220 en France et 80 aux Etats-Unis, et prévoit plus de 70 recrutements en 2022 et 90 en 2023 pour soutenir sa croissance, sur des profils vente, marketing, implémentation produits et R&D (l'équipe de développement produit est basée dans le Gard, NDLR). D'ici 2025, nous aurons plus que doublé nos effectifs ! Les recrutements ne sont pas faciles en France, où le secteur informatique affiche plus de demandes que de talents... Ce n'est pas facile non plus aux Etats-Unis...

(1) Magali Michel est COO EMEA (Europe Middle East & Africa), François Lacas est Deputy COO et Chief Marketing Officer, Mourad Lahouioui est Chief Customer Support Officer, Jamal Elassri est Chief Sales Officer EMEA, et Cody Manning est Chief Sales Officer NORAM (Amérique du Nord).

(2) Depuis le 1er janvier 2020, toutes les entreprises traitant avec le secteur public, quelle que soit leur taille, doivent transmettre leurs factures sous format électronique, de même que toutes les entités publiques de l'Union européenne sont tenues d'accepter les factures électroniques qui leur sont adressées. La loi de finances 2020 généralise cette exigence au secteur privé, puisque toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures au format électronique au 1er juillet 2024. Une obligation d'émettre les factures par voie électronique ainsi que certaines de leurs données à l'administration fiscale s'imposera aux entreprises de manière progressive entre 2024 et 2026.

Cécile Chaigneau

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