« Les grands domaines sont des fers de lance »

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Pour sa rentrée, le 6 septembre, Le Club de l'éco organisait un débat sur le marché de grands domaines viticoles. En présence de Laurent Bonfils, P-dg du groupe Bonfils, Michel Veyrier, directeur du réseau Vinéa, et Thierry Loscos, de la SAFER LR.

Les riches Chinois qui rachètent des vignobles français, à l'image du château de Gevrey-Chambertin (Côte d'Or) récemment acquis pour 8 M €, sont rares en région. En revanche, le changement d'échelle dans l'acquisition de domaines viticoles de plus en plus XXL est une réalité en Languedoc-Roussillon.

C'était le thème du débat qui a animé, jeudi 6 septembre, le Club de l'éco d'Objectif, autour de la thématique « De grands domaines viticoles, pour quoi faire ? », en présence de 120 personnes.

Parmi les invités, l'un des acteurs les plus actifs sur le marché des acquisitions : Laurent Bonfils, P-dg du groupe Bonfils (1 400 ha de vignes, 40 domaines et châteaux, un CA de 45 M€), qui avec 15 propriétés viticoles en Languedoc et déjà deux châteaux dans le Bordelais, vient de prendre le contrôle du château La Rose Belair (Gironde).

Ce « pied posé dans le terroir bordelais » semble une étape nécessaire au développement du groupe à l'international, comme a pu le rappeler le vigneron :

« C'est une façon pour nous de présenter un panel des vins de France et d'aller les vendre à l'étranger ou en Asie, où les consommateurs connaissent le Bordeaux mais pas les vins du Languedoc. »

L'autre objectif étant, pour ce type de groupes, l'achat de foncier dans une logique d'approvisionnement afin de « sécuriser les livraisons clients et assurer une plus grande régularité des produits de qualité, à prix réguliers ».

Pour autant, les candidats à l'acquisition affrontent un marché compliqué, car il y a en fait plusieurs marchés : que choisir entre un domaine à 500 000 € et un autre à 25 M€ ? Entre le mazet dans les vignes et le château ? Et que dire des investissements colossaux que représente une installation pour la réfection du vignoble, la remise en l'état de la cave, le marketing et le commercial ?

Michel Veyrier, directeur du réseau Vinéa et de Vignobles investissements, qui accompagne depuis vingt ans les investisseurs et entreprises de la filière dans leur projets d'acquisition, pointait du doigt la trésorerie, souvent catastrophique, des petites unités, évoquant un retour sur investissement très lent :

« Pour les mises en route de propriété, on est sur des cycles de cinq ans. Il ne faut pas donc minimiser le fonds de roulement ».

Beaucoup au contraire s'y sont cassés les dents, sur un marché extrêmement changeant.

« Le marché s'est internationalisé. Les Anglo-Saxons, qui représentaient, jusqu'en 2008, 35 % du volume des acquisitions, se sont retirés, les Bordelais et Bourguignons également, quand le marché s'est ouvert dans leur région. Aujourd'hui, les nouveaux pays consommateurs de vins viennent prendre pied dans le vignoble. On a des acquéreurs brésiliens, mexicains, mais on reste dans une région viticole avec un taux de rotation des propriétaires parmi les plus élevés de France. »

Pour Thierry Loscos, responsable du service Grands domaines à la SAFER LR (1er opérateur sur le marché du foncier agricole en région):

« La crise viticole attire de moins en moins d'investisseurs non professionnels. Le segment de marché des opérateurs régionaux de la filière, qui ont une connaissance fine des contraintes et des réalités du vignoble, est aujourd'hui gagnant ».

Bonfils, Gérard Bertrand, Jeanjean, etc. Ces grands groupes viticoles régionaux sont des « fers de lance, des têtes de pont vers l'étranger. Ils ouvrent des marchés derrière vers la Chine, etc., qui portent les vins du Languedoc-Roussillon », rappelait l'expert. La SAFER LR en effet, depuis quelques années, facilite l'accès au foncier pour ces groupes aptes à « donner de la vie, de l'activité, du sens économique à des activités agricoles ».

Le volet oenotouristique est un maillon supplémentaire à la réussite de ces implantations.

« La région a une carte à jouer unique sur le volet oenotouristique, rappelait Michel Veyrier. Nous avons l'espace, la qualité du cadre de vie, la culture méditerranéenne pour le développer. »

Légende: Laurent Bonfils (président du groupe Bonfils), Michel Veyrier (fondateur de Vinéa Transactions), Anthony Rey (rédacteur en chef d'Objectif), et Thierry Loscos (responsable du service Grands Domaines de la Safer LR).

Crédit photo: Christine Caville

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