François Baroin craint « un mandat de statu quo »

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L'ex-ministre de l'Économie du gouvernement Fillon était l'invité vedette de la rencontre organisée par la CCI de Montpellier, le 17 septembre, sur le thème : « Crise mondiale, vers un nouvel ordre économique ».  

La CCI de Montpellier a organisé, le 17 septembre, une conférence en présence de nombreux chefs d'entreprises et acteurs économiques du territoire, parmi lesquels Gilbert Ganivenq (groupe Proméo) et Lamine Gharbi (FHP LR).

Invité vedette de ce débat, François Baroin, ex-ministre de l'Économie du gouvernement Fillon, a longuement passé en revue les mécanismes de la crise financière et économique qui sévit depuis 2008, et livré son sentiment sur les mesures prises par le gouvernement Ayrault pour en sortir. Verbatim.

L'ampleur de la crise :

« Le contexte de la campagne présidentielle de 2012 était mauvais, avec 30 à 40 000 chômeurs en plus par mois. De plus, tous les marchés financiers s'étaient retirés des positions européennes depuis l'été 2011. Nous sommes alors passés près de l'explosion de la zone euro. Ces incertitudes auraient perduré si le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, n'avait pas mis en minorité son homologue de la Bundesbank. La BCE a alors décidé de racheter les titres de tous les États en difficulté... et Angela Merkel l'a accepté. Cela a permis de ramener un apaisement relatif sur les marchés. La faiblesse des taux actuels est uniquement due au courage de Draghi. »

La réalité du rebond économique de 2013 :

« Nous sommes techniquement en récession depuis trois mois. Les chiffres récents sur la croissance (L'Insee fait état d'un rebond de 0,5 % du PIB au 2e trimestre 2013, NDLR) ont été dopés par la consommation énergétique, en hausse cet hiver. Sur le plan du commerce extérieur, de la production industrielle, les chiffres sont mauvais. Peu importe que la perspective de croissance en 2013 soit de 0,2 % ou 0,3 % car ce taux doit atteindre 1,5 % pour que l'économie française infléchisse la pente du chômage. »

L'efficacité du gouvernement Ayrault :

« Je ne vais pas critiquer toutes les mesures qui sont prises. Le CICE (crédit impôt compétitivité emploi, NDLR) est une idée pertinente, mais celle de l'UMP sur la TVA sociale l'était encore plus. Par ailleurs, on peut regretter le retard pris sur bpifrance. Elle ne fonctionne que depuis un mois. Il peut y avoir un effet de levier, à condition que la gouvernance de bpifrance ne pose pas de problème aux entrepreneurs. Le FSI régionalisé sous l'autorité de l'État et OSEO sous l'autorité des acteurs traditionnels de l'économie auraient mieux fonctionné. »

Quelles propositions ?

« S'il y a une priorité absolue, c'est nous réformer dans un contexte où nos voisins ont déjà fait leurs réformes structurelles. Le Portugal vient de baisser le coût unitaire du travail de 6 %. L'Espagne, votre voisine, l'a baissé de 7 à 8 % au cours du 1er semestre. L'Italie suit cette voie, et se lance dans une vaste dérégulation. Que ferions-nous ? Vu que la France a deux ans de plus pour être au rendez-vous des 3 % de déficit public, et que la pression exorbitante des marchés a enfin baissé, il ne faut pas rater le rendez-vous des réformes structurelles. Sur la réforme des retraites, la fermeture du débat autour de l'âge de départ est la plus bloquante. Sur la fiscalité, il peut y avoir des pistes importantes. Tout dépendra de la vitesse à laquelle l'État se désengagera des dotations locales. S'il le fait à hauteur de 3,5 Mds € comme on l'annonce, ce sera trop rapide et le risque est de voir la fiscalité locale repartir à la hausse. Ce serait alors un mandat de statu quo... Il y a une idée qui émerge : l'impôt sur les sociétés (IS), inévitablement. L'addition des taux d'imposition pesant sur les PME et les PMI a un côté désespérant, car elle atteint 65 ou 66 %. Avec une assiette si large aujourd'hui, le débat sur l'IS ne peut que s'ouvrir. »

Anthony Rey

Légende : François Baroin, aux côtés de Lamine Gharbi (FHP Lr), Gilbert Ganivenq (Proméo), et André Deljarry (CCI Montpellier).
Photo : Christine Caville

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