Sandrine Mini (Théâtre Molière, Sète) : « La programmation est un travail d’orfèvre ! »

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Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière, Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.
Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière, Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau. (Crédits : DR)
SERIE. Épisode 2/2 – A Sète, le Théâtre Molière se languit de retrouver son public. Malgré une année sans spectacle, l’établissement culturel a malgré tout poursuivi sa vocation de service public dans les établissements scolaires et préservé un lien avec ses mécènes et son public. Rencontre avec Sandrine Mini, sa directrice, en pleine programmation.

Un peu plus de trois ans après sa prise de fonction à la tête du Théâtre Molière, Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau, Sandrine Mini tient le cap de ce navire culturel doté d'un budget global de 3,6 millions d'euros (dont 68% de subventions et 38% de recettes propres en mécénat, billetterie et recettes de tournées).

LA TRIBUNE - Quel est votre sentiment aujourd'hui face à la non réouverture des lieux culturels ?

Sandrine Mini - Cette longue période sans paroles, depuis le dernier confinement, est très éprouvante. Derrière les réunionites aigües du gouvernement, il n'y aucun acte. Cela en dit long sur la place accordée à la culture ! Je passe un temps fou sur la programmation. Mes équipes sont épuisées mais nous ne baissons pas les bras. Nous sommes prêts à rouvrir et à retrouver enfin le public !

Quels sont les impacts humaines et financiers de cette crise sans précédent ?

L'équipe de permanents (23 salariés, NDLR) a été maintenue intégralement dans ses activités, en revanche, faute de spectacle, la dizaine d'agents d'accueil et de placement en salle est en chômage partiel. Si les subventions n'ont pas changé, les recettes propres ont, elles, été impactées. En billetterie, tous les spectacles annulés ont été remboursés. Côté mécénat - en moyenne 260.000 euros - nous entretenons une forte proximité avec notre club qui réunit aujourd'hui 65 entreprises. C'est d'ailleurs l'un des plus importants clubs de France. Nous avions misé sur une perte financière de 30% : finalement la baisse est de 20%. Conscients des difficultés que certaines entreprises traversent elles aussi, nous avons décidé de maintenir l'ensemble des partenaires sur la brochure à venir. Au final, les frais d'approche (hôtels, restaurants, NDLR...) et les spectacles ayant fortement diminué, nous avons terminé l'année 2020 avec plus de moyens, ce qui nous a permis de doubler le nombre de coproductions pour monter à 36.

Comment abordez-vous la situation d'un point de vue organisationnel ?

Je dois avouer que cette mise à l'arrêt forcé nous a profondément désorganisés mais du coup, elle nous a obligés à tout repenser. Sentant de la surchauffe au niveau du service administratif, nous avons identifié plusieurs chantiers de fonds structurants comme la RGPD, l'arborescence serveur, l'archivage numérique, la formation, etc. Cette remise à plat de nos outils de travail permet de mieux nous projeter dans l'avenir.

Malgré l'absence du public, quelle activité avez-vous pu maintenir ?

Alors qu'une soixantaine de propositions ponctuent en moyenne chaque saison - soit 170 levers de rideaux - dont une vingtaine de projets en décentralisation sur les 14 communes du Bassin de Thau, nous avons poursuivi, portes closes, notre vocation de service public dans les établissements scolaires. C'est l'un de nos axes forts : un tiers de notre public a moins de 16 ans ! Après une première série de représentations à Noël, nous préparons pour le mois d'avril une seconde tournée de propositions de lectures. En parallèle, nous avons doublé le nombre d'accueil de compagnies en résidence, au nombre de vingt cette année.

Qu'en est-il de l'activité de votre pôle création et diffusion à Mireval ?

Depuis mon arrivée, trois équipes artistiques ont pu être accompagnées. Actuellement nous avons Etienne Gaudillère pour sa pièce Cannes 39/90 une histoire de festival, et le collectif Petit Travers pour son spectacle circassien Encore la vie. Nous avions prévu 47 dates de représentations pour les deux saisons à venir, mais l'objectif va être très dur à tenir. Le bureau de production va clôturer cette année avec un déficit d'exploitation.

Vous avez lancé une campagne d'affichage très remarquée. Comment est né ce projet ?

L'idée était de faire entendre notre parole autrement, de manière plus poétique. Pour permettre aux spectateurs du Bassin de Thau de s'exprimer et de témoigner de leur attachement au théâtre vivant, nous avons donc imaginé une série de douze portraits. Assis sur un fauteuil rouge devant un paysage de leur choix, des spectateurs posent devant l'objectif du photographe Luc Jennepin. Cette première série, affichée sur la façade du Théâtre Molière mais aussi dans l'espace public, a remporté un vif succès. A tel point qu'une nouvelle campagne de photos, cette fois sur les métiers de l'ombre - costumiers, techniciens, etc. - vient d'être lancée tandis qu'une autre sur nos partenaires - restaurateurs, hôteliers, etc. - est en préparation.

Dans ce contexte particulier, comment gérez-vous les incertitudes de la programmation ?

Nous avons fait le pari d'une saison allant jusqu'à début juillet (habituellement la saison se termine début juin, NDLR) puis on reprendra le 10 septembre 2021, au lieu d'octobre. La programmation est un vrai casse-tête, voire un travail d'orfèvre pour arriver à une certaine équité. La saison prochaine sera donc un mix entre les reports du printemps 2020 et 2021, et les nouveautés. Deux temps forts émergeront, à l'automne et au printemps. Et puis nous souhaitons envoyer un message fort au public. Le premier week-end de septembre, nous allons organiser avec plusieurs compagnies du territoire un grand déploiement gratuit dans l'espace public.

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Retrouvez le 1e épisode de notre série : Culture : en Occitanie, comment les théâtres préparent le lever de rideau

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