Sète, singulièrement culturelle : l’attente (et la résilience) des musées

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Les trois ou quatre expositions annuelles du Musée Paul Valéry, à Sète, attirent habituellement entre 80.000 et 110.000 visiteurs.
Les trois ou quatre expositions annuelles du Musée Paul Valéry, à Sète, attirent habituellement entre 80.000 et 110.000 visiteurs. (Crédits : Musée Paul Valéry)
SERIE (2/2) – Institutions culturelles phares de Sète, toutes trois dirigées par des femmes, le CRAC, le Musée Paul Valery et le MIAM attendent l’hypothétique feu vert du gouvernement pour enfin faire vivre leurs programmations artistiques.

Pas un jour qui passe sans que la question ne soit posée : pourquoi les lieux culturels sont-ils toujours fermés ? Programmation, déprogrammation. Confinement, déconfinement. Dans les trois lieux culturels majeurs de Sète, dirigés par des femmes (encore une exception culturelle sétoise ?), la tension est palpable. Tout comme l'impatience. Celle de retrouver enfin le public.

« La situation est très frustrante, se désole Marie Cozette, à la tête du CRAC Occitanie (centre régional d'art contemporain) depuis bientôt trois ans. Avec ses 1.200m2 de surface d'exposition, ses hauteurs de plafond de 8 mètres et ses larges amplitudes horaires, le centre a la capacité d'accueillir le public dans des conditions de visite ultra sécurisées. D'ailleurs, l'an dernier, pendant la période de réouverture, nous étions sur des jauges de 10 m2 par visiteur, pour 4 m2 préconisés ! »

Le CRAC Occitanie, à Sète

Le CRAC Occitanie (Centre d'art contemporain) à Sète.

Une production kaléidoscopique

Lieu inclusif, entièrement gratuit et ouvert à tous, le CRAC accueille en moyenne 25.000 à 30.000 visiteurs par an, et est doté d'un budget artistique de 600.000 euros. Son orientation vers les cultures « du milieu du monde » en fait un lieu prospectif, dénicheur de pratiques artistiques et culturelles diversifiés, attentif aussi bien à la scène locale qu'internationale. A l'image de sa double exposition qui devait se clôturer en janvier mais que Marie Cozette a décidé de prolonger jusqu'au 5 septembre 2021.

« C'est une décision délicate car j'anticipe la programmation du CRAC sur deux ou trois ans*, confie Marie Cozette. Mais il aurait été vraiment dommage que l'exposition Reverse Universe, née d'une profonde réflexion sur les manières d'inventer d'autres mondes, n'aient pas plus de visibilité. Les deux artistes proposent une vision inédite à partir des villes de Sète et de Tanger et impulsent une envie d'inventer le futur. »

Inventer, un formidable défi pour toute l'équipe du CRAC (huit salariés) qui, malgré les portes closes, continue d'accompagner les artistes tout en imaginant de possibles rencontres hors les murs. Réinvestir des interstices urbains, loin des schémas formels. Parfois c'est l'inverse, comme l'artiste Anne-Lise Coste qui vient d'installer un salon (tapis fauteuil et table basse) sur le parvis du CRAC (où elle avait exposé il y a deux ans) pour son « vernissage de l'air libre ».

« Sète possède une densité d'acteurs culturels complémentaires hyper réjouissante et kaléidoscopique, affirme la directrice du CRAC. Cette singularité nous pousse à rester positifs. »

Le maintien des expositions

Même esprit vaillant du côté de Maïthé Vallès-Bled qui ne lâche pas prise, même si la directrice du Musée Paul Valery regrette « qu'une démocratie puisse affirmer que la culture n'est pas essentielle ».

Les trois ou quatre expositions annuelles organisée au musée attirent habituellement entre 80.000 et 110.000 visiteurs. En 2020, la directrice a dû composer avec les aléas. Fermée quatre jours après son inauguration, l'exposition 4 à 4 réunissant des artistes venus du monde entier a dû être décalée, tout comme celle de Patrice Palacio. En revanche, Paul Valery et les peintres n'a pu être présentée qu'un mois, une grande partie des œuvres venant de l'étranger.

« Nous avons travaillé à une deuxième prolongation jusqu'au 14 mars 2021 puis une troisième jusqu'au 25 avril, mais impossible d'aller au-delà, regrette, vivement Maïthé Vallès-Bled. Pas question, en revanche, d'annuler les expositions programmées, nous nous sommes engagés avec les artistes, les collectionneurs, les partenaires... ».

Ainsi pour sa réouverture et durant tout l'été, le musée présentera L'art aborigène, puis à l'automne Titus Carmel suivi d'une nouvelle édition de 4 à 4.

Dans les coulisses du musée, l'équipe (25 salariés) s'active notamment autour de la célébration du 150e anniversaire de la naissance de Paul Valery, qui donnera lieu à de nombreux évènements. Quinze rendez-vous sont déjà proposés sous forme de films permettant de s'immerger dans la vie de l'écrivain-poète. Quant au fonds permanent du musée, il vient de s'enrichir d'un portrait de Paul Valery, réalisé par Vincent Bioulès.

Alors qu'en septembre dernier, le musée avait enregistré une augmentation de 23% de sa fréquentation, Maïthé Vallès-Bled reste confiante pour la réouverture.

Date anniversaire

Depuis Lisbonne où il s'est installé pour travailler avec des artisans d'azuléjos, Hervé Di Rosa, artiste sétois figure de proue de la figuration libre et concepteur de "l'art modeste", garde un œil sur le MIAM (Musée International de Arts Modestes) qu'il a créé avec Bernard Belluc en octobre 2000. Mais avec beaucoup plus de sérénité depuis le recrutement, en novembre dernier, de Françoise Adamsbaum. Même si la nouvelle directrice collaborait depuis longtemps au développement de ce musée disposant d'un budget de 700.000 à 800.000 euros (Ville de Sète et partenaires) pour organiser deux expositions annuelles, attirant 45.000 visiteurs.

Les vitrines de Bernard Belluc au MIAM à Sète

Les vitrines de Bernard Belluc, au MIAM à Sète.

En léger décalage, le musée a bien l'intention de fêter dignement ses 20 ans d'existence. Deux livres sont en cours d'édition : l'un sur l'aventure du MIAM et l'autre sur les vitrines du collectionneur Belluc. La parution est prévue le 4 juin, à l'occasion de l'ouverture des deux nouvelles expositions : Psychédélices pour défricher des œuvres jubilatoires d'artistes français et Forever MIAM, sorte de rétrospective de vingt années d'agitation culturelle.

« Depuis sa création, le MIAM a réalisé 57 expositions et édité 30 catalogues, avec toujours la même appétence pour une création contemporaine pointue adressée aux néophytes », synthétise Hervé Di Rosa, qui a particulièrement contribué au rayonnement de Sète.

Déménager le MIAM

A l'étroit dans ses locaux, le fondateur du MIAM escomptait (modestement) que la ville soit labellisée capitale de la culture : « La partie était loin d'être gagnée. Mais cette candidature, malheureuse, aurait facilité de nombreux projets, en particulier le financement de mécènes pour déménager le MIAM sur le quai des Moulins, dans un espace de 4.000 m2, soit quatre fois plus grand qu'aujourd'hui, nous permettant d'exposer notre fonds de collection conséquent mais aussi d'être un véritable pôle culturel ».

Pour autant, Hervé Di Rosa et son équipe ne se découragent pas et ont déjà bien avancé sur la programmation des trois années à venir.

« Le contexte est très dur pour le spectacle vivant mais l'art plastique n'est pas trop impacté, analyse l'artiste. J'avais une exposition prévue au musée de Valencia mais elle est reportée au printemps prochain. Cette période a été propice pour travailler. Elle m'a permis de prendre du recul, de me recentrer sur ma peinture. »

Et accessoirement de pouvoir se libérer des tâches fastidieuses du MIAM grâce à Françoise Adamsbaum.

* A partir du 8 octobre 2021 et jusqu'au 6 février 2022, le CRAC organise deux expositions : au rez-de-chaussée, photographie, performance et film de l'artiste guadeloupéen Jimmy Robert, et à l'étage, le fruit des travaux de recherche de Antoine Renard, lauréat du prix Villa Médicis.

Retrouver le 1e épisde de notre série sur Sète ici : Sète, singulièrement culturelle : quels plans B pour les festivals cet été ?

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Commentaires
a écrit le 16/04/2021 à 13:46 :
Un endroit que les gens vont visiter dans lequel pourtant les images ne sont pas en 3D, ne bougent pas, ne parlent pas, le sol ne vibre pas, dans lesquels nous n'entendons pas les chansons de claude françois, où il n'y a pas de lumières criardes, pas de messages publicitaires, on n'offre pas un jeu fait en chine à l'achat d'un billet... rien que pour ça ça vaut le coup de s'y précipiter ! Un havre de paix et chaque année un peu plus. Gloire et longue vie aux musées !

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