Face au Covid, Valérie Brousselle, DG du nouveau Musée Narbo Via, mise sur la saison estivale

ENTRETIEN - Le musée Narbo Via a ouvert ses portes le 19 mai à Narbonne. Consacré à l’histoire romaine de la ville, ce projet initié en 2010 par Georges Frêche, l’ancien président de la Région Languedoc-Roussillon, et Jacques Michaud, le président de la Commission archéologique de Narbonne, a vu son lancement retardé en raison de la crise sanitaire du Covid-19. Quel positionnement, quels financements, quel bilan de ces premiers jours d’ouverture ? Le point sur des aspects économiques avec Valérie Brousselle, directrice générale du musée.

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« Nous avons eu 2.000 visiteurs en une semaine sur nos trois sites, un beau succès compte tenu des contraintes sanitaires ! » estime Valérie Brousselle, directrice générale de Narbo Via.
« Nous avons eu 2.000 visiteurs en une semaine sur nos trois sites, un beau succès compte tenu des contraintes sanitaires ! » estime Valérie Brousselle, directrice générale de Narbo Via. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Quel est le mode de fonctionnement et le budget de Narbo Via ?

VALERIE BROUSSELLE - Narbo Via est un EPCC, Établissement Public de Coopération Culturelle, dont la présidente du conseil d'administration est la présidente de la Région Occitanie, et dont les membres du Conseil d'administration sont la Région Occitanie, la Communauté d'agglomération du Grand Narbonne, la Ville de Narbonne et l'État. La construction a nécessité un investissement de 56 millions d'euros, très majoritairement réalisé par la Région, avec un crédit de l'Europe (fonds FEDER, ndlr) de 6 millions d'euros et de l'État à hauteur de 1,45 million d'euros. Concernant le fonctionnement, nous avons un budget annuel d'environ 3,5 millions d'euros, abondé par les contributions de la Région Occitanie, de la Communauté d'agglomération du Grand Narbonne, et de la Ville de Narbonne. Pour 2021, qui représente une demi-année d'ouverture au public, nous avons inscrit au budget primitif des ressources propres à hauteur de 650.000 euros, avec la billetterie, la boutique, le mécénat et la location d'espaces. Nous avons des objectifs de recettes mais L'EPCC est un outil de politique publique d'accès à la culture, qui se manifeste par exemple par la gratuité de la billetterie jusqu'à 26 ans. La présidente du conseil d'administration de l'EPCC Narbo Via a également annoncé la gratuité pour tous pendant le mois de juin. Concernant les personnels, ceux qui venaient des collectivités fondatrices ont été transférés au 1er mai 2020 et nous avons recruté de nouveaux agents. Nous sommes aujourd'hui 34 à plein temps, à terme nous serons environ 40.

Il existe déjà un musée traitant de la même période non loin, le Musée de la Romanité de Nîmes. Comment vous positionnez-vous par rapport à cette offre existante en termes de contenus ?

Oui, et il y a aussi Arles... L'ensemble du littoral méditerranéen offre une grande richesse archéologique. Narbo Martius était la première colonie romaine hors d'Italie, or il ne reste quasiment plus rien de ses monuments antiques qui ont été démantelés et dont les matériaux ont été réutilisés par la suite. L'objet de Narbo Via est de faire revivre cette capitale disparue, avec le mur monumental, composé de centaines de blocs issus pour la plupart des nécropoles de la ville antique, et avec le parcours permanent présentant, avec près de 1.300 pièces, la cité et ses habitants à l'époque romaine. Pour mettre à jour ces contenus avec la recherche la plus récente, nous menons des partenariats avec l'INRAP (Institut National De Recherches Archéologiques Préventives, NDLR) ou avec des établissements de recherche tels que le CNRS. Mais nous aurons aussi à coopérer avec l'ensemble des musées d'Antiquité du littoral méditerranéen.

Narbo Via a ouvert avec du retard du fait du Covid. Quelles sont les conséquences sur le plan économique ?

Effectivement, le musée devait ouvrir en septembre 2020. Le chantier s'est arrêté au premier confinement. Ensuite, nous avons pensé pouvoir ouvrir en décembre 2020, mais le deuxième confinement est arrivé, puis en février 2021 et nous avons eu le troisième confinement. Cela, alors que les agents d'accueil et de médiation avaient été recrutés pour début janvier. Les collectivités n'ont pas baissé leur intervention. Dans le budget que nous avons voté, nous avons pris en compte une baisse des ressources de nos fonds propres.

Comment vous adaptez-vous aux restrictions actuelles du fait du COVID ?

En temps normal, nous devons prévoir une jauge correspondant à 5 m2 par visiteur. Du fait de la jauge réduite, nous sommes limités à 8 m2 par personne, c'est-à-dire que notre capacité d'accueil est actuellement limitée à 330 personnes en même temps. A partir du 9 juin, nous reviendrons à une jauge normale. Par ailleurs, nous n'avons pas mis en place de visite guidée ni aucune des autres animations que nous avions prévues dans notre grille de médiation - ateliers Narbo lab, parcours découverte ou visite en 20 minutes chrono, etc. - ni d'accueil de groupes. Nous nous sommes adaptés à la situation : nos médiateurs sont donc en salle, mobiles, à la rencontre du public. Nous attendons beaucoup de l'ouverture de cette programmation, nous pensons la mettre en place à partir de début juillet. De même, nous recherchons un restaurateur qui puisse exploiter le restaurant du musée ! Compte tenu de la période, ceux qui avaient répondu à l'appel à projets se sont désistés. Nous allons relancer un appel à projets mais au vu des délais de procédure, nous essayons de trouver une solution provisoire pour une exploitation avant cet été.

Quel est le bilan de ces tous premiers jours d'ouverture, depuis le 19 mai ?

En une semaine, 2.000 visiteurs sont passés par la billetterie sur les trois sites de notre établissement Narbo Via : musée Narbo Via, Amphoralis et l'Horreum, dont 1.600 visiteurs rien qu'au musée Narbo Via. Un beau succès, compte tenu des contraintes sanitaires ! Ce premier bilan nous satisfait beaucoup, sachant que l'inauguration n'a pas encore eu lieu - elle est prévue pour septembre - et que la campagne de presse et de communication n'a véritablement commencé qu'avec les tout premiers articles le jour de l'ouverture. Il n'y a eu que peu de campagne préalable, hormis en ligne (spots radio, sites web, réseaux sociaux, NDLR).  Du fait de la gratuité décidée pour le mois de juin, je pense que l'inter-saison sera favorable aux visites. Le bâtiment est impressionnant et pouvoir s'y promener et profiter de cette belle lumière méditerranéenne avant que la foule de l'été ne soit présente permettra aux visiteurs d'apprécier cet esprit des lieux qui entre en résonnance avec la collection.

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