Et si « le monde d’après » existait déjà ?

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Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération générale des Scop.
Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération générale des Scop. (Crédits : Christine Caville)
Quelles leçons tirer de la crise sanitaire et économique liée à la pandémie du Covid-19 ? Un leitmotiv est apparu, comme une injonction : quel monde d’après voulons-nous ? Parce que ce monde-là ne se décrètera pas du jour au lendemain, la Montpelliéraine Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération générale des Scop, propose une réflexion sur le chemin qui y mènerait, où émergent déjà des valeurs connues, celles qui prévalent dans l’économie sociale et solidaire.

Le confinement nous a permis de prendre le temps de nous interroger sur les principales leçons à tirer de la pandémie et de la crise qui nous attend. En quelques jours à peine, nous avons pu mesurer notre désarroi et l'immense fragilité de notre modèle social et économique. Tribune après tribune, "le monde d'après" est devenu un leitmotiv, comme une injonction pour que plus rien ne soit jamais comme avant.

A lire ces tribunes, il nous faudrait donc un monde moins individuel, plus collectif, moins financier, plus juste, moins dogmatique, plus libre, moins délocalisé, plus écologique... Autrement dit, un monde plus humain, où le souci de l'autre régit l'économique comme le social. Tout simplement ?

Qu'apporter donc de plus au débat de ce "monde d'après" tant invoqué de toute part ? Peut-être évoquer non pas ce monde d'après, mais le chemin qui y mènerait.

Il y a au moins une évidence, appeler de ses vœux ce monde doit, a minima, être suivi d'actes. Il nous faut tous retrouver de la confiance, que nous soyons salariés, patrons, parents, soignants ou simple citoyen, confiance en notre "système". Les décideurs politiques et économiques ont une grande responsabilité, les mots ont un sens sinon le monde d'avant sera à nouveau là bien plus vite qu'on ne l'imagine. Avec en prime une avancée du populisme, encore une.

En ce qui me concerne, je représente un visage du monde économique, celui des sociétés coopératives, celui où les travailleurs détiennent au moins la moitié du capital de l'entreprise, celui où les entrepreneurs indépendants peuvent pratiquer dans un cadre collectif, bénéficier de la protection salariale, sans rien perdre de leurs objectifs commerciaux, celui où salariés, fournisseurs, clients et territoires peuvent participer à un même projet d'entreprise d'intérêt collectif.

Ce visage ressemble étonnamment à celui que dessinent beaucoup de ces tribunes sur "le monde d'après". En fait, le monde d'après existe déjà, très concrètement, il est à portée de main. Cette économie est une réalité qui s'inscrit dans ce qu'on appelle plus communément l'économie sociale et solidaire, une économie où une juste répartition des richesses et du pouvoir est tout simplement un moyen de la réussite du projet, et non un frein.

Il est possible de transformer notre modèle en agissant à toutes les échelles du territoire, du local au national. L'Etat a été incontournable mais il ne peut suffire à lui seul. La principale leçon que nous devons tirer de cette période exceptionnelle est l'humilité.

Nous constatons notre extraordinaire fragilité, nous constatons aussi que ce qui nous sauve aujourd'hui, c'est un système collectif de santé, et des métiers où l'argent n'est pas le moteur.

Nous avons besoin de tout le monde pour reconstruire la confiance nécessaire au monde d'après, cela implique d'être au-dessus des logiques de compétition pour passer aux logiques de coopération et surtout agir, en visant à donner à notre économie des équilibres justes et soutenables.

La nature nous donne la leçon : elle n'est pas compétition, mais coopérations et équilibres.

En conclusion, la période m'inspire actuellement la nécessité absolue de se placer au-dessus de la mêlée, de se retrousser les manches et travailler à un plan de relance commun avec des réformes sociales, écologiques et économiques impliquant acteurs politiques, économiques et syndicaux de tout horizons... Comme l'avait fait si intelligemment le Conseil National de la Résistance au sortir de la guerre.

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Commentaires
a écrit le 07/05/2020 à 15:13 :
Bel idéal mais il ne faut pas oublier que le reste du monde existe et que les 0,8 % de l'activité et de la population que nous représentons à un peu besoin de lui, même si ça n'est pas réciproque.

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