Municipales en Languedoc-Roussillon : la vague RN peine à déferler

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La commune de Perpignan, où Louis Aliot était candidat, était scrutée de près. Le RN termine le 1e tour des municipales à 35,66 % des suffrages (contre 34,19 % au 1e tour en 2014).
La commune de Perpignan, où Louis Aliot était candidat, était scrutée de près. Le RN termine le 1e tour des municipales à 35,66 % des suffrages (contre 34,19 % au 1e tour en 2014). (Crédits : Rémi Benoît)
La région Occitanie, et principalement l’ex-Languedoc-Roussillon, est scrutée de près durant ces élections municipales. Le territoire est en effet l’un de ceux où le parti de Marine Le Pen peut prétendre gagner des villes. Tour d’horizon, à l’issue du premier tour, des différents bastions visés par le Rassemblement National.

La vague d'extrême-droite attendue sur le périmètre de l'ex-Languedoc-Roussillon a-t-elle déferlé, comme l'annonçaient ou le craignaient certains pronostics politiques ? Au vu des résultats du premier tour du scrutin municipal, le score n'est pas celui espéré par le Rassemblement National (RN)...

Perpignan (66) figurait parmi le top 10 des villes-clés pour le RN et reste la seule grande ville (120 000 habitants) que pourrait gagner le RN lors de ces municipales. Le maire sortant LR, Jean-Marc Pujol, est reparti au combat. Et cette fois, le député RN Louis Aliot devait aussi composer avec le candidat LREM Romain Grau, ancien adjoint du maire LR.

Comme ailleurs, le taux d'abstention est élevé dans la capitale catalane française, atteignant les 60,27 %. Louis Aliot, qui n'a pas voulu du logo RN, préférant jouer la carte locale, n'a finalement opéré qu'une mince progression en se plaçant, au premier tour, à 35,65 % des suffrages exprimés. Jean-Marc Pujol n'atteint pas les 20 % (18,43 %) et deux autres candidats sont en capacité de se maintenir au 2nd tour : l'écologiste Agnès Langevine (14,51 %) et Romain Grau (13,17 %).

Une possible quadrangulaire se dessine donc au second tour, au profit de Louis Aliot, sauf si des alliances sont nouées pour faire barrière au cadre du Rassemblement National. Malgré ce score confortable, rien n'est encore joué pour ce dernier qui avait perdu au second tour du scrutin de 2014 (44,89 %), face à Jean-Marc Pujol (55,11 %).

« Aujourd'hui, je suis en mesure de remporter le tête-à-tête contre le Rassemblement National, il suffit de savoir ce que vont faire les autres et les responsabilités qu'ils prendront. Je crois que c'est la division qui a couté cher mais cette division je fais en sorte qu'elle ne continue pas dans le face à face qui s'annonce », a commenté Jean-Marc Pujol après l'annonce des résultats.

« Dans les conditions sanitaires actuelles, je ne vois pas comment pourrait se dérouler un second tour de ces élections municipales. Aujourd'hui, je pense que la priorité c'est l'organisation de la vie en société dans une période de confinement qui s'annonce. Je pense qu'on a dépassé le stade des élections », a réagi Louis Aliot de son côté.

Robert Ménard largement réélu à Béziers

Peu de suspense à Béziers (34) où le maire sortant Robert Ménard, qui avait été élu en 2014 (au 2e tour dans une triangulaire) sans l'étiquette mais avec le soutien du Front National, est réélu dès le premier tour, avec 68,74 % des voix (abstention : 56,02 %). Le candidat LREM, Pascal Resplandy, termine deuxième avec 11,54 % des voix, devant Nicolas Cossange (soutenu par le PS et le PRG) avec 6,11 % des suffrages.

« Cette réélection vient couronner six ans d'un travail d'arrache-pied et de pragmatisme, mais aussi d'échanges quotidiens avec les biterrois qui sont heureux d'avoir un maire à leur écoute et qui tient ses promesses, a déclaré l'édile au soir de l'élection. Oui, l'objectif sera ensuite de remporter l'agglomération biterroise, car il est légitime que le maire de Béziers soit le président de l'agglo, et je ne veux pas qu'elle ne soit en guerre contre la ville-centre. »

Sur le plateau de France 3 Occitanie, le politologue Emmanuel Négrier, politologue et directeur de recherche au CNRS, souligne que « le cas de Béziers illustre un phénomène qui fait débat : l'idée qu'une petite cure de RN à l'échelle nationale montrerait que le parti est incapable de gouverner. La preuve en est que c'est plus compliqué que ça ».

A Beaucaire (30), commune gardoise de 15 000 habitants (4e ville du département en nombre d'habitants), la liste emmenée par le maire RN sortant Julien Sanchez est élue dès le premier tour devant trois autres listes avec 59,51 % des suffrages recueillis. Et à Saint-Gilles (30), le maire sortant Eddy Valadier (LR) est réélu confortablement avec 70,02 % des voix, laissant Christophe Lefevre, le candidat RN, loin derrière, à 19,78 %.

« C'est un échec »

Autre ambition du RN : Lunel (34). Le maire sortant Claude Arnaud (DVD) se hisse sur la première marche avec 28,55 % des voix au premier tour, suivi de Pierre Soujol (DV) à 27,8 %, Julia Plane (RN) à 21,73 %, et Jean-Pierre Berthet (LDVG) à 14,2 %.

« Le RN avait misé sur la ville et Lunel faisait partie du triangle gagnant Lunel-Béziers-Perpignan, rappelle Emmanuel Négrier. Le maire sortant s'en sort pas mal, et je trouve spectaculaire le score médiocre du RN. Julia Plane se faisait fort d'attirer des anciens adhérents des LR et appelait à une union des droites. Finalement, c'est un échec de cette stratégie de banalisation du RN. C'est un parti qui continue à sentir la poudre, y compris pour électeurs de droite. »

A Sète (34), Sébastien Pacull, l'ancien président de la fédération LR de l'Hérault, avait franchi la ligne jaune fin novembre 2019 en démissionnant pour s'associer au RN en vue des élections municipales. Celui qui fut le premier adjoint du maire sortant François Commeinhes (ex-LR devenu marcheur), portait donc une liste d'union des droites à Sète. Au soir du premier tour, François Commeinhes rassemblait encore 34,86 % des voix, Véronique Calueba (EXG) 19,24 %, Sébastien Denaja (DVG) 17,66 %, Sébastien Pacull 14,38 % et Rudy Llanos (DVD) 11,56 %.

Quant à Frontignan (34), où, selon Emmanuel Négrier, « l'enracinement "notablière" de Gérard Prato aurait dû le mettre en forte position », le candidat RN termine le 1e tour avec 28 % des voix, derrière Michel Arrouy (DVG), membre de l'équipe sortante de l'ancien maire Pierre Bouldoire, qui emporte 40,91 % des voix, mais devant Olivier Boudet (DVC) à 13,1 % et Thibaut Cleret-Villagordo (DVD) à 12,6 %.

Enfin, à Agde (34), le maire sortant Gilles d'Ettore (DVD) arrive en tête à 47,2 %, devant Thierry Nadal (DVC) à 28,39 % et Jean-Louis Cousin (RN) à 15,66 %.

« Le plafond de verre des Frontistes existe encore »

« Dans cette élection, on a observé la difficulté du RN à constituer des listes, analyse Emmanuel Négrier. Le fameux plafond de verre empêchant des Frontistes d'atteindre le 2e tour, visiblement, existe encore. On est dans un échec, à l'exception de Robert Ménard à Béziers, avec une notabilisation réelle, Julien Sanchez à Beaucaire, où on est en présence de l'enracinement d'un leader de parti, et éventuellement Louis Aliot à Perpignan mais moins sur le score que sur la responsabilité collective des autres partis...

Le politologue affirme qu'on assiste à un décrochage. On voudrait nous enfermer dans une alternative RN / LREM, mais les deux formations sont en difficulté. Ce duo est en échec à l'échelle municipale, ce qui ne veut pas dire que les partis traditionnels se re-légitiment ».

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Commentaires
a écrit le 16/03/2020 à 9:47 :
Je ne sais pas pourquoi mais Marine Le Pen est beaucoup moins présente sur les plateaux télé, le RN lui y est toujours largement représenté bien sûr, sinon LREM ne péserait rien du tout, mais des seconds couteaux essentiellement, des nouvelles têtes auxquelles on n'était pas habitué par contre on ne voit ni Marine ni Marion Maréchale alors que pourtant les deux principales têtes d'affiche de l'extrême droite française dotées d'une solide popularité.

Alors certes les riches apeurés du sud est de la France permettent à ce parti de continuer de se faire un maximum de fric avec les élections, leur unique but, mais cela aurait du être des scores bien meilleurs que ceux auxquels on a assisté avec plutôt un statu quo actuel donc.

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