Régionales : les priorités des électeurs en Occitanie, selon notre sondage exclusif

Au sortir d’une année de crise sanitaire de la Covid-19 et à moins de trois semaines du premier tour des élections régionales, dans quel état d’esprit sont les électeurs d’Occitanie ? Quelles sont leurs préoccupations premières ? Notre sondage exclusif IFOP, pour La Tribune et Europe 1, donne les grandes tendances des thématiques prioritaires des habitants de la région. Analyse.
Cécile Chaigneau

12 mn

Les personnes interviewées pour le sondage Ifop La Tribune-Europe 1 placent dans leur top 3 des préoccupations tout à fait prioritaires la santé (79%), la lutte contre la délinquance (73%) et l'éducation (72%).
Les personnes interviewées pour le sondage Ifop La Tribune-Europe 1 placent dans leur top 3 des préoccupations tout à fait prioritaires la santé (79%), la lutte contre la délinquance (73%) et l'éducation (72%). (Crédits : Rémi Benoit)

Le sondage* IFOP pour La Tribune et Europe 1, publié ce mardi 1er juin à moins de trois semaine du premier tour du scrutin régional, annonce un taux de participation bas (41% au 1er tour, soit 11 points de moins qu'en 2015) et un duel entre Carole Delga (PS) et Jean-Paul Garraud (RN).

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En marge de la dimension électorale, l'IFOP a interrogé les habitants de l'Occitanie et leur rapport à la région (et notamment à la nouvelle grande région Occitanie, union du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées depuis le 1e janvier 2016), ainsi que les thématiques qui leur semblent prioritaires pour les mois à venir.

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Un sentiment d'appartenance mitigé

Ce que révèle ce sondage, c'est que la fusion entre les deux anciennes régions n'a pas encore totalement fait son chemin dans l'esprit de leurs habitants respectifs. Le sentiment d'appartenance à sa région se partage entre ceux qui se sentent "un habitant de [sa] région actuelle, l'Occitanie" (51%) et ceux qui se sentent "un habitant de [son] ancienne région" (49%). Et cette dichotomie est encore plus forte en Languedoc-Roussillon, où 53% des habitants ont un sentiment d'appartenance à leur ancienne région (contre 45% en Midi-Pyrénées).

"Six ans après, ce n'est pas gagné, et plus on monte en âge et plus on a un sentiment d'appartenance à son ancienne région, observe Frédéric Dabi, directeur général de l'IFOP. L'idée d'une région unique et d'une identité fédératrice doit encore faire son chemin. C'est le fruit de l'histoire de la région et notamment de la bataille entre Montpellier et Toulouse, qui persiste encore aujourd'hui", commente-t-il.

Chez les 65 ans et plus, 56% sont en effet encore attachés à l'ancienne région administrative (contre 41% des 18-24 ans). Un sentiment également prégnant dans la frange de population déclarant voter à droite (58% votant à droite, 55% votant RN).

Priorité à la santé, mais pas que

Maintenant, à propos des compétences ou des besoins sur cette nouvelle grande région, des tendances évidentes se dégagent. À la question "Pour les mois qui viennent, pour chacun des thèmes suivants, diriez- vous qu'il est tout à fait prioritaire, important mais pas prioritaire ou secondaire, ici en Occitanie ?", les sondés placent dans leur top 3 des préoccupations "tout à fait prioritaires" la santé (79%), la lutte contre la délinquance (73%) et l'éducation (72%, qui englobe la formation en général). Soit trois domaines qui ne sont pas des compétences du conseil régional, hormis le dernier en partie à travers la formation professionnelle.

"On observe un phénomène de nationalisation des enjeux, avec la santé et la lutte contre la délinquance à un niveau élevé, souligne Frédéric Dabi. Mais ça ne signifie pas qu'il y a méconnaissance des compétences de la région. On note que peu d'enjeux sont jugés peu importants, et on observe une homogénéité des enjeux entre l'électorat Delga et l'ensemble des habitants de la région".

La santé est une priorité, quelle que soit l'âge, la profession, le statut ou la proximité politique des sondés, avec un pic chez les 65 ans et plus (85%) mais aussi les 18-24 ans (86%). Ce qui n'est surprenant au regard du contexte sanitaire...

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Plan Santé et déserts médicaux

Les candidats se sont d'ailleurs largement emparés de ce sujet, et Antoine Maurice (EELV) comme Carole Delga (PS), Aurélien Pradié (LR) ou Myriam Martin (LFI) ont lancé leur campagne électorale sur cette thématique. Militant pour une meilleure qualité de l'air, le candidat écologiste rejoint la présidente sortante Carole Delga sur la création d'un "budget participatif pour valoriser les projets en faveur du zéro phyto, zéro perturbateurs endocriniens et zéro plastique".

Carole Delga - qui a placé Vincent Bounes, le patron du SAMU 31, en numéro 2 sur sa liste Occitanie en Commun en Haute-Garonne - milite aussi pour aller plus loin dans la décentralisation en faveur des exécutifs régionaux, dans l'objectif de récupérer la compétence santé ou de la partager avec l'État. Elle promet un budget de 150 millions d'euros par an, et veut instaurer un plan régional de santé, avec l'embauche de 200 médecins et infirmiers par la collectivité pour les installer dans des déserts médicaux.

Une problématique à laquelle Aurélien Pradié veut remédier par la création d'une bourse mensuelle pour les étudiants du paramédical pendant les deux dernières années d'études, en contrepartie d'une installation de trois ans minimum dans les territoires en déficit de professionnels de santé.

La tête de liste de La France Insoumise en Occitanie Myriam Martin, qui a également mis une professionnelle de santé en numéro 2 de sa liste, propose la création "d'un conseil de santé régional avec un rôle décisionnel" et un plan d'investissement de neuf millions d'euros pour créer 15 centres de santé en Occitanie.

Gabriel Robin, directeur de campagne du candidat RN Jean-Paul Garraud, a indiqué "qu'il faut s'appuyer sur la médecine libérale et donner aux médecins les moyens d'exercer sur des zones mal desservies par l'hôpital", encourageant également le financement par la région d'outils pour des centres médicaux d'urgence, l'aide au logement des jeunes praticiens de santé et l'hospitalisation à domicile.

Le chômage, enjeu personnel

Au-delà de ce top 3 des priorités, viennent ensuite la lutte contre le chômage (66%), la lutte contre l'épidémie (62%), la lutte contre la précarité (59%), l'amélioration de la situation dans les quartiers difficiles (58%), la lutte contre l'immigration clandestine (56%) - "un fort levier pour le RN", souligne Frédéric Dabi -, le relèvement des salaires et du pouvoir d'achat (55%), la défense du tissu économique face à la pandémie (55%), la protection de l'environnement (50%), la sauvegarde des services publics (50%), la maîtrise du niveau des impôts (49%) et la mobilité et les transports en commun (32%).

"La lutte contre le chômage est surtout un enjeu de gauche (84% des intentions de vote de la liste LFI, 70% pour la liste PS et EELV, 62% pour la liste LREM, 61% pour la liste RN et 53% pour la liste LR - NDLR) et se retrouve prioritaire face à la défense du tissu économique par exemple, car il s'agit d'un enjeu plus personnel qui concerne individuellement...", commente l'analyste.

Dans cette région où le taux de chômage était de 9,3% fin 2020 (contre 8 % au niveau national), le niveau de préoccupation est identique côté Languedoc-Roussillon et côté Midi-Pyrénées, et très proche pour les moins de 35 ans (61%) et les 35 ans et plus (68%).

Se relever économiquement de la crise

La défense du tissu économique face à la pandémie est prioritaire pour un peu plus de la moitié des sondés, mais le sujet semble un enjeu plus important pour les intentions de vote de la liste de Carole Delga (64%) que pour celles de la liste RN qui le considèrent "prioritaire" à 49% et "important mais pas prioritaire" à 45%. L'analyse des réponses en fonction de l'âge, de la profession, du niveau d'éducation ou de l'ancienne région de résidence montre un niveau de préoccupation équilibré, en milieu de tableau.

Sur ce thème donc, la présidente sortante Carole Delga parle de réindustrialisation verte des territoires et de reconquête de la souveraineté économique du pays. Derrière ces grandes lignes : faire émerger de nouvelles filières (biothérapies, ENR, écoconstruction, mobilités du futur) ; soutenir l'aérospatial (toujours) ; soutenir les filières agricoles, viticoles et agroalimentaires ; former aux métiers de la transition écologique ; créer un "revenu écologique jeune" ; proposer un nouveau contrat PASS pour aider les jeunes à investir et lancer leur activité ; créer un fonds anti-faillites de 100 millions d'euros ; mobiliser l'épargne citoyenne populaire au profit de l'emploi local ; créer un comité de suivi de la conditionnalité des aides associant les citoyens ; ou encore devenir la première région du tourisme durable en Europe.

Le candidat EELV Antoine Maurice annonce vouloir participer activement à une nécessaire mutation de la filière aéronautique (100.000 salariés en Occitanie) en s'appuyant sur le prochain Contrat plan État-Région (CPER). Il souhaite instaurer des éco-conditionnalités, voire des socio-conditionnalités, aux aides de la collectivité à destination des entreprises, et aimerait expérimenter le revenu de transition écologique pour les viticulteurs et le revenu universel d'existence pour les jeunes.

La proposition économique centrale du candidat LR Aurélien Pradié réside en la création d'un fonds souverain qui ferait notamment appel à l'épargne populaire et serait capable de lever 75 millions d'euros dès la première levée de fonds, avec l'ambition de progressivement transformer les subventions en apport au capital de la région actionnaire... Il parle également prêt à taux zéro pour les jeunes, fonds d'investissement routier ou instauration d'une clause carbone dans chaque marché public de la région pour favoriser les entreprises régionales.

Parmi les mesures pour accompagner le rebond économique post-Covid, Vincent Terrail-Novès (LREM) préconise de développer une plateforme de recrutement de l'emploi, de constituer une task-force post-Covid administrant un fonds d'intervention de 50 millions d'euros pour contribuer au remboursement des dettes dues à la crise sanitaire, de créer une banque régionale pour les transitions écologique et numérique, de créer un fonds "Entreprise Croissance" pour orienter l'épargne vers des entreprises relocalisant leurs productions ou des entreprises exportatrices, ou encore de soutenir le tourisme vert, l'économie des séniors et les biotechnologies.

Mobilités : importantes mais pas prioritaires ?

Les sondés considèrent la protection de l'environnement comme "prioritaire" à 50% et comme "important mais pas prioritaire" à 41%. Les plus concernés sont, sans surprise, les sondés en proximité politique de gauche (prioritaire pour 70%) et plus encore écologistes (prioritaire pour 90%).

Enfin, la thématique de la mobilité et des transports en commun arrive en bas de tableau des préoccupations "prioritaires" (32%), mais en pole position des préoccupations "importantes mais pas prioritaires" (54%).

"Attention, c'est un sujet qui reste important, commente Frédéric Dabi à l'Ifop. Nous avons observé le même phénomène en Normandie où pourtant, Hervé Morin (parti Nouveau Centre - NDLR) a mis le paquet sur les transports et malgré tout, l'item est aussi faible... En Occitanie, c'est peut-être le fruit d'un sentiment de victoire après la lettre qu'a envoyée Jean Castex pour s'engager sur les lignes LGV Toulouse-Bordeaux et Montpellier-Perpignan."

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Le sujet est cependant jugé prioritaire pour 45% des intentions de vote de la liste LFI-NPA, pour 44% de la liste écologiste et pour 42% de la liste socialiste.

Pour des transports "doux", "propres", "efficaces"

Le candidat de la majorité présidentielle, Vincent Terrail-Novès, veut lui "développer des transports efficaces et propres". Le candidat écologiste parle de relance économique verte avec comme premier levier des investissements importants "dans les aménagements dédiées ou partagés pour mobilités douces", soulignant que "le vélo du quotidien n'est pas uniquement un transport des villes, il est aussi, si on veut s'en donner les moyens, un transport des campagnes et du péri-urbain".

Quant à la candidate PS Carole Delga, elle brandit son bilan sur les transports doux en Occitanie : "L'investissement massif sur le rail et les mobilités douces a permis d'amorcer les projets de développement ferroviaire jugés prioritaires par les citoyens : réouverture des petites lignes, amélioration de la ponctualité grâce aux travaux de rénovation des voies et du matériel, augmentation du nombre de train du quotidien, baisse tarifaire et expérimentation à la rentrée prochaine de la gratuité pour les jeunes grands voyageurs, renforcement des trajets en cars routiers interurbains, soutien des métropoles et intercommunalités dans le déploiement des transports en commun".

Le candidat LR, qui se dit "extrêmement favorable à la LGV" ajoute que "ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la mobilité" et qu'"il faut aussi, avec les mêmes efforts, traiter de la question des petites lignes ferroviaires, mais surtout traiter la question du réseau routier régional".

Vote RN : l'immigration et la sécurité d'abord

Le candidat RN Jean-Paul Garraud, pourtant donné en tête du premier tour en Occitanie, n'a quasiment pas fait de campagne terrain, hormis pour venir présenter ses colistiers, et n'a donc donné à connaître que très peu de son programme : "Je ne fais pas de stratégie politique. Mes thèmes à moi sont le régalien, la sécurité dans les transports, dans les lycées", déclarait-il en début de campagne... Mais encore ? L'approche ultra-régalienne, plutôt propre à l'élection présidentielle, suffirait-elle à se faire élire sur un scrutin régional qui ne serait pour le parti qu'une première marche vers le fauteuil présidentiel ?

Dans notre sondage, les sondés déclarant leur intention de vote pour le candidat RN au premier tour affichent en effet un intérêt en priorité pour les questions de lutte contre l'immigration clandestine (91%) et de lutte contre la délinquance (89%), avant la santé (75%), l'éducation et la lutte contre le chômage (61%). Parmi les sujets "prioritaires" relégués en bas de tableau : la mobilité et les transports en commun (35%) et la protection de l'environnement (26%)...

* L'enquête a été menée entre le 21 et le 27 mai auprès d'un échantillon de 1.003 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d'un échantillon de 1.102 personnes, représentatif de la population d'Occitanie âgée de 18 ans et plus.

Cécile Chaigneau

12 mn

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Commentaires 3
à écrit le 01/06/2021 à 15:04
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Enfin la ligne TGV Montpellier Perpignan en ligne de mire pour désenclaver cette région ! Bravo à l'exécutif !

à écrit le 01/06/2021 à 13:19
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Vouloir à tout prix cette ligne lgv, mais sans bloquer l'emprise à minima à la mesure éxacte de voies mais pas la destruction de collines comme sur la lgv Sablé Rennes, frôler des communes sinistrées par le bruit, disons en 100m de large maximum sino...

à écrit le 01/06/2021 à 11:13
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La délinquance en occitanie sans rire ? Demain les crottes de chiens sur la route et après demain les promos sur Amazone donc non ? Mais enfin ils sondent qui ? Jamais je ne l'ai été sur des sondages d'opinion ni quelqu'un de mon vaste entourage en p...

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