Présidentielle 2022 : Marine Le Pen en tête d'un tiercé serré en Occitanie

Le tiercé national de ce premier tour de la présidentielle 2022 n'est pas celui de la région Occitanie où Marine Le Pen s'impose avec 24,62% des suffrages, devant Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Les deux socialistes Carole Delga, présidente de Région, et Michaël Delafosse, maire de Montpellier, appellent tous les deux très clairement à faire barrage au Rassemblement National en votant Emmanuel Macron au second tour.
Lors du premier tour des présidentielles 2022 en Occitanie, Marine Le Pen s'impose avec 24,62% des voix devant Emmanuel Macron (23,48%).
Lors du premier tour des présidentielles 2022 en Occitanie, Marine Le Pen s'impose avec 24,62% des voix devant Emmanuel Macron (23,48%). (Crédits : Reuters)

Au soir du premier tour de l'élection présidentielle 2022 le 10 avril, c'est donc Emmanuel Macron (27,6%) et Marine Le Pen (23,4%) qui emportent les suffrages et se qualifient pour le second tour. En Occitanie (78,25% de participation), fief historique du Parti socialiste, Marine Le Pen s'impose avec 24,62% des voix, soit une légère progression par rapport au scrutin de 2017 (22,98%). Elle devance Emmanuel Macron (23,48%) et Jean-Luc Mélenchon (22,42%), loin devant Eric Zemmour (7,86%), Jean Lassalle (5,59%), Yannick Jadot (4,2%), Valérie Pécresse (3,9%), Fabien Roussel (2,52%), Anne Hidalgo (2,33%), Nicolas Dupont-Aignan (1,91%), Philippe Poutou (0,72%) et Nathalie Arthaud (0,45%).

"Le vote de ce 1er tour témoigne d'une France divisée, aux multiples fractures, avec une extrême droite plus que jamais forte, qui rassemble près d'un électeur sur trois, et une abstention toujours inquiétante, notamment chez les plus jeunes, a commenté la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga. Nous ne pouvons plus ignorer l'alarme répétée de cette fatigue démocratique qui est le résultat du spectacle nauséabond du bal des traitres et des promesses non tenues. Nous devons agir pour renouveler la citoyenneté. Le prochain Président de la République n'aura d'autre choix que de réformer en profondeur nos institutions, avec le Parlement, en rapprochant la décision des citoyens. Dimanche prochain le choix est clair : la République ou l'extrême-droite. Il faut voter avec le cœur et non avec ses peurs. En votant au second tour pour Emmanuel Macron. Durant cinq ans, je me suis opposée à sa politique. Mais quand la République est en danger, aucune faiblesse n'est admise. L'extrême-droite n'est pas la solution, elle est un danger. Marine Le Pen est une menace pour nos libertés, pour l'égalité entre les citoyens. Je sais quel est le visage de l'extrême-droite. Les élus frontistes sont ma principale opposition en Occitanie, je connais leur méconnaissance de la vie des Français, leur opposition aux mesures de pouvoir d'achat, à la culture et l'ouverture au monde. Aux moments les plus sombres de notre histoire, l'extrême-droite a toujours été à l'origine du camp du pire. Demain, avec Marine Le Pen, c'est Poutine, Orbán, Bolsonaro et consorts qui seraient ses principaux alliés. La France, par son histoire, ne peut tomber dans cette indignité".

Face à l'effondrement du PS, l'élue en appelle à travailler "au rassemblement et à la définition d'une ligne politique claire, autour de valeurs fortes, pour redonner du sens à notre République".

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Le Pen l'emporte dans 4 départements de l'ex-Languedoc-Roussillon

En Occitanie-est, sur le périmètre de l'ancien Languedoc-Roussillon, la candidate du Rassemblement national fait presque carton plein, en l'emportant dans quatre départements sur cinq.

Dans l'Hérault (76,9% de participation), Marine Le Pen est en tête avec 25,95% des voix (moins d'un demi-point par rapport au scrutin présidentiel de 2017), devant Jean-Luc Mélenchon (24,24 %, + 1 point) et Emmanuel Macron (22,28%, - 0,25 point).

Dans les Pyrénées-Orientales (75,77% de participation), Marine Le Pen emporte le 1er tour avec 32,74% des voix devant Emmanuel Macron (20,54%) et Jean-Luc Mélenchon (19,2%).

Dans le Gard (76,09% de participation), la candidate du Rassemblement national domine le scrutin avec 29,34% des voix. C'est Jean-Luc Mélenchon qui emporte la en 2e position d'une courte tête, avec 21,46% des voix, devant Emmanuel Macron (21,32%).

Dans l'Aude (77,5% de participation), les électeurs donnent leurs voix majoritairement à Marine Le Pen (30,14%). Emmanuel Macron arrive en 2nde position (20,29%), talonné de près par Jean-Luc Mélenchon (19,79%).

La Lozère (80,47% de participation) est donc le seul des cinq départements de l'ex-Languedoc-Roussillon à ne pas place la candidate de l'extrême-droite en tête (22,34%) mais le président sortant Emmanuel Macron (22,85%). Le candidat de La France insoumise est en 3e position (19,48%). Dans ce département très rural, Jean Lassalle se positionne en 4e rang du scrutin, avec 10,05% des voix.

Jean-Luc Mélenchon largement en tête à Montpellier

À Montpellier, où le socialiste Michaël Delafosse l'avait emporté en 2020 et dirige depuis la Ville et la Métropole, c'est Jean-Luc Mélenchon qui s'impose avec 40,73% des voix. Soit 9 points de plus que lors du scrutin 2017. Il est suivi par Emmanuel Macron (22,45%), qui régresse de deux points, et de Marine Le Pen (12,43%), légèrement en dessous de son score de 2017.

Dans une longue déclaration, le maire de Montpellier et président de la Métropole a très clairement appeler à faire barrage à l'extrême-droite en utilisant le bulletin Macron au second tour.

"Le populisme s'impose de manière très inquiétante dans la vie démocratique, commente-t-il. Le score de l'extrême-droite est extrêmement préoccupant tant il s'ancre dans le pays, offrant à Marine Le Pen une qualification pour le 2nd tour et une possible victoire. [...] Pour l'heure, tout doit être fait pour battre Marine Le Pen, qui derrière des airs policés, porte en elle une amplification de la violence et de la division du pays en cultivant la haine de l'autre. Sur le plan international, la France serait isolée en Europe et alignée sur Poutine et les régimes autoritaires. Pour le second tour, le front républicain ne doit pas s'éroder, c'est une question de responsabilité. La gauche a toujours fait barrage à l'extrême-droite sans tergiverser et ce, malgré de profonds désaccords sur les enjeux sociaux, éducatifs... C'est son honneur. La gauche a toujours été au premier rang pour défendre l'humanisme européen, la République et ses valeurs : liberté, égalité, fraternité et la si nécessaire laïcité. L'élection de Marine Le Pen serait un désastre. Il faut utiliser le bulletin Emmanuel Macron au second tour, le seul outil pour faire barrage à l'extrême-droite. Le Président actuel et ses soutiens ne doivent pas s'égarer dans un cynisme mortel pour la démocratie. Il doit entendre les résultats de ce 1er tour, en portant considération aux femmes et hommes qui sont dans la fragilité sociale, à ceux qui craignent légitimement l'allongement de la retraite à 65 ans, à ceux qui incarnent le service public, et à la jeunesse qui attend des choix courageux pour son avenir et celui de la planète".

L'élu montpelliérain tire aussi leçon du faible score réalisé par la candidate socialiste Anne Hidalgo pour le devenir du Parti socialiste : « Ce soir, pour la troisième fois en 20 ans, la gauche n'est pas qualifiée au second tour de l'élection présidentielle. C'est un échec : celui du rassemblement, celui de la clarté sur les idées. [...] De nombreux citoyens insécurisés socialement se tournent vers l'extrême droite : la gauche n'a pas su s'adresser à eux. Nous devrons en tirer toutes les conclusions en temps voulu. Le travail s'annonce long et exigeant. Le PS dans sa forme actuelle achève manifestement son cycle. Un long travail devra s'engager pour faire renaitre une force à gauche et ainsi, l'espoir ».

Satisfecit de Louis Aliot, maire de Perpignan

Dans les villes moyennes de l'ex-Languedoc-Roussillon, la candidate du Rassemblement National s'impose à Béziers (31,08%, devant Jean-Luc Mélenchon à 22,74%), Sète (24,75%, devant Jean-Luc Mélenchon à 24,73%), Perpignan (32,74%, devant Jean-Luc Mélenchon à 20,54%), Alès (26,37%, devant Jean-Luc Mélenchon à 26,14%), Narbonne (27,41%, devant Emmanuel Macron à 22,33%) et Carcassonne (26,03%, devant Jean-Luc Mélenchon à 23,8%).

Jean-Luc Mélenchon l'emporte à Nîmes (28,68%, devant Emmanuel Macron à 23,21%), tandis que le président sortant mobilise majoritairement les électeurs à Mende (26,84%, devant Jean-Luc Mélenchon à 21,19%).

« Marine Le Pen peut l'emporter au second tour, a déclaré Louis Aliot, maire RN de Perpignan, ce 11 avril au matin sur les ondes de RTL. La dynamique de 2e tour peut nous porter à l'Elysée. Il faut se battre sur le quotidien des gens... La marche est peut-être haute mais elle est réalisable. Nous appelons en partie les électeurs d'Eric Zemmour mais pas qu'eux. La France rurale est en train de se réveiller. Et je m'adresse aussi aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Le front républicain est en train de prendre l'eau. M. Macron fait peur à beaucoup de Français ! »

De son côté, le maire de Béziers Robert Ménard appelait, sur TF1 hier soir, à voter Marine Le Pen « à un condition, qu'il n'y ait aucun pas fait en direction des prises de positions d'Eric Zemmour, qui a franchi certaines lignes rouges qui ne sont pas les miennes ».

Macron en tête côté Midi-Pyrénées, Mélenchon à Toulouse

Côté Occitanie-ouest et anciennement Midi-Pyrénées, comme Montpellier, Toulouse a été remportée par le candidat LFI, Jean-Luc Mélenchon. Le candidat a certainement bénéficié du vote utile sur cette terre historiquement à gauche, bien que la ville soit dirigée par un maire de droite depuis 2014 et celui-ci n'a d'ailleurs toujours pas réagi à propos des résultats du vote depuis leur publication.

Dans les départements voisins de la capitale toulousaine, le Tarn-et-Garonne a notamment été remporté facilement par la candidate RN, Marine Le Pen (28,93%), suivie par Emmanuel Macron (21,76%). La candidate déchue en 2017 peut, dans ce territoire, s'appuyer sur un important réseau de soutiens locaux notamment après la victoire aux dernières élections municipales de Moissac avec son jeune élu Romain Lopez.

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Malgré une maire d'Albi favorable à Emmanuel Macron, le Tarn a voté majoritairement en faveur de Marine Le Pen là aussi. 28,93% des électeurs ont glissé un bulletin RN dimanche soir, contre seulement 21,76 pour Emmanuel Macron et 19,12% pour Jean-Luc Mélenchon.

Hormis ces deux départements remportés par le Rassemblement National, c'est le président sortant et candidat de La République En Marche qui majoritairement "remporté" les autres départements côté Occitanie Ouest. Tout d'abord dans le Gers, Emmanuel Macron a obtenu 24,89% des voix, suffisant pour dépasser Marine Le Pen et son score de 22,35%. Même situation dans les Hautes-Pyrénées, avec un écart sensiblement similaire, avec respectivement 24,98% et 22,19% des voix. Cependant, en Ariège, l'écart est plus net en sa faveur. Le candidat LREM récolte 27,75% des suffrages, tandis que Marine Le Pen se contente de 20,1%, pas très loin devant Jean-Luc Mélenchon et ses 19,15%.

Dans d'autres départements, penchant parfois à gauche, Emmanuel Macron a du composer avec le concurrent Jean-Luc Mélenchon. C'est notamment le cas de la Haute-Garonne, dans lequel le président sortant ne récolte qu'un point de plus que le candidat LFI (26,9% contre 25,87%). La situation est identique dans le Lot, département dans lequel le président sortant obtient 24,97% des voix contre 23,71% pour Mélenchon.

C'est donc une Occitanie divisée, avec une tranche ouest plus macroniste et une tranche est davantage lepéniste qui s'avance vers le second tour de cette élection présidentielle 2022.

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