Perte d’autonomie : quel impact financier en Occitanie ?

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La question de la prise en charge financière de la perte d’autonomie de nos aînés est un enjeu de taille pour les années à venir. Une loi est annoncée et dans cette perspective, la Mutualité Française a fait un état des lieux de l’impact financier du vieillissement en Occitanie. Pierre-Jean Gracia, son président, analyse les chiffres.

« Le sujet de la prise en charge de la perte d'autonomie préoccupe tous les Français », commence Pierre-Jean Gracia, président de la Mutualité Française Occitanie, en préambule à la présentation d'une étude sur les impacts financiers du vieillissement réalisé par l'Observatoire Place de la santé de la Mutualité Française, le 20 novembre à Montpellier.

De fait, la perte d'autonomie est un facteur important de dépenses, au-delà de la santé. En France, les dépenses liée à la prise en charge des personnes en perte d'autonomie sont estimées à 30 Mds €, financés à 79 % (23,7 Mds €) par les pouvoirs publics et la solidarité nationale. Ce qui laissent 6,3 Mds € de dépenses à la charge des ménages, dont 3,8 Mds € au titre des frais d'hébergement.

Dans un contexte de niveau des retraites et du pouvoir d'achat à la peine, la question de la gestion de la dépendance est un véritable enjeu de société, alors que le gouvernement annonce une loi sur la perte d'autonomie avant la fin 2019.

Que ce soit en Ehpad* (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou à domicile, les restes à charge demeurent élevés, avec toutefois des disparités d'un département à l'autre. C'est pour faire émerger la réalité des chiffres de la dépendance en Occitanie que la Mutualité Française a réalisé l'étude « Perte d'autonomie : l'impact financier du vieillissement », portant sur les personnes autonomes de niveau GIR 1 et GIR 2 (Groupe Iso Ressources, unité de mesure de l'autonomie, allant de 1 à 6), soit les pertes d'autonomie les plus sévères.

Pierre-Jean Gracia, président de la Mutualité Française Occitanie

Bonnet d'âne pour les Pyrénées-Orientales

En Occitanie, on observe une moyenne régionale de 120 places d'hébergement  (Ehpad, logements-foyers, maisons de retraite, etc.) pour 1 000 habitants de plus de 75 ans par département (124 au national). Les départements de l'Hérault et de la Haute-Garonne se situent en-deçà, avec respectivement 103 et 113 places, tandis que la Lozère (1e rang national) et l'Aveyron arrivent en tête avec 197 et 152 places. Ce sont les Pyrénées-Orientales qui en comptent le moins, avec 86 places d'hébergement (94e rang national).

Dans l'Hérault, les Ehpad sont à 60 % privés quand la Lozère compte 68 % établissements publics et 32 % d'établissements privés à but non lucratif.

« Le coût mensuel en Ehpad est le plus élevé en Haute-Garonne, à 2 646 €/mois (82e rang national, NDLR), et le moins élevé dans l'Aveyron, 2 096 €/mois (4e rang, NDLR), et en Lozère, 2 131 €/mois (9e rang, NDLR), souligne également Pierre-Jean Gracia. Quant à la moyenne régionale, de 2 326 €, est elle légèrement inférieure à la moyenne nationale de 2 474 €, du fait de la présence d'une ruralité importante et du niveau global de solvabilité de la population dans son ensemble... On a noté une hausse des tarifs des Ehpad de 12 % entre 2013 et 2018, ce qui n'est pas énorme mais tout de même supérieur à l'inflation, et génère donc du reste à charge supplémentaire... Les moins onéreux sont les établissements publics, souvent habilités à l'aide sociale, et les plus chers les Ehpad privés à but lucratif. Le poste le plus important pour un Ehpad est l'amortissement du bien immobilier, qui est porté par la collectivité territoriale pour un Ehpad public, par le résident dans le privé lucratif et entre les deux pour le privé non lucratif. Certains établissements privés lucratifs doivent recourir à des investisseurs et donc servir des dividendes à des actionnaires, d'où les décalages de tarifs. Mais le niveau de prestation n'est pas forcément corrélé au tarif, et parfois, un immobilier rutilant peut cacher des prestations moyennes... »

L'Occitanie mieux lotie

Concernant le reste à charge mensuel médian en Ehpad, après versement de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) et de l'ASH (aide sociale à l'hébergement), la région Occitanie est plutôt bien placée sur l'échiquier national, puisqu'il s'élève à 1 880 € contre 2 000 € au national.

Suivant la même logique que pour les tarifs, il est de 1 654 € en Aveyron et 1 686 € en Lozère, mais de 2 084 € dans l'Hérault et 2 118 € en Haute-Garonne. Ou encore de 1 810 € dans le Gers, 1 932 € dans les Pyrénées-Orientales, 1 935 € dans le Gard ou 1 983 € dans l'Ariège.

« Le 1e critère dans le choix d'un Ehpad est souvent la proximité, le 2e est le critère tarifaire car souvent, le tarif dépasse le niveau de retraite », souligne Pierre-Jean Gracia.

Enfin, à domicile, le coût est très variable d'un département à l'autre. En terme de nombre d'heures d'aide subventionnées, l'Occitanie est plutôt, là aussi, mieux lotie qu'au niveau national, « grâce à un effort des Conseils départementaux », précise Pierre-Jean Gracia : 80 heures par mois en moyenne nationale pour un bénéficiaire GIR 1, 77 dans l'Hérault, 79 en Haute-Garonne, 80 dans le Gard, 82 dans les Pyrénées-Orientales, 83 dans l'Ariège, 84 dans le Gers et le Tarn-et-Garonne, les Hautes-Pyrénées, 85 dans l'Aveyron et 86 dans l'Aude (données indisponibles en Lozère, Lot et Tarn).

Les tarifs horaires, fixés par les conseils départementaux, vont de 14 à 28 € pour les GIR 1 et GIR 2, certaines entreprises privées pratiquant toutefois des tarifs plus élevés. Un coût trop lourd générant un recours croissant à l'intervention des aidants informels...

Le principe de solidarité nationale

Et maintenant, que faire de tous ces constats ? La Mutualité Française compte bien s'exprimer dans le cadre du processus de fabrication de la loi et être force de proposition.

Elle alerte sur trois points : le vieillissement de la population s'accélère, le niveau de vie des retraités qui devrait diminuer et le risque de dégradation d'une charge trop lourde pour les aidants informels, lesquels pourraient être moins nombreux demain.

« Nous défendrons le principe de solidarité nationale, conclut Pierre-Jean Gracia. Autre point important : quand les personnes sont confrontées à des problématiques de grande dépendance, elles ne savent pas à quelle porte frapper et il est difficile d'organiser toutes les prestations à domicile, d'où la nécessité d'une plus grande coordination entre les intervenants. »

* La Mutualité Française Occitanie a publié, en octobre 2018, une étude portant sur les 800 Ehpad existant en Occitanie, par établissement et par département, disponible sur www.masanteenoccitanie.fr.

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