Aménagement commercial : pourquoi la DDTM et la CCI de l’Hérault pactisent

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La CDAC traite une vingtaine de dossiers par an, impliquant la création de 10.000 m2 commerciaux supplémentaires dans le département de l'Hérault.
La CDAC traite une vingtaine de dossiers par an, impliquant la création de 10.000 m2 commerciaux supplémentaires dans le département de l'Hérault. (Crédits : DR)
Ne plus consommer trop d’espaces naturels et agricoles tout en préservant l’équilibre des territoires. En matière d’aménagement commercial, l’ampleur des enjeux grandit avec une acuité particulière sur les territoires à forte densité démographique. Dans l’Hérault, ces sujets font l’objet d’une collaboration institutionnalisée entre la CCI et la Direction départementale des territoires.

C'est une collaboration inédite qui a été actée le 2 mars entre une chambre de commerce et d'industrie (CCI) et une Direction des Territoires et de la Mer (DDTM). Dans l'Hérault, les deux structures scellent un travail initié en 2018 autour de l'aménagement et le développement commercial des territoires.

Les deux structures sont certes légalement associées à l'élaboration des schémas de cohérence territoriale et des plans locaux d'urbanisme par les collectivités, la DDTM agissant en faveur de l'équilibre des territoires, et la CCI apportant sa connaissance de la situation économique des projets d'implantation dans une zone de chalandise et de leur impact sur le tissu économique.

Mais la convention signée entre elles a vocation à institutionnaliser une approche globale systémique de l'évaluation et de l'analyse des dynamiques en coordonnant un conseil global aux collectivités, notamment dans les dossiers de Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC), de foncier économique ou encore de redynamisation du commerce.

Exit les modèles d'avant

« Il s'agit de mieux sensibiliser les collectivités sur le risque de friches économiques, pointe André Deljarry, le président de la CCI Hérault. L'objectif de cette convention est d'avancer sur différents sujets liés au développement commercial du territoire, à la redynamisation du commerce en centre-ville. Il est urgent de veiller à un équilibre commercial. Le commerce de proximité est aujourd'hui considéré comme un lieu de lien social et 72% des Français sont attachés à leur centre-ville. Le partage d'expertise entre CCE et DDTM permettra de mettre en place des actions pour accompagner les projets d'État dans le cadre de programmes de revitalisation des villes comme "Action cœur de ville" ou "Petites villes de demain" (19 villes retenues dans l'hérault dont Bédarieux, Florensac, Lodève, Loupian, Pézenas, Saint-Chinian, ou la Salvetat-sur-Agout, NDLR). »

« Ce n'est pas une convention que l'on trouve dans les us et coutumes de l'administration, reconnaît Matthieu Grégory, directeur départemental des Territoires et de la Mer de l'Hérault. Ce qui est novateur, c'est l'envie de formaliser une manière de travailler ensemble, avec un partage de données et des actions nouvelles... Dans l'Hérault, il y a des préoccupations fortes comme un déficit de commerces sur certains territoires ou un déficit d'attractivité des centres-villes au profit des périphéries. Cette réflexion prend une acuité particulière dans le contexte de la crise. Notre objectif est de mettre des données en commun sur la transformation des territoires. Les modèles d'avant, de l'habitat mono-résidentiel et de vastes zones commerciales, ne correspondent plus aux attentes d'aujourd'hui. Il faut promouvoir une autre manière de voir les territoires, revitaliser les centres aniciens, réduire les emprises en extension des villes, voir comment rebâtir la ville sur la ville, questionner les mobilités liées qui sont étroitement aux commerces, réfléchir à ce qu'on veut en pied d'immeubles. »

Éviter les friches commerciales

Aujourd'hui, l'Hérault compte quelque 80.000 commerces, parmi lesquels 16 hypermarchés (« un modèle révolu », assure André Deljarry), 96 supermarchés ou encore 150 superettes. Et la CDAC traite une vingtaine de dossiers par an, impliquant la création de 10.000 m2 commerciaux supplémentaires dans le département de l'Hérault, contre 100.000 en 2013.

Une décrue dont se félicite le président de la CCI Hérault, qui ajoute qu'« on ne peut plus consommer le territoire comme avant, et on veut éviter les friches commerciales à l'extérieur mais aussi à l'intérieur des villes... La crise sanitaire a été un détonateur pour certains propriétaires de friches. Depuis, la CCI a reçu une quinzaine de coup de fil de propriétaires qui veulent faire quelque chose de leur friche ».

Le sujet est hautement sensible, et les avis de la CDAC pas toujours bien compris... Sur ce point, la collaboration de la CCI et de la DDTM devrait mieux alimenter la réflexion et donc les décisions.

Un rôle de régulateur

« Le rôle de l'État est d'éclairer le débat sur la vingtaine de dossiers examinés par la CDAC chaque année, ajoute Matthieu Grégory.  Demain, notre rôle sera un rôle de régulateur sur les territoires qu'on aide car on ne peut pas soutenir financièrement des programmes "Petites villes de demain" pour redynamiser des cœurs de villes et en même temps laisser des commerces se déployer en périphérie. Dans ces villes, on pourra s'opposer à l'implantation de nouvelles surfaces commerciales. »

Le projet de loi convention citoyenne sur le climat devrait ajouter une contrainte supplémentaire en matière de consommation des espaces agricoles et naturels pour créer de nouvelles zones commerciales. Matthieu Grégory rappelle que « l'objectif est évidemment de ralentir cette consommation. Depuis 2017, la DDTM Hérault demande de diviser cette consommation par deux en raison des spécificités du territoire héraultais. La population du département a doublé en cinquante ans mais triplé en tache artificialisée ».

Selon la convention, les données partagées porteront dans un premier temps sur les EPCI ayant signé une convention avec l'État sur les programmes "Action cœur de ville", "Petites villes de demain" ou "opérations de revitalisation des territoires".

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