Trajets domicile-travail : l’essor du vélo se confirme en Occitanie

Depuis une quinzaine d’années, l’usage du vélo pour les trajets domicile-travail connaît un nouvel essor en Occitanie et la crise sanitaire du Covid-19 aura accentué cette tendance. C’est la conclusion d’une enquête réalisée par l’INSEE en Occitanie, dont les résultats viennent d’être rendus publics. Quel est le poids de la petite reine pour aller travailler, pour qui, pourquoi ? Réponses.
Cécile Chaigneau

7 mn

À Montpellier, 6 % des actifs qui ne travaillent pas à leur domicile utilisaient un vélo en 2015, et ils sont montés à plus de 8% en 2019, et pendant la première quinzaine de mars, le compteur de l'allée Beracasa 1 enregistrait une hausse de fréquentation de 8% entre 2020 et 2021 durant les jours ouvrés.
À Montpellier, 6 % des actifs qui ne travaillent pas à leur domicile utilisaient un vélo en 2015, et ils sont montés à plus de 8% en 2019, et pendant la première quinzaine de mars, le compteur de l'allée Beracasa 1 enregistrait une hausse de fréquentation de 8% entre 2020 et 2021 durant les jours ouvrés. (Crédits : Vélocité)

La Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a lancé le 1er juillet dernier, depuis Montpellier, son programme Objectif Employeur Pro-Vélo, visant à inciter les employeurs (publics, privés et associatifs) à déployer une véritable culture vélo dans leurs établissements afin d'obtenir le label Employeur Pro-Vélo et ainsi multiplier le nombre de salariés utilisant leur vélo pour venir travailler.

L'INSEE Occitanie vient de publier une étude sur l'usage du vélo sur les trajets domicile-travail et les résultats sont encourageants dans la région, notamment sur les deux pôles métropolitains de Montpellier et Toulouse.

Plusieurs facteurs favorisent les déplacements à bicyclette. Deux d'entre eux ont logiquement été des accélérateurs : l'émergence des systèmes de location de vélos en libre-service et la qualité de l'aménagement cyclable de la voirie.

Coup de pouce des collectivités ou de l'État

À Montpellier et Toulouse, Vélomagg' et VélôToulouse existent depuis 2007. Sur le territoire de Nîmes Métropole, c'est Vélo Tango propose des locations pour de plus longues durées. Plus récemment, d'autres collectivités ont mis en place des initiatives similaires : à Montauban (82) et Marseillan (34) depuis 2019, à Alès (30), Tarbes-Lourdes (65) et Carcassonne (11) depuis 2020, ou encore pour les étudiants d'Albi (81) depuis 2015. BIP! à Perpignan ou Libr'vélo à Narbonne ont moins bien réussi leur implantation.

Parallèlement, les collectivités soutiennent l'usage du vélo en accordant des aides financières : la Région Occitanie, Montpellier Méditerranée Métropole, Toulouse Métropole ou encore le Grand Montauban financent pour partie l'achat de certains vélos, notamment à assistance électrique. Et dans le contexte de la crise sanitaire, de mai 2020 à mars 2021, l'État proposait un « Coup de pouce » de 50 euros aux particuliers souhaitant faire réparer leur vélo. Sans compter le forfait mobilités durables créé en 2019 et qui permet aux employeurs de prendre prendre en charge une partie des frais de leurs salariés venant travailler à vélo.

Résultat : depuis 2015, de plus en plus d'actifs choisissent de pédaler pour aller travailler sur l'ensemble des pôles de la région et notamment à Toulouse et Montpellier. À Montpellier, 6 % des actifs qui ne travaillent pas à leur domicile utilisaient un vélo en 2015, et ils sont montés à plus de 8% en 2019. À Toulouse, l'augmentation est encore plus marquée, de 7% en 2015 à 10% en 2019.

En 2020 et 2021, la crise sanitaire a accéléré ce changement de pratiques, avec moins de déplacements mais plus souvent en selle... La crainte de la promiscuité dans les transports collectifs a boosté l'usage du vélo. En juin 2020, à la fin du confinement, les passages de cyclistes augmentent de 8 % (par rapport à juin 2019) sur l'avenue de Lyon à Toulouse, et en septembre 2020 de 12% (vs septembre 2019) le long du canal du Midi à Port Saint- Étienne, et même de 20% de janvier à mai 2021, établissant de nouveaux records avec plus de 3.000 cyclistes certains jours. À Montpellier, pendant la première quinzaine de mars, le compteur de l'allée Beracasa 1 enregistre une hausse de fréquentation de 8% entre 2020 et 2021 durant les jours ouvrés.

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En fonction de la cyclabilité de la voirie

La distance à parcourir entre domicile et travail est centrale dans le choix du vélo pour aller travailler, mais l'INSEE indique qu'elle ne suffit pas à expliquer le faible usage du vélo sur les trajets domicile-travail.

« En 2017, sur cent personnes qui se déplacent pour aller au travail, moins de trois utilisent un vélo, alors même que 35 résident à moins de cinq kilomètres de leur lieu de travail », rappelle l'étude.

Quels sont donc les autres facteurs ayant favorisé l'usage du vélo ? Les aménagements cyclables sont l'un des principaux.

« Pour 100 kilomètres de voiries automobiles, l'Occitanie ne compte que trois kilomètres de voies aménagées pour les vélos. Si l'on considère également comme cyclables les rues dont la vitesse est limitée à 20 km/h ou 30 km/h, cinq kilomètres sur 100 sont cyclables. La cyclabilité de la voirie est en réalité très variable entre les pôles, les couronnes et les communes hors attraction des villes. Quelle que soit leur population, les pôles d'Occitanie sont systématiquement dotés d'une plus grande part de voirie cyclable que les communes des couronnes qui les entourent. C'est d'ailleurs au sein de ces pôles que les déplacements domicile- travail sont plus courts et se font plus souvent à vélo : 4,8 % contre 1 % en dehors des pôles. »

Avec respectivement 42% et 21% de voirie cyclable, les communes de Toulouse et Montpellier figurent en tête des communes de plus de 50.000 habitants les plus cyclables de la région (28% et 14% à l'échelle de Toulouse Métropole et Montpellier Méditerranée Métropole). À titre de comparaison, la commune de Grenoble compte 53% de voies cyclables, Strasbourg 45% et Marseille seulement 7%. Mais à équipements équivalents, l'INSEE rapporte que « à Toulouse, 8,5% des personnes qui se déplacent pour aller travailler utilisent un vélo, contre 17,1% à Strasbourg ». Preuve que cet indicateur n'explique pas, à lui seul, l'usage plus ou moins développé du vélo. Par exemple, les voies cyclables séparées de la chaussée générale sont plus fréquentes à Strasbourg, Montpellier ou Grenoble qu'à Toulouse...

Dans les autres villes d'Occitanie, le taux d'équipement chute : 12% à Perpignan, et moins de 10% pour Nîmes, Béziers, Montauban et Narbonne. Parmi les communes de 20.000 à 50.000 habitants en Occitanie, ce sont Blagnac (31) et Tournefeuille (31) qui disposent des meilleurs aménagements en voirie cyclable (36% et 39%). Viennent ensuite Colomiers (31) et Agde (34) à 29% et 24%, puis Castelnau-le-Lez (34), Albi (81), Sète (34), Tarbes (65), Rodez (12), Frontignan (34) et Lunel (3') de 10% à 20%.


Les hommes et les cadres plus que les femmes et les ouvriers

« L'usage socialement différencié du vélo pour se rendre au travail est bien documenté :les cadres et les professions intermédiaires vont plus souvent au travail à vélo que les employés et les ouvriers. En 2017, un tiers des ouvriers d'Occitanie vivent à moins de 5 km de leur lieu de travail et seulement 5 % d'entre eux se déplacent à vélo. En comparaison, les cadres résident moins souvent à proximité de leur travail (28 % à moins de 5 km) mais 11 % d'entre eux pédalent pour s'y rendre. »

Il faut cependant préciser que les ouvriers vivent plus souvent dans des territoires peu adaptés aux déplacements à vélo (il s'agit plus souvent d'espaces périphériques regroupés au sein de zones d'activités ou industrielles) tandis que les cadres bénéficient plus souvent de voiries cyclables à proximité de leur domicile.

Enfin, quelle que soit la distance domicile-travail, les hommes se déplacent plus souvent à vélo que les femmes, note l'INSEE dans son étude, alors même qu'ils sont moins nombreux à travailler à moins de cinq kilomètres de chez eux (33 % contre
37 % pour les femmes). D'ailleurs, avant même son usage utilitaire, le vélo est associé à une pratique sportive largement masculine (en 2019, seulement 10% des cyclistes d'Occitanie licenciés auprès de la Fédération française de cyclisme sont des femmes, et 15 % pour le cyclotourisme). Autre explication de ce moindre usage du vélo par les femmes : « une inégale répartition du travail domestique et de la charge éducative entre les parents, avec notamment les mères qui consacrent en moyenne deux fois plus de temps que les pères à l'accompagnement des enfants au cours d'une journée (école, activités) ». Toutefois, l'écart se réduit sur les territoires dotés d'aménagements cyclables conséquents et sécurisés...

Quant au relief d'un territoire, il peut également constituer un frein à l'usage du vélo, qui pourrait, à l'avenir, être supprimé par la diffusion des vélos à assistance électrique.


Cécile Chaigneau

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