« Le gouvernement prend trop de décisions défavorables à Montpellier »

Par Anthony Rey  |   |  1098  mots
(Crédits : Fondation pour l’innovation politique)
Le politologue et directeur de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié, a été officiellement investi par un collège de 40 élus, samedi 25 avril à Sète (34), pour conduire la liste UMP lors des élections régionales de décembre 2015. Dans cet entretien exclusif, il évoque les futurs axes de sa campagne, et qualifie d'"inique" la politique appliquée par l'État à Montpellier, dans le débat sur la future capitale régionale.

Que répondez-vous à ceux, à gauche comme à droite, qui vous accusent déjà d'être un candidat parachuté par Paris ?

D. R. : Je trouve cet argument un peu automatique. Mon investiture est le fruit d'un processus purement local, donc c'est tout le contraire. Depuis le début, il était écrit, dans la procédure retenue par l'UMP, qu'il fallait se laisser la possibilité d'avoir une candidature issue de la société civile. Jean-Luc Moudenc (maire de Toulouse, NDLR) et Jean-Marc Pujol (maire de Perpignan, NDLR) l'ont encore redit samedi soir. Je ne suis pas élu, je suis professeur d'université : j'appartiens donc à cette catégorie. L'idée était que tous les élus se trouvent en consensus dans cette procédure, de sorte qu'il n'y ait aucune sortie brutale de candidat. J'ai obtenu 12 voix au 1er tour de la primaire, puis 17 voix, puis 19 voix, et enfin 23 voix lors du 4e tour (face à Bernard Carayon, maire de Lavaur, NDLR). C'est bien la preuve que ce processus a facilité la construction d'une majorité. Ce collège de 40 élus du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées est même, à ma connaissance, le 1er acte de construction de la future grande région, en la faisant exister sur une base démocratique.

Votre investiture intervient dans un climat politique tendu, notamment dans le débat sur la désignation de la future capitale régionale. Quelle est votre position ?

D. R. : Je viens de l'Aveyron, un département charnière, qui « tient » les deux régions. Cela donne à mon investiture une orientation bien spécifique. Je n'y vois qu'une ambition pour la grande région. Mais il n'y a pas chez moi d'effet midi-pyrénéen. Les arguments invoqués par les Montpelliérains dans ce débat sont des sujets réels. Il y a beaucoup à dire sur les choix faits récemment par le gouvernement. On avait déjà pu l'observer dans la façon dont il a dessiné la nouvelle carte des régions, sans aucune concertation. On le voit aujourd'hui avec une suite de décisions défavorables à Montpellier qui continuent de venir de Paris. Voyez le choix du gouvernement sur l'Idex, qui rejette à nouveau le dossier montpelliérain (Live +, la 3e candidature de Montpellier à l'Initiative d'Excellence, a été rejetée le 24 avril, NDLR). Je trouve cette décision choquante, et je la condamne. Quelque chose d'inique se met en place. On ne peut pas frapper à répétition une métropole dans un moment d'incertitude politique, tel que l'illustre ce débat. Il y a trop de décisions qui semblent mettre Montpellier à l'écart ou la reléguer en 2e division. C'est un problème que nous allons prendre en charge dans la campagne pour les régionales. Je vais revoir très rapidement les élus languedociens pour travailler sur ces questions. Nous allons bâtir une liste qui tient compte de l'absolue nécessité de coopérer entre les deux régions, entre les deux métropoles, mais aussi entre les autres villes. Nîmes compte beaucoup également.

Êtes-vous favorable, comme certains élus, à une répartition des rôles sur le modèle Caen/Rouen, avec le Conseil régional à Toulouse, et la préfecture à Montpellier ?

D. R. : Que Toulouse soit capitale régionale ne paraît pas choquant. Mais cela appelle aussitôt la proposition d'une offre ambitieuse pour Montpellier, construite avec Montpellier. Et cela, on ne le voit pas venir. Il faut se battre ensemble pour rétablir la justice et l'équilibre. Car en effet, l'enjeu de ce débat est un problème de justice, d'efficacité économique, et d'équilibre des territoires. Et le Languedoc-Roussillon va apporter énormément.

Comment allez-vous construire votre liste ?

D. R. : Tout d'abord, j'ai demandé que ce collège de 40 élus soit pérennisé. Il portera avec moi l'écriture du programme, la campagne et la gouvernance de la région. Ce que je souhaite, c'est une liste UMP-UDI. Mais nous allons l'ouvrir à la société civile, à celles et ceux qui veulent s'associer à l'effort collectif. Je n'ai pas de prévention car c'est une élection de fondation : il n'y a pas de sortants. Il faut bâtir la fusion entre Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon. Et ce que je vois émerger, c'est ce sentiment, éprouvé jusque dans les rangs de la gauche, qu'on est plus d'ici que de droite ou de gauche. Ce n'est pas parce que la majorité politique à Paris prend de mauvaises décisions que les gens vont, ici, rester sans rien dire.

Un élu poursuit sa démarche en marge des partis : Philippe Saurel, maire de Montpellier. Pourriez-vous vous entendre avec lui ?

D. R. : Sans aucun doute. Nous avions déjà participé à un débat à Montpellier sur la chute des dotations de l'État aux collectivités locales (lors de l'assemblée générale de la Fédération régionale des Travaux publics, en novembre dernier, NDLR). Ce débat portait sur des questions majeures : comment investir ? Avec quel argent ? Sur quelles priorités ? Philippe Saurel veut défendre son rang, défendre Montpellier, et il a mille fois raison. Et il faut l'aider. Sinon la fusion des régions capotera.

Quels seront les axes forts de votre campagne ?

D. R. : Il faut réussir la fusion dans l'équilibre. D'abord parce qu'elle peut être ressentie comme une absorption par le Languedoc-Roussillon. Ensuite parce que je suis attaché aux territoires à faible densité démographique. On doit les protéger, de sorte que la fusion en cours n'écrase pas la ruralité. Sur cette base, je voudrais qu'on tisse un programme articulé autour de ce constat : nous sommes une région d'identités, de cultures, de traditions, mais aussi d'innovation. Ce sont des ressources appropriées pour réussir dans le monde d'aujourd'hui. Nous avons accès à la Catalogne, à la Méditerranée par les ports, et au ciel par l'aéronautique, Airbus étant aussi une clef d'entrée vers l'Europe. Tout cela symbolise notre puissance.

Quel regard portez-vous sur le binôme formé par Carole Delga et Damien Alary (« ticket » investi en janvier par le PS pour les régionales, NDLR) ?

D. R. : Les deux régions, administrées par la gauche, n'ont pas apporté la preuve de l'efficacité des politiques suivies jusqu'ici. La situation en terme d'emplois n'est pas bonne. Comment, en étant resté à la tête des régions depuis un ou plusieurs mandats, ou en étant restée membre du gouvernement pendant trois ans, peut-on aboutir à un tel résultat ? Carole Delga et Damien Alary devront nous donner des explications.