Quelle stratégie pour I2A passée sous contrôle du Britannique Apposite Capital ?

EXCLUSIF - Spécialisée dans le diagnostic en microbiologie clinique, l’entreprise montpelliéraine I2A a bouclé une recapitalisation qui a modifié en profondeur son actionnariat. Trois fonds d’investissement sont sortis au profit du Britannique Apposite Capital, désormais majoritaire. L’entreprise annonce vouloir tripler son chiffre d’affaires en cinq ans, grâce à une stratégie de croissance sur deux axes : l’innovation et l’export.
Cécile Chaigneau

5 mn

L'entreprise montpelliéraine I2A, spécialiste du diagnostic en microbiologie clinique, propose des automates pour l'analyse d'antibiogrammes, comme l'ensemenseur PreLUD permettant d'identifier une souche pathogène.
L'entreprise montpelliéraine I2A, spécialiste du diagnostic en microbiologie clinique, propose des automates pour l'analyse d'antibiogrammes, comme l'ensemenseur PreLUD permettant d'identifier une souche pathogène. (Crédits : DR)

L'entreprise montpelliéraine I2A, fondée en 1988 et spécialisée dans le diagnostic en microbiologie clinique (instruments, logiciels, réactifs), vient de passer sous le contrôle du fonds d'investissement britannique Apposite Capital.

I2A propose des solutions automatisées pour le marché des tests cliniques de bactériologie, y compris les tests de sensibilité aux antibiotiques qui identifient la résistance bactérienne aux antibiotiques, afin de déterminer les antibiotiques sensibles, résistants ou intermédiaires, d'ajuster les thérapies et de soutenir une antibiothérapie rapide et précise.

L'opération avec Apposite Capital s'est clôturée le 31 juillet dernier.

« Apposite Capital a repris les parts des trois fonds d'investissement Irdi Capital, M Capital et Kreizig Invest (qui avaient notamment apporté 1,5 million d'euros à I2A à l'occasion d'un tour de table en novembre 2013, NDLR) qui étaient entrés en avance de phase d'une introduction en bourse qui a finalement capoté, précise Arnaud Serfass, directeur général d'I2A depuis août 2021. Apposite Capital s'associe aux fondateurs historiques Jean-Philippe Duvergé et Dominique Curel, respectivement président et secrétaire générale d'I2A, qui conservent un rôle au conseil de surveillance, désormais présidé par Nick Adams, un vétéran de l'industrie. »

Basé à Londres, Apposite Capital est spécialisé en santé. L'opération a été l'occasion d'une recapitalisation d'un niveau sur lequel le dirigeant reste discret, confiant simplement qu'« elle est significative pour nous donner les moyens de nous développer à l'export ». Discrétion également sur la nouvelle structuration du capital, où l'on sait juste qu'Apposite Capital est désormais majoritaire.

Ruptures technologiques

Dans sa gamme-phare, I2A commercialise le logiciel SIR-xPERT, l'automate SIR SCAN Orion (incubateur-lecteur nouvelle génération d'antibiogrammes) et le lecteur Lynx. Il propose également un simple ensemenceur (PreLUD) qui permet d'identifier une souche pathogène.

« Notre logiciel est universel et dispose de connecteurs d'interface avec plus de 100 instruments en microbiologie, précise Arnaud Serfass. Nous sommes les seuls à faire ça... Avec une chaîne automatisée, qui fait l'incubation et la lecture d'antibiogrammes, et un système expert universel, notre potentiel marché est important partout dans le monde. »

Aujourd'hui, I2A annonce équiper 75% des centres hospitaliers français et 40 à 50% des laboratoires d'analyses privés (moins gourmands en équipements car moins confrontés à des pathologies rares).

La stratégie de développement d'Apposite Capital s'appuie sur deux axes : l'export et l'innovation.

« Il y avait beaucoup de sujets d'innovation chez I2A et nous allons la recentrer sur quelques projets uniquement, indique Arnaud Serfass. Orion, Lynx et notre nouvelle suite logicielle SIR-xPert ont été lancés cette année. Ce qu'on regarde maintenant, ce sont des ruptures technologiques pour faciliter la réalisation des tests dans les laboratoires et rendre des résultats plus rapidement. Les résultats, aujourd'hui, sont obtenus en 24 à 48 heures, ce qui peut parfois être trop long, notamment pour le risque de septicémie, donc il faut que les tests délivrent des résultats en quelques heures. Nous avons déjà une équipe de R&D mais si besoin, on se staffera. »

L'Europe d'abord, puis l'Amérique du Nord

Pour ce qui est de l'export, Arnaud Serfass annonce une part comprise entre 15 et 20% d'un chiffre d'affaires qui était de 10 millions d'euros en 2020 (stable par rapport à 2019).

« Nous avons l'ambition de tripler le chiffre d'affaires en cinq ans par de la croissance organique, notamment à l'export, précise-t-il. Aujourd'hui, I2A est présente en Suisse, Belgique, Angleterre et sur le Maghreb, et émergeante en Allemagne. Notre première zone de croissance sera l'Europe, où nous toutes les données réglementaires, puis l'Amérique du Nord plutôt fin 2023, où nous avons une filiale dormante. Quant à la Chine, I2A a essayé de s'y implanter mais le marché asiatique en microbiologie est relativement faible. »

L'entreprise emploie aujourd'hui 87 salariés, dont sept recrutés récemment, et est en cours de recruter six autres personnes (spécialistes d'application, en mécatronique, en électronique, en marketing, en développement logiciel ou SAV), « mais nous nous heurtons à une pénurie de candidats, du fait de la reprise économique post-Covid où beaucoup d'entreprises recrutent, et du fait d'un bassin montpelliérain plutôt tourné sur les services », souligne Arnaud Serfass, qui pointe également « des difficultés à attirer vers Montpellier, notamment des jeunes »...

Antibiorésistance : I2A partenaire de MSF

Engagée dans la lutte contre le développement de l'antibiorésistance, pointée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l'un des grands défis sanitaires du XXIe siècle, I2A fournit gratuitement son système expert à un projet porté par le docteur Nada Malou, référente microbiologie de Médecins Sans Frontières (MSF) et coordonné par la Fondation MSF.

« La lecture et l'analyse d'antibiogrammes est nécessaire partout, mais les lecteurs-incubateurs d'antibiogrammes sont des matériels coûteux et peu adaptés aux zones de guerre ou aux zones très reculées et isolées de certains pays à ressources limitées, déclare Arnaud Serfass. Des chercheurs et des ingénieurs ont développé une application, Antiobiogo, qui sera gratuite et facile d'utilisation, pour traiter efficacement l'image d'un antibiogramme sur un smartphone. Nous avons donc conclu un partenariat avec la Fondation MSF pour leur fournir notre système expert afin de fournir des résultats d'antibiogrammes interprétés. Ils font actuellement le dernier essai clinique au Mali. »

Cécile Chaigneau

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