"Faire comprendre aux entreprises l’équation responsabilité / compétitivité" (Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises)

ENTRETIEN - Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, est venu à Montpellier défendre, auprès des réseaux économiques du département, la charte "Relations fournisseurs responsable" et du label "Relations Fournisseurs & Achats Responsables" qu’il a cofondés il y a une dizaine d’années. Il se félicite de l’ambitieuse démarche de "territoire à mission" lancée le 23 septembre par la CCI à l’échelle de l’Hérault.
Cécile Chaigneau

5 mn

Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, est aussi le cofondateur d'une charte et d'un label sur les achats responsables et les relations responsables avec les fournisseurs.
Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, est aussi le cofondateur d'une charte et d'un label sur les achats responsables et les relations responsables avec les fournisseurs. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Vous êtes le Médiateur des entreprises, mais au-delà de cette mission première d'arbitrage, vous êtes aussi le cofondateur de la charte "Relations Fournisseurs Responsables" et du Label "Relations Fournisseurs & Achats Responsables", en 2010 et 2012. Qu'est-ce qu'un achat responsable ?

Pierre PELOUZET - Avant de faire un achat, on se pose des questions en amont : sur le cahier des charges, pour lancer consultation, pour passer la commande et pour le paiement de la commande. On se demande quel est l'impact économique sur le territoire, pour les entreprises. On s'interroge sur l'impact environnemental, l'impact social et sociétal. On regarde s'il y a possibilité de travailler avec un ESAT, avec une entreprise qui fait de l'insertion professionnelle. Un achat responsable, c'est un ensemble de réflexes, de questions.

Quelle est la philosophie de la charte "Relations Fournisseurs Responsables", première marche de la démarche pour une entreprise, et du label ?

La philosophie, c'est comment instaurer des relations client-fournisseurs respectueuses. La charte comporte dix points, notamment sur le paiement des factures fournisseurs ou comment s'inscrire dans son territoire. Pour ce qui est du label, c'est un outil de référence. Il a beaucoup évolué car la France est devenue le porteur mondial de la question des achats responsables : nous avons créé un observatoire, et aujourd'hui, il existe la norme ISO 20400, portée par la France, avec quelques spécificités françaises comme les délais de paiement qui n'étaient pas un sujet au niveau mondial mais majeur en France...

Il y a donc bataille mondiale de labels sur cette question ?

Malheureusement, aujourd'hui, sur les labels RSE généralistes, la France n'est pas bien positionnée. Les Américains sont en train d'imposer leur modèle. Or la RSE à l'américaine, ce n'est pas la même chose qu'à l'européenne. C'est pour ça qu'il faut accentuer le travail sur ce sujet des achats responsables pour s'imposer. Mais cela suppose que beaucoup d'entreprises rentrent dans ce jeu pour constituer une masse suffisante.

Justement, quelle adhésion remportent la charte et le label ?

On compte aujourd'hui plus de 2.000 signataires de la charte, dont quelques entreprises supplémentaires qui se sont engagées hier à Montpellier (dans le cadre de la Rentrée des réseaux, organisée par la CCI Hérault, NDLR). D'abord sont venues les grandes entreprises, puis les ETI, les PME et PMI. Et une soixantaine d'organisations sont labellisées, dont de grosses administrations comme le ministère des Armées, mais aussi de plus petites structures.

Les entreprises ne sont pas toutes égales face à ce type de démarche, notamment la labellisation, selon qu'elles sont une administration, un grand groupe, une PME ou une TPE... Peuvent-elles pourtant toutes y prétendre ?

Oui bien sûr ! De plus en plus de petites veulent essayer. Nous avons testé avec des pionniers et c'est possible. Cela demande un peu d'ouverture des auditeurs. Nous avons demandé aux labellisés de rédiger des cahiers de bonnes pratiques pour aider les plus petites structures qui souhaiteraient s'engager.

Quels freins avez-vous identifiés chez les dirigeants qui les empêchent encore aujourd'hui de s'engager dans des démarches d'amélioration sur les questions d'achats responsables ?

Le premier frein, c'est l'autocensure chez les TPE et PME. C'est pour ça que nous lançons, dans les semaines qui viennent, un outil d'autodiagnostic qui permettra aux entreprises de s'autoévaluer rapidement et leur indiquera leur niveau pour qu'elles voient facilement où sont leurs marges de manœuvre. Ce qui leur permettra de ne pas se décourager avant même d'avoir commencé. Car il y a déjà beaucoup de choses que les entreprises font bien sans le savoir !... Le second frein, c'est le coût bien sûr. L'idée que cela coûtera toujours plus cher d'acheter responsable persiste. Alors que si on regarde le coût global, ça peut être l'inverse. Je prends depuis longtemps l'exemple du photocopieur : on peut acheter un appareil moins cher mais qui ne fait pas de recto-verso, qui n'accepte pas de cartouches recyclables ou ne se met pas en veille, et au global, cela coûtera plus cher à l'entreprise.

Sur quels arguments parvenez-vous à convaincre les dirigeants ?

Il faut faire comprendre aux entreprises l'équation responsabilité /compétitivité. L'engagement responsable d'une entreprise est aussi un facteur d'attractivité. Et ceux qui ont compris y vont à fond !

Vous avez remis un rapport, fin mars 2021, au ministère de l'économie pour booster le déploiement du label. Que propose ce rapport ?

Il donne des recommandations. Il faut notamment que le secteur public soit exemplaire, et l'objectif, c'est que 80% des achats des ministères soient labellisés fin 2022. Aujourd'hui, seul le ministère des Armées est labellisé. Nous créons un parcours "achats responsables" afin d'inciter plus d'entreprises à faire la démarche : la charte est la porte d'entrée - et une nouvelle version va sortir dans les semaines qui viennent - puis l'autodiagnostic, et enfin un label gradué avec trois niveaux d'exigence des pratiques, "bronze, argent et or". Je veux rappeler aux dirigeants d'entreprises ou d'administration qu'il n'est pas besoin d'être parfait mais qu'on peut s'inscrire dans une démarche d'amélioration. Nous proposons aussi d'intégrer des indicateurs extra-financier, par exemple la puissance de la marque.

La crise sanitaire que nous traversons peut-elle être un facteur d'accélération dans l'engagement des entreprises ?

Je pense que oui... Une étude récente a identifié que les entreprises engagées de manière responsable avec leurs fournisseurs, qui ont décidé de payer plus tôt leurs fournisseurs, se sont mieux sorties de la crise car elles avaient de bonnes relations avec eux et ont trouvé des solutions plus facilement. Il y a une accélération de prise de conscience, ne serait-ce que sur la question de la sécurité d'approvisionnement.

La commission des réseaux de la CCI Hérault a annoncé qu'elle lançait une démarche de "territoire à mission". Quel intérêt à initier une démarche collective à l'échelle d'un territoire, qui serait poussée par les réseaux économiques ?

C'est une initiative formidable ! Si on peut accompagner, on le fera avec plaisir. Je crois beaucoup au partage des valeurs et je pense qu'on peut fédérer autour de ces notions.

Cécile Chaigneau

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