Assises de l'économie de la mer : l'habitat flottant encore dans le flou

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Les 2 prototypes dévoilés en novembre à Gruissan
Les 2 prototypes dévoilés en novembre à Gruissan (Crédits : Alliance Plaisance)
Après la présentation récente de deux prototypes dans le port de Gruissan (11), les Assises de l'économie de la mer ont zoomé, le 4 décembre à Montpellier, sur la filière émergente de l'hébergement flottant. Des offres commerciales se développent partout en France, dans un certain flou en l'absence de cadre réglementaire dédié.

La ville de Gruissan (11) a levé le voile, le 26 novembre, sur deux prototypes d'hébergements flottants de loisirs, baptisés "lodge boats" - les premiers du genre amarrés dans un port de plaisance. Commercialisés par l'entreprise sétoise Alliance Plaisance, qui ambitionne de porter son offre à 34 lodge boats à l'été 2020 pour des séjours touristiques de quelques jours, ces nouveaux produits sont emblématiques d'une filière française en pleine émergence, sur laquelle sont revenues les Assises de l'économie de la Mer, qui se concluaient à Montpellier le 4 décembre.

Habitat ou hébergement ?

Premier constat : la dénomination des produits n'est pas uniforme, et répond à des philosophies commerciales parfois très éloignées les unes des autres. La société aveyronnaise Carré de Vie développe des "espaces de vie" de 25 à 64 m2, qui peuvent être installés sur l'eau ou sur le domaine maritime. "Ce sont des hébergements flottants, qui peuvent être utilisés dans une optique touristique ou bien pour aménager des espaces de travail ou des annexes dans des ports. Ils font appel à un savoir-faire de chantier naval, plus que de promoteurs. Le point commun est qu'ils sont conçus en faisant attention à la nature environnante, avec par exemple des nichoirs pour les poissons dans les flotteurs", décrit Jacques Pierrejean, fondateur de l'entreprise.

"En 2017, nous avons construit et mis à l'eau un démonstrateur sous la forme d'une capsule flottante, de forme ronde, équipée d'une baie sous-marine. C'est un produit qui vise le luxe, le quatre étoiles. Nos prospects sont des chaînes hôtelières à l'international, dans des zones lagunaires ou des mangroves. Nous avons aussi des demandes en France pour des expérimentations. Nous réceptionnons une usine dans six mois pour lancer l'industrialisation du process", annonce Jacques-Antoine Cesbron, fondateur de la société angevine Anthénéa.

"Les lodge boats que nous commercialisons à Gruissan sont des hébergements flottants, et non des habitats : l'usage doit rester selon nous temporaire, à vocation touristique, pour des séjours d'une à trois nuits. Nous sommes positionnés comme des concepteurs - même si nous ne fabriquons pas -, des investisseurs et des exploitants, de sorte à maîtriser la chaîne. Ce produit doit avoir un modèle économique, afin d'être, à la fois, rentable pour l'exploitant qui devra l'entretenir sur le long terme, et accessible au plus grand nombre", affirme Richard Perdu, directeur du développement d'Alliance Plaisance.

Face au vide juridique

Parmi les freins identifiés figure en premier lieu l'absence de réglementation adaptée à ces produits : ce vide juridique peut notamment dissuader les collectivités territoriales d'appuyer ou lancer le développement de projets d'habitats flottants. "Nous sommes un bureau d'études de construction navale, qui a développé des produits d'habitat permanent ou de loisirs : nous avons mené un véritable combat administratif pour mettre en place, depuis 2011, nos 19 projets aujourd'hui en phase d'exploitation. La loi devra forcément définir deux normes différentes selon ces deux destinations", analyse Anthony Jeanne, DG de l'entreprise bretonne Aquashell.

"Nous avons créé un espace de vie pour des séjours touristiques, aménagé pour cinq personnes à l'intérieur d'un bateau stationné dans le port de Lorient. Depuis l'ouverture en juin 2018, nous affichons un taux de remplissage de 80 %. Le succès est là, et nous lançons le chantier dans un deuxième bateau. Faute de texte, cette première construction correspond à un anneau, c'est à dire une place dans le port. La France doit se doter d'une réglementation technique correspondant aux différents styles d'usage que nous évoquons, mais aussi pour rassurer les investisseurs, en bornant sur une durée suffisamment longue l'occupation du domaine public - qui restera inaliénable, quoi qu'il en soit. En lançant un projet sur 40 ans, Gruissan ouvre la voie. Mais si on ne lève pas ces freins rapidement, la filière en sera toujours au même point dans cinq ans", estime Bertrand L'Helgoualc'h, président de SeaLoft.

Le paramètre environnemental

En Occitanie, le Parlement de la Mer a fait de l'habitat flottant un de ses axes de travail, en facilitant la création de zones d'expérimentation sur son littoral. Du côté des entreprises régionales, Grand Large Yachting (La Grande Motte, 34) développe sous la marque "Aqualodge" des structures d'hôtellerie flottantes haut de gamme, à la commande. "Nous avons lancé une structure de ce type en Guadeloupe en 2015, où il s'agit de reproduire l'expérience de vie sur un bateau, en parfaite autonomie. C'est un lieu doté de panneaux solaires, de systèmes de désalinisation et de traitement des eaux noires et grises, afin de réduire l'impact sur de tels endroits paradisiaques. Il est important de faire passer le message à l'usager qu'il doit être responsable de ce qu'il consomme et produit, sans aller au-delà", juge Xavier Desmarest, fondateur du groupe héraultais.

"Nous sommes une société d'habitat flottant, qui a aussi conçu une solution de traitement des eaux pour le rejet dans le milieu naturel en qualité eau de baignade. La spécificité de nos systèmes constructifs est donc de stabiliser à la fois la plate-forme d'habitat mais aussi le plan d'eau, y compris en milieu portuaire. Le traitement des eaux une clef d'entrée majeure dans le dossier de l'habitat flottant", rajoute Geneviève Marais, CEO d'Aquatech innovation, à Montpellier.

Le Comité interministériel de la mer (Cimer) a validé, en septembre dernier, une première liste de zones propices à la création d'habitats flottants. Le travail législatif, pour mieux encadrer les développements de la filière évoqués sur cette table-ronde, est en cours.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2019 à 13:23 :
Consolons-nous du vide 'jus-rit-disque'..., François premier, avec toutes ses richesses guerrières mal acquises, ne le pouvait même pas en ses marais de Chambord, de rendre son château flottant !... D'où le double escalier dessiné par Léonard de Vinci, comme sortie de secours en cas d'enfoncement de celui-ci ?... L'hisse-toile-raide nous le dira-t-elle un jour sous forme de B.D. ?
a écrit le 05/12/2019 à 9:02 :
SI cela impose des contraintes environnementales draconiennes obligées, pourquoi pas pouvant habituer les citoyens de moins consommer et donc moins polluer.

LA réussite d'une idée dépend énormément de sa mise en place, une idée bonne en soi n'existe pas.

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