Le Ceser Midi-Pyrénées tend la main au Languedoc-Roussillon

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Le Ceser Midi-Pyrénées a rendu public un rapport sur la fusion de Midi-Pyrénées avec Aquitaine ou Languedoc-Roussillon. Sans se prononcer, il compare les dynamiques des trois régions, en anticipant un découpage qu'il considère comme acté.

Le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) Midi-Pyrénées a finalisé une étude sur la réforme territoriale. Les huit experts de la section prospective, composée d'historiens, de géographes, d'économistes et de sociologues, ont publié les résultats de leur analyse sur les compétences des trois régions Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine. Le but ? Évaluer le périmètre de la nouvelle « super-région » du Sud-Ouest et identifier les meilleurs atouts des trois régions concernées.

Une méthode gouvernementale critiquée
Les membres de la deuxième assemblée régionale s'accordent sur la nécessité d'une restructuration des régions françaises mais déplorent l'absence d'un débat public et la précipitation du gouvernement. Jean-Louis Chauzy, le président du Ceser, a souligné l'intérêt de rediriger le débat vers les habitants : « Cela ne doit pas être qu'une question de pouvoir et de périmètre géographique, une région c'est aussi un sentiment d'appartenance, un espace culturel commun ». Autre bémol, le flou concernant les aides financières allouées par l'État. La génération 2014-2020 des contrats de plan État-Région est en cours de négociation. « Nous aurions besoin de plus de clarté concernant le volume et le pilotage des futures enveloppes », déplore Bruno Lafage, le vice-président du Ceser Midi-Pyrénées.

Plutôt la complémentarité du Languedoc-Roussillon que la concurrence d'Aquitaine
Le rapport de l'équipe du Ceser dégage deux logiques d'alliance très différentes. Si les tissus industriels d'Aquitaine et Midi-Pyrénées, tournés vers l'espace et l'aéronautique, se marient mieux, une fusion pourrait mettre en concurrence Bordeaux et Toulouse. « Cette compétition pourrait poser problème, l'objectif de former de grandes régions autour de métropoles ne serait pas respectée », souligne Jean-Louis Chauzy.

Une fusion avec le Languedoc-Roussillon, en décalage sur le plan économique avec Midi-Pyrénées (selon les données chiffrées du rapport, NDLR), entrerait davantage dans une logique de complémentarité. La nouvelle carte territoriale doit encore être adoptée au Sénat à l'automne mais le Ceser est parti du principe que le découpage n'évoluera pas. Le conseil souhaite donc anticiper une probable fusion avec Languedoc-Roussillon. Le dialogue a déjà été enclenché avec le président du Ceser Languedoc-Roussillon, Guy Giva.

« Nous ne souhaitons pas une simple addition de territoires mais une réelle fusion, nous devons établir un projet commun avec Languedoc-Roussillon », lance Jean Pierre Gilly, professeur émérite d'économie à l'Université Capitole. Bruno Lafage estime que l'enjeu sera de faire « vivre » les différences, notamment dans le secteur du tourisme où l'offre balnéaire pourrait venir compléter le tourisme vert midi-pyrénéen. « Nous souhaitons rassurer les élus de Languedoc-Roussillon qui craignent une future main mise de la métropole toulousaine, l'enjeu sera de travailler ensemble et non en compétition », souligne Jean-Louis Chauzy.

Le problème du désert urbain entre Toulouse et la côte languedocienne
« Nous devrons trouver des solutions pour pallier l'absence de tissu urbain entre Toulouse et les métropoles côtières que sont Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan », explique le géographe Robert Marconis. La convergence d'opinion affichée de Jean-Luc Moudenc et Philippe Saurel, maire de Montpellier, est rassurante pour le sociologue Jean-Claude Lugan : « Cela montre que les métropoles commencent à se préparer à la fusion ». « Une agglomération montpelliéraine forte demeure nécessaire pour que s'équilibrent les futures relations avec Toulouse », expliquent les membres du conseil.

Incertitude sur le devenir des aides européennes
Concernant le Fonds européen de développement économique et régional (Feder), qui vise à corriger les déséquilibres régionaux, il n'est pas sûr que la nouvelle enveloppe soit du même montant que la somme des enveloppes Feder des régions qui la composent. « Un rattachement avec le Languedoc-Roussillon signifierait une augmentation du financement du Feder car cette nouvelle région pourrait être éligible à des programmes communautaires de région en transition, ce qui ne serait pas le cas pour Midi-Pyrénées/Aquitaine », précise Bruno Lafage.

La deuxième chambre régionale de Midi-Pyrénées attend maintenant « un acte III de la décentralisation », une clarification de la distribution des compétences ainsi que du rôle et de la place de l'État dans la nouvelle configuration de l'hexagone.

Jérémie Cazaux (Objectif News, à Toulouse)

Crédit photo : Rémi Benoit

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