Le Sommet économique de la Santé zoome sur l'innovation

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Deux tables rondes se sont succédées lors du sommet économique de la santé
Deux tables rondes se sont succédées lors du sommet économique de la santé (Crédits : Christine Caville)
Le Sommet économique de la santé, organisé par Objectif Languedoc-Roussillon avait lieu ce mardi 2 décembre au Corum à Montpellier. Une thématique forte et porteuse d’enjeux majeurs pour le territoire compte tenu de la forte croissance démographique et plus précisément celle des séniors : « L’innovation technologique au cœur de la santé, moteur de l'économie régionale ? ». Près de 500 personnes étaient présentes au Corum à Montpellier pour assister aux débats.

Après une précédente édition, en décembre 2013, sur le thème de la croissance des entreprises à l'horizon 2030 », Objectif Languedoc-Roussillon positionnait ce nouveau Sommet économique autour d'un autre enjeu majeur pour le territoire : la santé comme vecteur de croissance pour l'économie régionale. Près de 500 personnes étaient présentes au Corum, à Montpellier, pour assister aux conférences.

« La santé à Montpellier doit être l'une des orientations fondamentales à suivre pour les années à venir. Toulouse et Montpellier vont devoir travailler en complémentarité, échanger leurs savoir-faire, leurs chercheurs, pour faire progresser le territoire économique de la grande région, déclare en préambule des débats Philippe Saurel,  maire et président de Montpellier Agglomération. Ensemble nous sommes plus forts. La Métropole de Montpellier proposera le soutien et l'aide à toute innovation, la santé en priorité. »

L'innovation pour moteur

La première table ronde portait sur « L'innovation technologique dans le secteur de la santé, moteur du développement économique régional ». Étaient invités à débattre : Jacquie Berthe (président du pôle de compétitivité Eurobiomed), Rodolphe Bourret (directeur général adjoint et directeur de la recherche et de l'innovation au CHRU Montpellier), Christian Curel (directeur général de i2a), David Dronneau (responsable Technologies, innovation, process et solutions de Sanofi Aventis), Christine Fabresse (présidente du Directoire de la Caisse d'Épargne Languedoc-Roussillon), Sylvain Jacquemin (directeur Innovation, directeur Qualité et Affaires Règlementaires du groupe Horiba) et Bertin Nahum (P-dg et fondateur de Medtech).

Jacquie Berthe : « Montpellier, c'est la chimie, la génomique, les maladies infectieuses, beaucoup de recherche, dont on ne parle pas assez. Au niveau national, il y a sept pôles santé et huit régions françaises référencées. Et on y est ! Montpellier a une très bonne recherche, comme Marseille. On a aussi un très bon système hospitalier. On est très fort au niveau du diagnostic, on est même un des pôles leaders au niveau européen. Il faut communiquer sur nos points forts, comme savent le faire Toulouse et Lyon. Nous avons beaucoup de richesses pour la recherche et il faut travailler à la convergence TIC-santé. »

Rodolphe Bourret : « Le CHU de Montpellier est le 7e établissement français en terme de volume : 13 000 personnes, 2 600 lits. Nous avons des missions de service public, sur la santé, sur l'enseignement et sur la recherche. Nous avons besoin de l'innovation pour améliorer notre qualité de soins. »

Christian Curel : « Dans nos métiers, on est en concurrence avec de gros acteurs mondiaux et notre seule manière d'exister est d'investir dans l'innovation. On se rend compte que les gens, sur le territoire, ne se connaissent pas vraiment... Il y a une certaine désorganisation notamment dans l'organisation d'événements. Il pourrait y avoir plus de synergies dans les filières et clusters. »

David Dronneau : « Sanofi est complètement intégré dans son territoire et nous travaillons depuis longtemps avec les universités. On recherche un tissu d'excellence. Un virage a été pris par l'industrie pharmaceutique : on ne parle plus seulement de médicament mais de solutions. Sanofi a besoin d'acteurs autour pour développer tous ces composants. Nous avons besoin d'interagir avec l'écosystème. »

Christine Fabresse : « Historiquement, les Caisses d'Epargne sont très actives dans le domaine de la santé. On est bien sûr très sélectifs. Nous soutenons l'innovation au travers de structures spécialisées : la filiale Midi Capital, avec la Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées, qui gère 21 fonds dont un spécialisé dans la santé, et la Soridec qui gère trois fonds. »

Sylvain Jacquemin : « Horiba s'est trouvé confronté à la problématique du rapprochement de groupe d'individus de fortes compétences à retrouver une nouvelle dynamique. Le LR essaie de se positionner sur le vieillissement. Il y a un besoin et nous allons essayer d'y répondre ensemble. Nous avons pris un très grand virage, en se rapprochant des forces en présence, notamment les cliniciens, supporté par les pôles de compétitivité et nous avons trouvé dans les universités une richesse insoupçonnée. Mais les entreprises de la région sont de petits acteurs. Il faut capitaliser, faire des choix et ne pas ouvrir trop de bases. »

Bertin Nahum : « D'une façon générale, les technologies médicales sont amenées à jouer un rôle majeur à l'avenir car répondent aux challenges de la médecine moderne, comme le vieillissement de la population, une exigence de la qualité de soin accrue, une pénurie de personnels de soin. Tous ces éléments concourent à rechercher de nouvelles solutions pour renforcer et fiabiliser les soins prodigués. L'enjeu, c'est comment réussir à faire un effet de levier face à nos compétences pour créer de l'activité et donc de l'emploi... Il faut rediriger une partie des moyens investis sous forme de subventions vers des moyens dédiés à soutenir la commande publique. »

Le bien être et le bien vieillir

La seconde table ronde avait pour thématique « L'innovation technologique au service du bien-être et du bien vieillir ». Autour de la table : Frédéric Couriol (président et directeur d'Altera Group), Matthieu Desplan (Directeur général délégué du groupe Fontalvie), Gérard Dupeyron (chef du service OPH du CHU de Nîmes et médecin-chef de l'Institut ARAMAV), Jean-Dominique Mouchard (Directeur de la Clinique du Millénaire à Montpellier et trésorier de la Fédération de l'hospitalisation privée), Emmanuel Mouton (P-dg de Synox Group), Alexis Normand (responsable Développement des activités santé chez Withings), et Gérard Peccoux (président de Callimedia).

Frédéric Couriol : « L'enjeu de l'objet connecté sous jacent, c'est de répondre à des usages reconnus et faciles d'utilisations pour le quotidien : pour le patient et pour le professionnel. Sur l'enjeu du bien-vieillir, la région est un territoire favorable pour les réponses en termes de e-santé, en créant de la valeur sur les entreprises et leurs solutions. »

Matthieu Desplan : « L'approche de la prévention santé approche est efficace en prévention secondaire ou tertiaire, mais elle l'est également en situation primaire : une personne non malade  qui entend mieux vieillir et changer son comportement, avant l'ennui de santé. Nous cherchons a permettre aux gens de vieillir en bonne santé, mais pas que : un salarié qui fait du sport régulièrement, augmente de 12 % sa productivité ; la prévention santé permet également de réduire les dépenses de santé. »

Gérard Dupeyron : « Le monde de la vision est souvent réduit à celui des lunettes. Hors la vision est liée au cerveau. Nous nous sommes lancés, grâce à une plateforme de réadaptation, dans un grand projet de recherche qui vise à faire des implants rétiniens. Pour développer des projets de cette envergure, il faut se tourner vers des opérateurs privés de financement. »

Jean-Dominique Mouchard : « Mieux vivre sa maladie est inévitable. Le numérique est inévitable. Mais comment pouvons nous faire avec ces inéluctabilités ? Nous devons trouver un modèle économique pour l'e-santé, les problématiques de financements sont réelles. La force de la région c'est que les secteurs privé et public collaborent assez facilement. »

Emmanuel Mouton : « Les objets connectés il y en aura des milliards dans tous les domaines : santé, énergie, industrie, etc. L'enjeu c'est la protection de la donnée, comment sécuriser les données et valoriser les informations. »

Alexis Normand : « Les outils d'auto-mesure se développent de façon explosive : des sociétés comme Google ou Apple propose des applications santé sur leurs smartphones. Ce qui est impressionnant de leur part, c'est d'avoir réussi à convaincre les utilisateurs et les acteurs de l'écosystème de la santé de partager des données médicales. Par ailleurs et c'est l'avantage, l'auto-mesure crée une prise de conscience chez l'utilisateur et donc cela facilite la prévention, la détection précoce d'une maladie, et la meilleure prise en charge. »

Gérard Peccoux : « Au niveau des médecins, 90 % environ des médecins sont connectés par smart phones  ou tablettes mais n'utilisent pas cet outil dans leurs pratiques quotidiennes. La diffusion des usages est donc lente, en retard : les patients sont plus à l'aise que les médecins sur les objets connectés. Le besoin d'accompagnement des médecins est réel : le rôle des médecins va changer. »

Le pouvoir de l'algorithme

C'est Laurent Alexandre, invité en qualité de grand témoin de ce Sommet économique de la santé, qui avait le dernier mot. Ce chirurgien et neurobiologiste  a fondé et dirige la société DNAvision, spécialisée dans le décodage personnalisé du génome, qui est aussi la plus importante plate-forme privée de séquençage ADN en Europe. Auteur d'un essai remarqué en 2011, intitulé La mort de la mort (Ed. JCLattès), où il recense les révolutions que va connaître l'humanité grâce aux progrès des biotechnologies, il est aussi le co-fondateur de Doctissimo.fr, site web pionnier de la santé digitale en France (revendu en 2008 au groupe Lagardère pour 139 M€).

Tout comme il l'avait écrit dans cet essai, Laurent Alexandre s'est fait à nouveau porteur de cet étrange message : « Le premier humain qui vivra 1 000 ans est probablement déjà né ».

Dans sa conférence, il souligne que « les objets connectés vont générer un déluge d'informations, ce qui remettra en cause le pouvoir médical... La puissance des serveurs informatiques est multipliée par 1 000 tous les 18 mois. Nous rentrons dans l'ère des systèmes experts : le pouvoir va aller chez l'algorithme ».

Il ajoute que dans le domaine médical, « entre le monde du big data et de l'innovation, et celui de l'administration, il va y avoir un énorme choc : d'ici à 2035, il faudra gérer le mélange entre l'intelligence biologique et l'intelligence artificielle ».

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Commentaires
a écrit le 03/12/2014 à 9:42 :
Qui seront ces nouveaux médecins? Quelles sont les compétences qu'on pourra attendre d'eux?
L'emmergence de l'auto-mesure (via des appareils connectés) ne nous obligera-t-elle pas à un moment à nous passer de ces outils pour retrouver notre sensibilité naturelle. N'es-ce pas à ces nouveaux médecins de faire ce cheminement pour pouvoir réellement soigner leurs patients?

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