BoB, la bouée qui observe la biodiversité autour des éoliennes flottantes

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La bouée BoB a été installée par la société montpelliéraine Ecocéan à 16 km au large de Leucate (11), sur le site de la future ferme-pilote d'Engie Green
La bouée BoB a été installée par la société montpelliéraine Ecocéan à 16 km au large de Leucate (11), sur le site de la future ferme-pilote d'Engie Green (Crédits : ECOCEAN / Remy Dubas)
La société montpelliéraine Ecocéan vient de mouiller, à 16 km au large de Leucate, une bouée d’observation de la biodiversité marine, sur le site même où sera installée une future ferme-pilote d'éoliennes offshore. Objectif : étudier les espèces susceptibles de se développer aux abords et sur les structures éoliennes.

Ecocéan a développé un savoir-faire dans la collecte et de l'élevage de post-larves pour une valorisation durable de la ressource marine et la conservation de la biodiversité des écosystèmes marins.

L'entreprise montpelliéraine, créée en 2002, explique que « cette technique est une alternative à la surpêche dans les pays en voie de développement et permet d'obtenir une source de revenu durable pour les populations littorales ».

Aujourd'hui, l'entreprise articule les applications de cette technique autour de quatre métiers : l'élevage raisonné, la restauration écologique, la vente d'engins de pêche et d'élevage, et le diagnostic.

Poissons, crabes, oursins...

Le 2 juin dernier, cette technique a trouvé une nouvelle application concrète : Ecocéan a installé sa nouvelle bouée d'observation de la biodiversité au large de Leucate (11). Baptisé BoB, ce capteur passif de biodiversité a pour vocation d'étudier les espèces susceptibles de se développer aux abords et sur les structures métalliques de la future ferme-pilote "Éoliennes Flottantes du Golfe du Lion" (EFGL) au large de Leucate et du Barcarès (quatre éoliennes de 6 MW), un projet porté par Engie, EDPR et la Banque des Territoires.

Les poissons côtiers, les poissons pélagiques, les invertébrés (crabes, oursins, crevettes ou mollusques), ainsi que la faune et la flore fixées seront étudiés pendant deux ans.

"La biodiversité de cet environnement très au large, en plein cœur du Parc Naturel Marin du Golfe du Lion, est trop peu connue et nécessite encore d'acquérir des connaissances, explique Gilles Lecaillon, fondateur et président d'Ecocéan. Cette bouée s'inscrit dans le programme ConnexStere, un projet plus global de connectivité entre les jeunes stades de poissons et d'invertébrés depuis le large jusque dans les lagunes, en passant par des zones de récifs artificiels et les marinas côtières. Cette étude, qui englobe des projets portés par plusieurs maîtres d'ouvrage, permettra de mieux comprendre les processus et la connectivité biologique entre les différents écosystèmes artificiels côtiers, et de voir s'il y a une différence de biodiversité avec ou sans structures au large... Il s'agit d'une 1e mondiale, à notre connaissance, notamment parce qu'il y a encore peu de projets d'éoliennes offshore."

Ainsi, d'autres dispositifs d'habitats ont-ils également été installés dans le port de Leucate et à l'intérieur d'une zone lagunaire (des BIOHUT®) par Ecocéan, ainsi que sur des récifs artificiels à deux ou trois kilomètres de la côte par l'Université de Perpignan.

Immersion de 9 m à 16 km au large

Ecocéan a fait dessiner et construire la bouée BoB par les partenaires du projet EFGL, les experts franco-américains de la société Principle Power Inc. (PPI) et la société Eiffage Métal (basée à Fos-sur-Mer), soit une bouée de près de quatre tonnes, haute de 15 mètres (dont 9 m immergés).

Les usagers de la mer, et en premier lieu les pêcheurs professionnels, ont été consultés pour réduire au minimum l'emprise de l'installation de la bouée BoB, qui a pu être mouillée sur le site prévu des éoliennes, à 16 km au large, à proximité de la bouée « LIDAR », déjà installée par EFGL pour mesurer la vitesse des vents.

Elle compte plusieurs habitats de formes variées, constitués d'acier et remplis de substrats (coquilles d'huîtres, bois...).

"Ils ont été placés à différentes profondeurs afin de favoriser l'installation et le développement d'espèces marines d'intérêt, explique Gilles Lecaillon. L'Université de Perpignan, notre partenaire scientifique via son Centre de recherche sur les écosystèmes marins, ainsi que la chaire Chorus de l'Université́ de Grenoble, qui réaliseront les suivis visuels et acoustiques sur la bouée offshore durant deux ans, à raison de quatre sorties en mer par an. France Énergies Marines y a également positionné des plaques en PVC dans le but de suivre et de comparer la colonisation marine de la zone avec les autres parcs éoliens français."

Prospection à Taiwan

Ce projet innovant de bouée, réalisé par Ecocéan dans des conditions industrielles réelles, nécessite un investissement de 140 000 € sur le volet ConnexStere. Outre des fonds propres d'Ecocéan, il a reçu le soutien financier d'EFGL et de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse.

L'ambition d'Ecocéan et des industriels qui l'ont accompagnée est de pouvoir proposer, lors des futurs appels d'offres pour des projets éoliens en mer en France ou à l'international, cette option qui permettra de renforcer les connaissances scientifiques des zones des futurs projets et d'apporter une plus-value environnementale innovante et favorable à la biodiversité marine.

"Notre objectif, à terme, est de déployer ce dispositif sur tous les parcs d'éoliennes offshore, car les opérateurs se poseront les mêmes questions partout, ambitionne Gilles Lecaillon. Cette expérimentation pourrait leur faire gagner du temps dans le développement de leurs parcs... Ainsi, début juillet, Ecocéan part à Taiwan, dans le cadre d'une mission organisée par Business France et le Pôle Mer Méditerranée, pour rencontrer les futurs maîtres d'ouvrage de 14 projets éoliens en mer prévus dans ce pays."

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Commentaires
a écrit le 17/06/2019 à 17:35 :
Difficile de se demander quelle innovation aura le minimum d'impact sur la biodiversité c'est bien pour cela que ces études sont indispensables. Par ailleurs on sait l'éolienne émet bruits et vibrations, ceux-ci peuvent ils avoir un impact sur la biodiversité maritime ? Quelle est la hauteur des hélices vis à vis du niveau de l'eau ?

Maintenant je suis persuadé que de réserver d'immenses zones à la production d'énergie via les off shore et marée motrice est de très loin la meilleure solution car énergie permanente et pouvant permettre de sauvegarder de nombreuses zones de pêches.

A étendre là ou les bateaux usines sont en train de tout ravager et avec notre espace maritime nous pourrions non seulement envahir le monde mais en plus du fait de l'avance que nous prendrions, envahir également ensuite les autres espaces maritimes.

C'est simple je ne vois toujours pas pourquoi cela n'a jamais été lancé si ce n'est pas un manque totale de capacité cérébrale ou bien comme d'habitude à cause de la soumission vis à vis d'un lobby comme celui de la pêche par exemple, à savoir un tout petit lobby de rien du tout qui quand même nous dicte sa loi tellement nos politiciens ne sont devenus plus que des pions pour eux manipulables selon le prix qu'on y met.

Bravo pour ce boulot et cet article. Heureusement que de temps en temps quand même on a un petit peu l'impression d'avancer...

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