Le rapport Duron juge la LGV Montpellier-Perpignan non prioritaire

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Le rapport Duron préconise le report de la LNMP, sous conditions, pas avant 2030
Le rapport Duron préconise le report de la LNMP, sous conditions, pas avant 2030 (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Le Conseil d'orientation des infrastructures, présidé par l'ex-député Philippe Duron et chargé de proposer une stratégie à l'État en matière d'infrastructures de transport, a remis, le 1er février, son rapport tant attendu. Celui-ci juge le projet de LGV Montpellier-Perpignan non prioritaire, et n'envisage pas sa mise en oeuvre avant 2030. La LGV Toulouse-Bordeaux semble mieux lotie.

Dans ce rapport publié et présenté à Paris, au ministère des Transports, le 1er février, le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) envisage d'abord trois scénarii de financement des infrastructures de transport, de facto plus ou moins favorables aux projets de LGV (dont Montpellier-Perpignan et Toulouse-Bordeaux) gelés par Emmanuel Macron en juillet 2017. Traditionnellement, ce financement est assuré par le budget de l'État et les recettes affectées à l'Agence de financement des infrastructures de France (AFIFT).

  • Dans un "scénario 1", le COI envisage que 48 Mds € en vingt ans soient affectés à l'AFIFT. S'il n'engage pas de nouvelles dépenses sur 2018-2020, il situe la dépense globale à 2,4 Mds € par an à partir de 2021, soit 25 % au-dessus des investissements réalisés entre 2012 et 2016. Le surcoût obligerait à prolonger le gel décrété par Emmanuel Macron pendant cinq à dix ans, ce qui repousserait la majorité des projets autour de 2050.
  • Un "scénario 2", bâti sur un effort financier plus soutenu, prévoit de réunir 60 Mds € en vingt ans, soit 3 Mds € par an (55 % au-dessus de la trajectoire 2012-2016). La priorité serait donnée aux "mobilités du quotidien" (TET-Intercités, TER) pendant dix ans, et permettrait d'avancer les premières phases de grands projets de LGV.
  • Un "scénario 3", conçu pour répondre aux souhaits des collectivités territoriales d'accélérer la réalisation des LGV, mobiliserait 80 Mds € en vingt ans, ce qui suppose de doubler la dépense de la trajectoire 2012-2016. Il permettrait d'engager au plus tôt la réalisation des grands projets.

La LNMP repoussée aux calendes grecques

Sur la base de ces hypothèses de financement, le COI juge le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) non prioritaire : "La commission classe le projet parmi les secondes priorités, quel que soit le scénario considéré".

"Les risques de saturation et de conflit d'usage qui constituent le fait générateur de la réalisation du projet ne devraient pas justifier son engagement avant 2030", précise le rapport.

Le chiffrage de deux tronçons constituant la LNMP, soit Montpellier-Béziers (950 M€) et Béziers-Perpignan (1,9 Md€), permet de situer, dans chacun des scénarri, la date à laquelle ils pourraient être décalés.

Ainsi, les travaux pour le tronçon Montpellier-Béziers seraient décalés à la période 2033-2037 dans le scénario 1, en 2028-2032 dans le scénario 2, et à la fin de la période 2023-2027 dans le scénario 3.

D'un autre côté, le chantier de la section Béziers-Perpignan ne démarrerait qu'après 2037 dans le scénario 1, en 2033-2037 dans le scénario 2, et en 2028-2032 dans le dernier scénario.

Toulouse-Bordeaux moins mal lotie

Le COI revient, d'une page, sur l'histoire mouvementée du dossier LNMP, et notamment sur les engagements pris par les gouvernements antérieurs : il est rappelé que la Commission Mobilité 21, saisie de ce même sujet en 2013 par le gouvernement Ayrault, avait demandé la mise en place d'un observatoire de la saturation sur l'axe Montpellier-Perpignan. Celui-ci avait constaté un degré de saturation avérée sur le tronçon Montpellier-Béziers, justifiant selon lui un engagement plus rapide de ce chantier-ci.

Le COI évoque plutôt la mise en oeuvre, sur ce tronçon, de "mesures de domestication" pendant les périodes où la saturation est la plus forte. Ces mesures consistent à faire rouler sur une ligne, pour une durée déterminée, tous les trains (TGV, TER, fret, etc.) à la même vitesse.

"De façon générale, il semble nécessaire que l'urgence de sa réalisation soit mieux mise en évidence. Dans tous les cas cette réalisation n'a pas vocation à être envisagée avant la période 2028-2032."

Dans le rapport remis par le COI, d'autres dossiers, avec celui de la LNMP, sont jugés non prioritaires : la LGV Rhin-Rhône, la LGV Bordeaux-Dax, les lignes nouvelles Ouest-Bretagne-Pays de Loire, ou encore l'A45 entre Lyon et Saint-Étienne. Pour sa part, la LGV Bordeaux-Toulouse semble mieux lotie, selon l'analyse de nos confrères de La Tribune Toulouse.

Objectif Languedoc-Roussillon reviendra sous peu sur les réactions des élus et des filières professionnelles concernées par la LNMP, et qui ne devraient pas manquer suite à la remise de ce rapport.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2018 à 15:38 :
Un bon rapport franco-français ... mieux vaut rester frileux dans l'hexagone que de prendre froid en Europe ? il est vrai qu'il s'agit du seul budget français et que prévoir l'avenir en extrapolant le passé est bien plus confortable.
a écrit le 01/02/2018 à 16:55 :
Petit ou gros bémol ; car il ne s'agit pas d'une ligne nouvelle TGV Montpellier/Perpignan mais de faire une liaison ferroviaire à grande vitesse avec L'Espagne qui a déjà construit la voie Barcelone / frontière française .
Mais les catalans peuvent aussi la financer pour se rapprocher par exemple de Bruxelles .
Réponse de le 02/02/2018 à 8:19 :
A mon sens la lgv Montpellier-Perpignan est prioritaire si l'on a la moindre ambition politique européenne. Visiblement cela n'est pas le cas. Il a été avéré que le TGV Toulouse Paris ne serait pas rentable et qui plus est, incapable de s'aligner en terme de prix du billet sur l'avion étant donné le haut niveau d'activité de l'aéroport de Toulouse. Ceci étant ce tronçon MTP-Perpignan ne devrait il pas être financé par l'UE et pas par la France (ou marginalement) dans la mesure où son intérêt est avant tout européen... et pas régional ?

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