Aéroport : Anne-Marie Idrac veut attirer les touristes chinois à Toulouse

Pour la première fois, Anne-Marie Idrac s'exprime sur sa stratégie pour développer l'aéroport de Toulouse et sur son rôle de "facilitatrice" entre les Toulousains et les Chinois. L'ancienne ministre des Transports, ex-patronne de la SNCF et spécialiste des relations internationales, a été élue le 5 mai 2015 à la tête du Conseil de surveillance de la société de gestion ATB, sur proposition de l'actionnaire chinois.
Anne-Marie Idrac, présidente du Conseil de surveillance de l'aéroport de Toulouse
Anne-Marie Idrac, présidente du Conseil de surveillance de l'aéroport de Toulouse (Crédits : Rémi Benoit)

Depuis le 5 mai, vous avez rencontré de nombreux élus locaux à Toulouse. Que retenez-vous de ces échanges ?
Un point m'a frappée particulièrement : même dans les milieux bien informés de la politique, de l'administration et du business, les gens n'ont pas forcement très bien compris ce qu'il s'est passé avec l'arrivée de Casil Europe. Certains croient encore que l'État a vendu les terrains de l'aéroport, ce qui n'est absolument pas le cas. Il ne s'agit pas d'une "privatisation" car les terrains (pistes, tour de contrôles, infrastructures), qui représentent quand même l'essentiel de l'aéroport, appartiennent à l'État. Ce dernier a vendu 49,9 % du capital de la société exploitante. Ce n'est pas pareil.

L'État a vendu ses 49,9 % au prix record de 308 millions d'euros, c'est une bonne nouvelle ?
En tant que contribuables, nous devrions nous réjouir qu'autant d'argent rentre dans les caisses de l'État. L'État a réalisé une belle opération donc, oui, c'est une bonne nouvelle.

Vous ne représentez pas l'exécutif (le président du directoire est Jean-Michel Vernhes). Comment définissez-vous votre rôle ?
Je n'ai pas de fonction opérationnelle. Mon travail est en quelque sorte celui d'un animateur, d'un traducteur, entre le public et le privé, entre les Chinois et les Toulousains. J'aime bien - et je pense que c'est pour cela qu'on m'a choisie - faire travailler les gens ensemble et tirer tout le monde vers le haut. Par ailleurs, je passe beaucoup de temps à rencontrer les collaborateurs de l'aéroport, dont on a peu parlé et qui eux aussi se posent des questions.

Avez-vous été choisie pour apaiser les tensions suscitées par la privatisation partielle de l'aéroport ?
Je n'ai senti aucune tension. Il y a des questions, pas des tensions.

La discrétion des actionnaires chinois à Toulouse, qui n'ont jamais pris la parole en public ou donné de conférence de presse, a alimenté les rumeurs sur l'opacité de l'opération. Pourquoi ne communiquent-t-ils pas ?
Les Chinois ont rencontré le personnel et les élus. Ils ne vont pas claironner sur la place du Capitole. Je n'ai pas à juger leur politique de communication mais il y a une chose à savoir : une privatisation est une opération dans laquelle il y a une cession de capital. Cela ne se fait pas en public car il y a des concurrents et un cahier des charges établi par l'État. Tout cela est calé, réglé, normé. Il y a de l'argent en jeu, on ne ballade pas le dossier sur la place publique.

Est-ce pour la même raison que le pacte d'actionnaires est tenu secret ?
La polémique sur le pacte d'actionnaires est une polémique stérile. On dirait que lorsqu'on parle d'un pacte, on signe avec le diable ! Le pacte sert à donner une orientation, une ligne de conduite, une stabilité, dans les entreprises où il n'y a pas de majorité, ce qui est le cas d'ATB. C'est un mode d'emploi. La polémique autour du pacte d'actionnaires révèle la méconnaissance sur la façon dont les choses se passent. En même temps, cela est normal puisque c'est la première fois que cela arrive en France.

La possible rétrocession de 16 % du capital de Casil Europe est-elle toujours d'actualité ?
C'est une promesse de Casil et ils ont l'intention d'honorer leurs promesses. Je précise qu'il s'agit bien du capital de Casil, pas du capital de l'aéroport. J'ai dépensé beaucoup de salive pour l'expliquer.

L'objectif de 18 millions de passagers d'ici à 2046 est-il tenable ?
Le trafic ne se décide pas dans un bureau. Ce sont des hypothèses. En revanche, on peut décider comment générer du trafic et où l'on place l'effort commercial. Il y a deux axes de travail. Le premier est d'accentuer la croissance du trafic international en misant sur le trafic entrant. À ce titre, je suis très "focus" sur les questions de tourisme. Pour faire venir des passagers lointains, autrement dit Chinois, il faut vraiment travailler avec des tours opérateurs et les professionnels du tourisme. Le deuxième axe de travail est d'accentuer la croissance des recettes de commerce, sans doute en retravaillant sur l'attractivité des espaces commerciaux.

Paris est-elle la principale concurrente de Toulouse pour attirer les touristes chinois ?
Paris représente 95 % du tourisme asiatique, une proportion considérable. Il y a aussi une compétition importante entre les principales métropoles européennes. Toulouse est aussi en compétition avec Bordeaux, Lyon, Barcelone... L'objectif des équipes commerciales à Toulouse est donc de faire venir des lignes nouvelles, d'abord l'été, puis plus régulièrement. Il y a également un travail de segmentation de la clientèle : congrès, familles, affaires... Certains passagers viennent d'Agen ou Carcassonne. Tout cela est à prendre en compte et nous travaillons avec le CRT, l'Office du tourisme de Toulouse et le Comité départemental du tourisme.

Le président du Département de Haute-Garonne souhaite que les collectivités rachètent les 10,1 % de l'État, est-ce une bonne idée ?
Je ne ferai pas de commentaire, étant donné que l'État n'est pas vendeur des 10,1% qui restent en sa possession.

Comment réagissez-vous à la "disparition" de l'actionnaire chinois Mike Poon, président de Casil Europe ?
Je ne sais pas où est Mike Poon mais, à vrai dire, cela ne m'importe pas tellement. Il est président de Calc et c'est de ce poste qu'il a démissionné. Calc est un loueur d'avion qui n'a rien à voir avec l'aéroport et avec qui je n'ai pas de relations d'affaires. Mes relations avec M. Poon se limitent au conseil de surveillance, et il n'y en a pas avant septembre.

Pourquoi les Chinois s'intéressent à Toulouse ?
C'est pour l'image de Toulouse, "ville de l'aéronautique". C'est un drapeau, une fierté. Cela tient davantage de l'ordre de l'affirmation industrielle, que du financier. Ce qui est sûr, c'est que c'est du long terme.

Êtes-vous souvent à Toulouse ?
Pour la période de démarrage oui, je suis souvent à Toulouse, notamment pour rencontrer le personnel. Il y a également une actualité riche. J'étais le 23 juin à la Métropole pour la présentation du schéma économique, je serai la semaine prochaine à l'assemblée générale de la Chambre de commerce et d'industrie. Et puis, il y a un gros événement les 1 et 2 juillet avec le sommet économique franco-chinois organisé par le Comité France Chine. Je viendrai peut-être moins par la suite.

Vous avez été ministre des Transports, la première femme à la tête de la SNCF et de la RATP, est-ce symbolique pour vous ?
Je suis de la génération qui a été marquée par les premières conquêtes féministes avec Christine Ockrent, Françoise, Giroud, Simone Veil, que j'ai la chance de connaître personnellement. J'évolue dans un milieu assez masculin et j'ai conscience que je fais figure d'"image", c'est une responsabilité pour moi.

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Commentaire 1
à écrit le 27/06/2015 à 18:22
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Enfin de la stratégie aéronautique …dommage qu’elle soit chinoise ! Pour faire court : Air France qui était largement majoritaire au moment de son alliance avec KLM est maintenant minoritaire parce que les taxes d’aéroport de Paris sont anormalement...

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