Référendum en Catalogne : les patrons retiennent leur souffle

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(Crédits : © Albert Gea / Reuters)
Alors que les séparatistes assurent qu’ils organiseront dimanche 1er octobre un référendum d’autodétermination, non autorisé par Madrid, les chefs d'entreprise catalans appellent au dialogue.

"Cela fait quarante ans que je vis ici, je n'ai jamais vu cela", répète avec une certaine inquiétude Philippe Saman, directeur de la Chambre de Commerce française à Barcelone. Dans son bureau avec vue sur l'emblématique Place Catalunya, il ne pensait pas que la situation pouvait en arriver jusque là. "C'est à se demander s'il y a une réelle envie politique de dialogue", regrette-t-il.

Les indépendantistes catalans, forts de leur victoire aux dernières élections régionales de septembre 2015, défient Madrid et comptent bien organiser le référendum promis à leurs électeurs mais interdit par la justice espagnole. Si le oui gagne, dimanche 1er octobre, ils assurent qu'ils déclareront l'indépendance et entreprendront les démarches pour se séparer de l'Espagne.

Insécurité juridique et incertitudes

La Catalogne, qui représente 16 % de la population espagnole, 20 % du PIB et 30 % des exportations, est un véritable moteur économique, affichant une croissance de 2,5%. Alors que la commission européenne a expliqué à plusieurs reprises qu'une Catalogne indépendante sortirait de facto de l'UE, Philippe Saman n'y crois pas trop.

"Personne n'y aurait intérêt, pour le poids économique de la région, mais aussi parce que c'est une zone de passage", juge-t-il.

Mais le monde de l'entreprise n'aime pas les situations d'instabilité politique.

"L'insécurité juridique effraie les décideurs, explique Manuel Rossillo, président du syndicat de patrons AEBALL. Ce référendum non négocié et sans garanties démocratiques n'est pas une solution."

Les entreprises ont-elles tout de même un plan B en cas de déclaration d'indépendance? "Les grandes entreprises ont un plan B et même un plan C et D pour tout type d'éventualité, assure Manuel Rossillo, mais le problème se posera pour les PME".

Vers "un nouveau pays" ?

Lluis Baró, chef d'une entreprise de construction avec 12 employés, n'est pas de cet avis. Indépendantiste depuis son adolescence, il pense qu'une séparation de l'Espagne serait bénéfique aux petites entreprises.

"Si nous construisons un nouveau pays, il y aura beaucoup de nouveaux bâtiments officiels ou sièges d'entreprises à créer et je pourrai les construire, confie-t-il. Nous pourrons aussi développer nos infrastructures pour faciliter les échanges commerciaux alors que l'État espagnol privilégie d'autres régions."

En attendant le dénouement de ce référendum interdit, la plupart des chefs d'entreprises et investisseurs suspendent leurs décisions les plus importantes. "Les entreprises attendent, réfléchissent, constate Philippe Saman. Il faut maintenant que les politiques, qui nous ont menés là, prennent leurs responsabilités."

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Commentaires
a écrit le 30/09/2017 à 9:49 :
Tout cela est très maladroit (des deux côtés), surtout si de ce que j'ai compris, la majorité des Catalans veulent rester Espagnols et que c'est surtout l'aspect culturel qui semble prépondérant.

L’inconvénient de la méthode est d'exacerber les rivalités, alors que des aménagements et une meilleure communication de la part du gouvernement Espagnol auraient été plus productifs. Même si la loi est de son côté, il ne sert à rien d'aller à la confrontation et de traiter des représentants démocratiquement élus comme des délinquants.

Heureusement on n'est plus sous le régime militaro-franquiste et comme dans toute démocratie qui se respecte, le dialogue et quelques concessions de reconnaissance devraient permettre de sortir de la crise.
a écrit le 30/09/2017 à 9:48 :
Indépendamment de leur volonté de devenir indépendant sur laquelle il y a beaucoup à dire, les Catalans devraient avoir en mémoire le déménagement des sièges de pas mal d'entreprises de Montréal à Toronto lors des référendums sur l'indépendance du Québec. Ex: BMO (banque de Montréal) dont le siège est maintenant à Toronto
a écrit le 30/09/2017 à 8:03 :
Pour comprendre ce qui se passe à Barcelone, il faut connaître un minimum d'histoire de cette ancienne principauté.
Tout comme la France, la péninsule ibérique n'a trouvé son unité politique et territoriale que tardivement au courant du XVIII° siècle. Elle a vécu jusqu'alors comme un assemblage de confettis où la Catalogne n'a été qu'une des rares principautés en marge de deux royaumes espagnols avant de se fondre dans un royaume unifié. C'est en somme très schématiquement et grossièrement la lente transformation qui s'est produite dans la plupart des Etats européens.
Le royaume unifié de l'Espagne d'aujourd'hui a conservé les anciennes délimitations des confettis d'hier sous la forme de provinces en diluant le pouvoir central dans une large autonomie qui leur a été laissée.
Le cas de la Catalogne n'est pas très différent de celui des autres provinces, Andalousie, Castille, Navarre, Pays Basque espagnol et autres. La différence est qu'une Catalogne dynamique a accumulé des richesses et une démographie que d'autres provinces n'ont pas atteintes tandis que l'identité purement nationale espagnole manque de force et d'entrain.
C'est la principale raison qui motive sa demande d'indépendance. Une autre raison importante est que le pouvoir central ne respecte pas ses engagements. C'est un mal propre au pouvoir central de Madrid qui remonte loin dans l'histoire de ne pas respecter ses engagements vis à vis des provinces.

Pour autant, la solution aux problèmes de la Catalogne et à ses envies ne peut pas se trouver dans l'indépendance. Elle y retrouverait un état de confetti insignifiant et verrait sa santé économique péricliter tandis que les frontières se fermeraient. Si son appartenance au royaume d'Espagne était remise en cause, ce serait aussi son appartenance à l'Union européenne qui serait menacée. De facto, son indépendance supprimerait toutes les libertés et facilités de déplacement et de commerce qui lui ont apporté sa bonne santé et son expansion. L'Espagne y veillerait ainsi que d'autres peut être . Elle n'arriverait pas à se construire un avenir tel que celui de la république vénitienne.
De leur côté, face à cette perspective d'avenir, les Autorités françaises rendraient tout échange impossible sinon très difficile dans la crainte d'un précédent qu'invoqueraient d'anciennes provinces françaises.

Mais d'un autre côté les coups de force autoritaires de Madrid sont tout aussi contre-productifs.
Il suffirait peut être d'une large information sur la perte de son appartenance à la communauté espagnole et européenne, de ses désavantages et des dangers de fermeture des frontières pour convaincre les catalans d'un scénario catastrophe qu'entraînerait leur indépendance.
Quant au problème d'appartenance à l'UE, c'est une question très différente qui ne pourrait être traitée et fouillée à fond que distinctement.
a écrit le 29/09/2017 à 10:23 :
P.S.: Quand je dis qu'il faut sortir de l'UE pour se sortir de l'impasse néolibérale voila t'il pas qu'en angletterre, après une série de bonnes nouvelles pour les anglais depuis le brexit, maintenant les loyers baissent enfin à Londres !

"http://www.latribune.fr/depeches/reuters/KCN1C40Q8/premiere-baisse-en-huit-ans-des-prix-des-logements-a-londres.html"

Vite un frexit !
a écrit le 29/09/2017 à 10:02 :
Dommage que l'on est pas des décideurs politiques aussi courageux dans notre nouvelle aquitaine, parce que sortir de cette UE, ce que compte bien faire les catalans en sortant de l'espagne, c'est la seule sortie de secours qu'il reste de se libérer de cette prison technocratique néolibérale.

Et au lieu de se remettre en question, l'oligarchie ne se remet jamais en question, ben oui c'est pour ça qu'elle est si mal en point, l'UE va leur envoyer les chars comme préconisait rocard contre le peuple grec saigné à blanc par les autorités européennes.
Réponse de le 30/09/2017 à 0:33 :
Tout faux. La Catalogne veux sortir de l'Espagne, mais pour rester dans l'UE...
Pour avoir posé la question à un Catalan, il ne voyait que les défauts du gouvernement centrale (surement lié à de vielle rancœur sous Franco), sans voir que Bruxelles ne leur sera que plus éloigné, et pas plus conciliant (effectivement, voir ce qui s'est passé avec les Grecs).
C'est un triste combat, où (leur) victoire sera une grande défaite démocratique.

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