Gare TGV de Montpellier : Saurel et Lachaud taclent la SNCF

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(Crédits : SNCF Réseau)
Après des propos de Guillaume Pépy, patron de la SNCF, refusant toute responsabilité dans la mise en route chaotique de la gare TGV de Montpellier, Philippe Saurel et Yvan Lachaud, présidents de la Métropole de Montpellier et de l'Agglo de Nîmes, ont vivement réagi. Pour eux, la SNCF ne pouvait ignorer les difficultés à venir du fait de son implication dans le dossier du contournement Nîmes-Montpellier depuis 2012.

Réagissant à la mise en route chaotique de la gare TGV Montpellier Sud de France et à la couverture médiatique désastreuse qu'elle suscite, Guillaume Pépy, président de la SNCF, a déclaré au micro de RMC, le 21 septembre, que la responsabilité en incombe à l'État et aux collectivités partenaires de ce dossier signé en 2012, et a refusé que son entreprise soit déclarée responsable de la situation actuelle.

Le double jeu de Guillaume Pépy ?

Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la Métropole, a réagi à son tour, le 23 septembre, affirmant qu'il doit aujourd'hui agir "pour éponger la pleutrerie des autres", et accusant Guillaume Pépy de ne pas dire toute la vérité dans ce dossier. Selon lui, les difficultés autour de la gare TGV de Montpellier, qui se situe sur le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier (CNM), renvoient à un autre chantier, la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), dont la réalisation est en cours de discussion.

"Je pense que Guillaume Pépy était plus ou moins d'accord avec la LNMP car en réalité, la SNCF la craint : avec cette nouvelle ligne TGV, nous allons ouvrir de nouveaux sillons ferroviaires et Guillaume Pépy pense à l'agenda de mise en concurrence avec les sociétés ferroviaires. La LNMP sera un appel d'air pour les opérateurs étrangers qui voudront les utiliser, comme les autorise la législation européenne, et comme on le voit aujourd'hui sur la ligne Madrid-Montpellier", affirme Philippe Saurel.

De plus, Philippe Saurel rappelle que la SNCF ne pouvait rien ignorer du dossier du CNM, qui inclut l'actuelle gare TGV de Montpellier, et la future gare TGV de Manduel (30), près de Nîmes : il rappelle que RFF - aujourd'hui SNCF Réseau - était maître d'ouvrage du CNM. De même, sur le sujet des difficultés d'accès et de stationnement à la gare TGV de Montpellier, Philippe Saurel rappelle que le parking mis en fonction en juillet "a été demandé par la SNCF", et que le futur parking P2 en cours de construction est également une opération engagée à la demande de la SNCF.

De son côté, Yvan Lachaud, président de Nîmes Métropole Agglomération, a réagi aux propos de Guillaume Pépy, l'accusant également de "défausser les responsabilités de la SNCF, pourtant à l'origine de ce projet soutenu par tous les gouvernements depuis 1994, sur celui de 2012 et les élus locaux". Il lui reproche notamment d'avoir douté de vive voix, sur RMC, de la réalisation de nouvelles LGV à l'avenir, dont la LNMP.

"Les gares de Montpellier et de Nîmes, sont en effet, les conséquences directes de la volonté de la SNCF mise en oeuvre dès 2003, de contourner Nîmes et Montpellier dans le cadre d'une ligne voyageurs à grande vitesse à vocation européenne. Cette vocation européenne semble désormais avoir disparu avec la remise en cause de la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan. Toutes les difficultés qui seront rencontrées à l'avenir, le seront du fait de cette décision calamiteuse que défend aujourd'hui Guillaume Pépy. Car sans gare Nîmes Pont du Gard, on voit bien les difficultés à Montpellier la Mogère. Mais sans gare à Montpellier, ce contournement à grande vitesse pour lequel l'Etat, l'Europe et les collectivités ont engagé plus de 2 milliards d'€, devient strictement inutile", écrit-il dans un communiqué publié le 20 septembre.

Opérations d'urgence

Autre pique lancée par les deux élus locaux à la SNCF, mais aussi à l'État : la gestion hésitante du dossier de la LNMP et ses impacts sur le réseau ferroviaire espagnol. En effet, l'État espagnol a réalisé la LGV entre Perpignan et Barcelone en 2013, alors que les engagements de la France autour de la LNMP, qui relierait l'Espagne au reste du réseau à grande vitesse européen, n'ont pas été tenus, entraînant la faillite de l'opérateur TP Ferro en 2016.

"Guillaume Pépy dit qu'il n'y aura plus de LGV "moi vivant", mais la LNMP résulte d'un accord entre la France et l'Espagne, pour lequel des entreprises ont investi, même si l'une d'entre elles a fait faillite. (En raison du retard accumulé, NDLR) La France doit aujourd'hui payer des amendes, et les représentants espagnols ont déjà exprimé leur désarroi face à la pleutrerie des gouvernements français successifs", cingle Philippe Saurel.

"Il est désormais temps pour la SNCF d'assumer ses responsabilités, et de terminer les 200 km de voie qui manquent pour accomplir la ligne européenne qui reliera Séville à Londres et Bruxelles. Je n'évoquerai même pas la honte que cela représente vis-à-vis de nos partenaires européens, qui eux, ont réalisé leurs lignes à grande vitesse de bout en bout", rajoute Yvan Lachaud.

S'exprimant aussi sur les difficultés autour de la gare TGV de Montpellier, Philippe Saurel a expliqué qu'elles sont liées à l'arrivée simultanée de deux Ouigo, qui déversent de 800 à 1 000 passagers par jour sur les quais. De même, la circulation et le stationnement autour de la gare, selon l'édile, sont impactés par un dépose-minute (géré par Effia) mal positionné, et par l'absence du parking P2.

Face à ce constat, Philippe Saurel annonce deux types de mesures :

  • il rappelle que, depuis 2014, ont été lancées les études pour l'extension de la ligne 1 du tramway (prochainement votées en conseil métropolitain) et la réalisation de deux ponts, et que l'élargissement de la passerelle à sens unique, enjambant l'A709, vient d'être confié à ASF.
  • de façon plus urgente, il annonce que les deux Ouigo vont être espacés de plusieurs heures, qu'une nouvelle zone de dépose-minute va être créée au nord de la gare, ainsi qu'une aire de retournement des navettes. Enfin, il promet le passage du pont à deux fois une voie, "avec 1,4 m de trottoir pour les personnes à mobilité réduite".

Si bien que, Philippe Saurel l'affirme, "la fluidité de circulation aux abords de la gare sera assurée d'ici Noël". Suite au prochain épisode.

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Commentaires
a écrit le 25/09/2018 à 10:35 :
Pour avoir suivi de poprès ce dossier, je confirme entièrement les propos d'Yvan LACHAUD et de Philippe SAUREL. La SNCF a été incapable de présenter et de soutenir durant toutes ces années un plan de charge cohérent. Et que dire du comportement exécrable du constructeur OC'VIA dans le Gard, à l'inverse du Groupe VINCI dans l'Hérault, vis-à-vis des personnes qui se trouvaient concernées par le projet (expropriées). On reprochera à Yvan LACHAUD et à Philippe SAUREL d'avoir fait la sourde oreilles aux nombreuses associations qui les ont mis en garde dès l'origine sur l'incohérence du projet (deux maxi-gares à moins de 50 kilomètres). Reconnaissons que dès son arrivée le doute s'est introduit dans l'esprit de Madame DELGA (états régionaux du rail). Seulement les politiques ont besoin de "prestige" pour exister et les choses sont allées tranquillement dans le mur. C'est encore une fois un énorme gâchis.

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