FSI 2019 : casser les frontières pour faire naître la santé du futur

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Le FSI 2019 a attiré 200 participants au Corum de Montpellier
Le FSI 2019 a attiré 200 participants au Corum de Montpellier (Crédits : Guilhem Canal)
La nouvelle édition du Forum Santé Innovation, organisée par La Tribune le 9 avril en présence de 200 participants, a permis de zoomer sur les nouvelles tendances de l'innovation santé en Occitanie, et sur les conditions pour que cette transformation réussisse en lien avec les patients. Un nécessaire questionnement éthique accompagne cette évolution, comme l'a observé le généticien Axel Kahn en clôture de l'événement.

Lors de la première table-ronde du Forum Santé Innovation (animé par Gérald Kierzek), les échanges ont porté sur "L'Occitanie, acteur majeur de la santé" et les moyens de renforcer cette position : s'il est vrai qu'en potentiel de publications scientifiques, l'Occitanie figure juste derrière Paris, elle a su progresser sur d'autres indicateurs. L'un d'eux, selon Michel Mondain (professeur ORL - CHU Montpellier et Doyen - UFR Montpellier-Nîmes), est la prise en compte de l'interdisciplinarité : "Le professionnel de santé du futur est celui qui évolue, aussi est-il important de mettre en place de nouveaux formats de formation initiale et continue au sein des facultés de médecine, devenues elles-mêmes des facultés de santé, pour mieux s'inscrire dans ce mouvement", estime-t-il. Ce que confirme Nicolas Best (directeur Général - CHU de Nîmes) : "Si la première mission d'un hôpital est d'organiser les soins, il doit rester assez agile pour organiser ses équipes dans le sens de l'interdisciplinarité, et en lien avec les industriels produisant des dispositifs médicaux implantables en Occitanie".

"L'objectif de notre chaire est de regrouper des professionnels d'horizons divers pour casser les frontières, aider à l'innovation dans la médecine mais aussi dans la recherche et dans l'enseignement, et donc faire émerger l'interdisciplinarité", confirme Antoine Avignon (professeur de nutrition - CHU Montpellier, président de la Chaire e-santé Montpellier, autre spécificité régionale.

Autre docteur promouvant l'innovation, Christian Jorgensen (directeur unité - INSERM Montpellier) justifie son implication dans le bio-incubateur Cyborg par la nécessité de bâtir un lien avec les start-ups : "Cet incubateur a attiré des start-ups allemandes ou suisses : elles développent leurs produits, en ayant notamment accès au plateau de recherche, et en retour, elles stimulent notre recherche en interne."

"En plus de l'interdisciplinarité, il existe aussi un enjeu de co-construction intergénérationnelle de l'innovation santé. Le vieillissement, c'est aussi un parcours de vie, mêlé à un parcours de soins. Qu'elle se traduise par l'utilisation de podomètres, de verres ou de cannes connectés, l'innovation doit d'abord accompagner le bien-vieillir mais aussi le bien-vivre. Quelle qu'elle soit, le point central reste l'humain. Il ne faut pas perdre le face à face avec le médecin, et continuer à créer des liens à travers les réseaux de proximité", insiste la sociologue Mélissa Petit, CEO du cabinet Mixing Generations, lors d'une keynote.

L'écosystème, une notion essentielle

Dans la 2e table-ronde, centrée sur les nouvelles dynamiques d'innovation technologique dans la filière, Alexandra Auffret (directrice des Affaires scientifiques et médicales - Institut du Cerveau et de la Moelle épinière) insiste sur la notion d'écosystème, "essentielle pour que les gens puissent se parler" : "Nous avons conçu un living lab, piloté non par par un médecin mais par un ingénieur, destiné à recueillir les propositions des patients eux-mêmes, et des professionnels qui les suivent, afin d'aboutir à un nouveau modèle d'innovation et de déterminer si elle est commercialisable". À la condition de ne négliger aucune piste, comme le fait observer Eric Baccino (chef de service médecine légale - CHU Montpellier), qui regrette que sa discipline ne soit pas mieux exploitée : "Aucun laboratoire ne fait de recherche en médecine légale dans le monde, or celui qui se lancera aura des possibilités d'impact mondial assez rapidement : pour cela, nous aurions simplement besoin de petits laboratoires, de quatre à cinq personnes, créés sur des thématiques spécifiques".

L'innovation santé se diffuse aussi par le biais des start-ups régionales, comme Surgimab (composés fluorescents pour la visualisation des tumeurs en temps réel) : cette dernière va lancer un essai de phase 3 auprès de 300 patients... mais à l'international, et non en France. Sa présidente Françoise Cailler regrette l'existence de freins réglementaires imposés par les tutelles, et ajoute : "Nous avons du lever, depuis 2001, quelque 20 M€ pour en arriver là, or ce sont des sommes impossibles à réunir sur fonds publics en France". Pour accompagner davantage de pépites, la Fondation Saint-Pierre a créé, en 2018, un Grand Prix national de la Santé de l'Enfant, ouvert auprès de toutes les French Tech en France : "Deux start-ups, créatrices d'alèses et de patches connectés, ont été lauréates et nous allons les accompagner sur trois ans, explique la déléguée générale Marie-Anne Sportes. Pour l'édition 2020, nous partirons sur un autre angle pédiatrique". Mais l'innovation santé intéresse aussi de grands groupes, évoluant historiquement sur d'autres métiers, à l'image de Suez.

"Comme tous les groupes, nous avons été touchés par la digitalisation, qui nous permet une gestion en temps réel des réseaux d'eau et d'assainissement : alors que nous étions jusqu'alors tournés vers l'interne, vers notre propre productivité, cette évolution nous permet de toucher l'externe et de partager ces données. Par exemple, notre compteur intelligent permet d'identifier des profils de consommation, qui sont de bons traceurs de l'activité humaine. En les modélisant, on peut repérer les comportements anormaux, comme des attitudes à risque chez les séniors en situation isolée", décrit Maximilien Pellegrini (directeur général délégué Eau France -Suez).

L'émergence de nouveaux paradigmes

Sur la dernière table-ronde dédiée à l'avenir du système de santé français, les participants ont analysé les facteurs qui poussent à sa transformation, tels que l'émergence du patient-expert : "Grâce aux réseaux sociaux et aux forums, le patient est de plus en plus expert, pertinent, aussi est-il urgent que le système de santé l'entende et lui permette de reprendre la main sur son parcours de vie, de sorte que ce parcours de vie ne se limite pas à un parcours de soins", propose Corinne Devos (vice-présidente et patiente-experte - Afa Crohn RCH France). Autre facteur : l'innovation managériale, comme en témoigne Robert Rocheblave, directeur d'EHPAD (Korian) : "Il se produit un changement de paradigme dans les maisons de retraite, qui sont passées d'une organisation quasi fordiste à une structuration comme projets de vie, en lien avec les besoins des patients, ce qui implique aussi d'intégrer de nouvelles compétences pour continuer à évoluer."

Selon les intervenants, cette transformation ne sera réussie qu'en réunissant certaines conditions, comme l'acceptation de l'évaluation, selon Lamine Gharbi (président - Fédération de l'Hospitalisation Privée) : "L'époque de la chirurgie triomphante est finie, car le patient est informé, et nos établissements eux-mêmes pratiquent la tarification à la qualité, en étant jugés sur pas moins de 150 items : je rêve d'un établissement qui pourrait publier son scoring sur cette base, car c'est ainsi qu'on progresse". Ou encore la volonté de corriger les dérives du système, qu'observe un jeune professionnel de santé, Martial Jardel (interne en médecine générale - Centre hospitalier Montreuil) : "Les progrès de technologies comme la e-santé viennent combler les défaillances d'un système où on demande aux professionnels de passer du temps avec des patients alors que leur planning ne le leur permet pas ; de même, on impose n'importe quoi au motif de tout cadrer réglementairement, sans nous rendre compte que nous perdons ce contact humain".

"Nous faisons tous le constat que le système de santé doit changer car ses besoins évoluent et parce que, malgré ses réussites, il a encore des défaillances. Il nous faut partir du patient. La stratégie régionale de santé, adoptée en 2018, a été la première à mettre le parcours de santé du patient au premier plan. Dans tous les projets structurants que nous lançons, c'est lui qui est au centre du jeu. Mais on ne sait pas toujours comment procéder, car nous n'en sommes qu'au début de la démarche", admet Pierre Ricordeau (directeur Général Occitanie - Agence Régionale de Santé).

Lors d'une masterclass donnée en clôture du FSI, dans un dialogue avec Denis Lafay, le généticien et essayiste Axel Kahn a insisté sur le nécessaire renouvellement du questionnement éthique, comme l'illustrent en filigrane ces différentes tables-rondes.

"L'activité de soin est profondément structurante d'une société. Nous avons parfois en Europe le sentiment d'une explosion du lien social, or si on ne maintenait pas cette fonction, nous ne pourrions plus nous opposer au phénomène. Quand un établissement ou une entreprise veut optimiser ses moyens, il ne doit jamais oublier sa raison d'être : mettre ces moyens au service des personnes. Le soin ne doit pas être une variable d'ajustement des contraintes financières existantes ou après un effort pour restructurer le management d'une équipe."

"Une banque comme la Caisse d'Épargne Languedoc-Roussillon est un acteur régional, intervenant sur un territoire où la santé est un pilier économique. Or nous ne sommes pas qu'un acteur économique, nous voulons être un acteur des enjeux sociétaux, parmi lesquels figure aussi la santé. La véritable utilité, c'est de mieux comprendre ces enjeux de l'intérieur, pour être en capacité de trouver des solutions innovantes en rapport avec ces besoins. Ce Forum nous aide à avoir une meilleure compréhension de ce qu'attendent les étudiants, les professionnels de santé et les entrepreneurs", conclut Virginie Normand (membre du directoire - Caisse d'Épargne Languedoc).

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