Hydrogène : comment Bulane et l'IMFT veulent révolutionner la chaleur domestique des bâtiments

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Bulane et l'IMFT ambitionnent d'acculturer progressivement le grand public à la chaleur hydrogène.
Bulane et l'IMFT ambitionnent d'acculturer progressivement le grand public à la chaleur hydrogène. (Crédits : Bulane)
La cleantech héraultaise Bulane, inventeur de la flamme industrielle propre à base d’hydrogène, amorce un programme de R&D avec l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse en vue d’adresser un nouveau marché : la décarbonation de l’énergie de chauffage dans les bâtiments. Elle présente ses ambitions le 10 octobre, lors de l’inauguration de la plate-forme Hydrogène à Toulouse.

Décarbonner le bâtiment et convertir progressivement le (colossal) marché domestique à la chaleur hydrogène. L'ambition de l'entreprise héraultaise Bulane (basée à Fabrègues), inventeur de la flamme industrielle propre à partir d'hydrogène, est grande mais fondée sur une démarche très réaliste.

"Nous avons développé notre technologie hydrogène (alimenter une flamme de chalumeau haute température produite par électrolyse, NDLR) sur les marchés industriels pour l'amener là où elle en est aujourd'hui et la décliner sur le marché du chauffage, déclare Nicolas Jerez, cofondateur (avec Pierre-Yves Urvoy, Henri et Serge Champseix) et dirigeant de Bulane. Il y a dix ans, quand nous avons créé l'entreprise, j'avais déjà en tête une application au bâtiment. La flamme industrielle a été la première étape, une manière de financer notre road-map technologique. Nous avons pris de l'avance sur ce premier marché, avec plus d'un million d'heures d'usage intensif en conditions industrielles."

Plus de 500 unités en Europe

Ses électrolyseurs industriels sont désormais présents chez plus de 60 grands comptes comme Thalès, Parker, Carrier, De Dietrich BDR Thermea, Atlantic, Bonnet Neve ou la Marine Nationale. Dernières signatures en date : Advansor (génie climatique), filiale du groupe HillPhenix au Danemark, ou la SNCF pour l'un de ses techno-centres.

Au travers d'un partenariat commercial avec le groupe Castolin, major du matériel de soudage et brasage (filiale du groupe international Messer), le Dyomix® OHM 2.4, version nomade de sa technologie à destination du marché des professionnels du génie climatique, a été vendu à plus de 500 unités en dix-huit mois sur toute l'Europe, essentiellement en France, en Italie et en Espagne.

Après un chiffre d'affaires de 1,54 M€ en 2018, Nicolas Jerez vise les 2 M€ en 2019. Et annonce la sortie de deux nouvelles versions du Dyomix : un modèle plus grand pour des usages industriels intensifs fin 2019, et un plus petit pour les utilisateurs occasionnels courant 2020.

Hybrider les combustions fossiles

Fort de cette expertise et de cette reconnaissance, l'entreprise entre dans une nouvelle phase de développement et s'inscrit résolument dans la transition énergétique : le 10 octobre, à l'occasion de l'inauguration de la plate-forme Hydrogène* (par le CNRS, Toulouse INP, et l'Université Toulouse III-Paul Sabatier) à Toulouse, Nicolas Jerez annonce le démarrage d'une collaboration entre Bulane et l'Institut de mécanique des fluides de Toulouse (IMFT) sur une ouverture applicative de la technologie Dyomix® sur la combustion hydrogène pour adresser le marché du chauffage du bâtiment.

"Il s'agit d'une approche inédite et innovante qui vise à hybrider localement les combustions fossiles avec de l'hydrogène afin de les décarboner massivement et rapidement, tout en s'intégrant dans le smart-grid, explique Nicolas Jerez. Dans ce cadre, notre partenariat avec l'IMFT permettra d'enclencher une R&D collaborative régionale... L'idée, c'est d'amener un module qui se plugge sur une chaudière déjà existante, qui consomme de l'électricité choisie - de préférence verte -, produit de l'hydrogène et décarbone la combustion. Il s'agirait donc d'une hybridation hydrogène-fossile, pas de "full hydrogène". Je crois à la transition, donc à une hybridation progressive car compatible avec un parc de chaudières existant. L'objectif, c'est aussi d'acculturer les gens à la chaleur hydrogène."

Les bâtiments industriels et tertiaires, domestiques ensuite

Le programme de R&D devrait s'étaler sur deux à trois ans. Les premières applications de chauffage s'adresseront d'abord aux bâtiments industriels, puis aux bâtiments tertiaires, avant d'arriver dans les immeubles collectifs de logements. Soit un marché colossal.

"En France, un tiers de l'énergie consommée pour le chauffage est du gaz, 19 % est du fioul, soit plus de la moitié aux énergies fossiles, et 20 % des émission de CO2 viennent du chauffage dans le bâtiment, argumente Nicolas Jerez. Il existe en France 700 000 bâtiments qui ne sont pas connectés au gaz de ville, celui qui pollue le moins, et c'est donc par ce segment que nous commencerons. En Europe, ce sont 221 millions de foyers qui consomment du gaz..."

L'entreprise a déjà réalisé deux levées de fonds : l'une de 2,7 M€ en 2015 pour enclencher la R&D et miniaturiser sa technologie, l'autre de 2,8 M€ en octobre 2018 pour booster sa croissance. Pour financer ces nouveaux projets, Bulane envisage une 3e levée de fonds, à horizon 2020 ou 2021.

* Initiée en 2010 et gérée par le Laboratoire plasma et conversion d'énergie, la plate-forme a été rendue possible le projet PACAERO.

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Commentaires
a écrit le 10/10/2019 à 21:09 :
Idée très intéressante sur des installations de chauffage existantes récentes et performantes pour des bâtiments récents ou rénovés afin de réduire encore leur empreinte carbone.
Pour produire de l'H2 même avec de l'électricité verte, l'énergie reste chère avec un rendement d'électrolyse faible.
On peut penser que pour réduire les investissements nécessaires et la consommation électrique ( électrolyseur, brûleur à H2 et éventuellement réservoirs tampon H2 accouplés à une production autonome d'ENR...), la puissance installée satisfera des besoins de chauffage moyens que l'on observe en intersaison ou lorsque les locaux sont inoccupés et pourra fonctionner en continu pdt tte la période de chauffage. La relève additionnelle pour des besoins de + forte puissance en période de froid intense sera alors assurée par le GN . D'où le terme d'hybridation de combustion fossile avec de la combustion "propre".

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