Avec les Déterminés, Guillaume Pepy (Initiative France) veut faire « mieux et plus » dans les quartiers prioritaires

INTERVIEW – Le réseau Initiative France et l’association Les Déterminés viennent de signer, à Montpellier, un partenariat qui les engagent pour soutenir l’entrepreneuriat dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Dans les prochains mois, les deux réseaux vont développer des synergies locales dans une dizaine de territoires volontaires en France. Entretien avec Guillaume Pepy, président d'Initiative France.
Cécile Chaigneau

5 mn

Le 22 novembre 2021, Guillaume Pepy, président du réseau Initiative France, est venu à Montpellier pour signer un partenariat avec l'association Les Déterminés, destiné à renforcer l'accompagnement des créateurs d'entreprises dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Le 22 novembre 2021, Guillaume Pepy, président du réseau Initiative France, est venu à Montpellier pour signer un partenariat avec l'association Les Déterminés, destiné à renforcer l'accompagnement des créateurs d'entreprises dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. (Crédits : Cécile Chaigneau)

Le 22 novembre, Guillaume Pepy, président du réseau Initiative France, et Moussa Camara, président-fondateur de l'association Les Déterminés (qui promeut l'entrepreneuriat pour tous dans les quartiers prioritaires de la ville et dans les zones rurales), avaient rendez-vous à Montpellier pour signer un partenariat destiné à mieux accompagner et financer les entrepreneurs dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), où la dynamique de création d'entreprise est plus faible que sur l'ensemble du territoire national.

« La détermination est un beau projet, il faut bannir la résignation, a exhorté Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole. Nous défendons l'abaissement du seuil de l'innovation pour permettre à tous d'innover, d'expérimenter, de créer. »

C'était aussi l'occasion pour Initiative France Montpellier Grand Pic Saint-Loup de lancer l'expérimentation d'un bus, en partenariat avec Bpifrance, qui embarquera plusieurs acteurs-conseils de l'entrepreneuriat (entrepreneurs, chambre des métiers et de l'artisanat, CCI, experts-comptables, avocats, mais aussi les Déterminés) pour faire le tour des quartiers prioritaires de la ville à Montpellier (au nombre de douze) et aller rencontrer les porteurs de projets pour les informer et les aider.

LA TRIBUNE - Pourquoi est-il important de soutenir l'entrepreneuriat dans les quartiers prioritaires de la ville ?

GUILLAUME PEPY, président d'Initiative France - Parce que dans ces quartiers, où le taux de pauvreté ou le taux de chômage sont plus élevés qu'ailleurs, il y en a encore plus besoin qu'ailleurs. La dynamique de création d'entreprise est plus faible que sur le reste du territoire national Il faut multiplier les créations d'entreprises dans ces quartiers pour éviter qu'ils ne soient que des quartiers-dortoirs. Il y a une énergie considérable dans les quartiers prioritaires de la ville, où les gens sont encore plus motivés, plus engagés, plus acharnés, avec une réelle envie de surpasser le destin. Cette énergie permet de se donner autant de succès qu'ailleurs, voire plus : plus de 90% sont en activité au bout de trois ans.

Quels sont les difficultés et les freins à l'entrepreneuriat qui persistent encore aujourd'hui dans ces quartiers prioritaires ?

Le manque de confiance en soit, le sentiment d'isolement voire de relégation, la faible présence des institutions et des services publics, et une méfiance vis-à-vis de l'institution bancaire. Il faut donc être encore plus présent pour redonner confiance, faire confiance, accompagner deux fois plus qu'ailleurs car ils sont souvent dans le doute et la dévalorisation de soi.

Quels sont les besoins de ces créateurs d'entreprises ?

Une bonne capacité d'écoute, de considération, de confiance et de mobilisation. Parce que ce qu'on entend le plus c'est "créer une entreprise, ce n'est pas pour moi !". Les Déterminés ont un programme d'accompagnement amont et nous, nous faisons l'aval.

Comment va se concrétiser ce partenariat entre les Déterminés et Initiative France ?

C'est tous ensemble que l'on peut faire bouger les choses. Les Déterminés sont en amont pour nous aider à mieux identifier des porteurs de projets dans les quartiers sensibles et ils vont nous donner les clés, nous apprendre comment travailler dans ces quartiers, car il y a une façon d'aborder les personnes. Notre métier, chez Initiative France, c'est de proposer des financements adaptés après la création d'entreprise. Nous serons donc là pour prendre le relais des Déterminés et accompagner les entrepreneurs pour se lancer dans les meilleures conditions possibles. Il est important de faire en sorte que le relais soit bien assuré pour que l'on soit complémentaires. Pour que 1+1=3. Ensemble, on fera mieux et plus ! Nous allons décliner ce partenariat dans dix villes volontaires : Montpellier, Marseille, Rouen, Nancy, Bordeaux, Toulouse, Le Havre, Lille, Roubaix et Lyon.

Pourquoi vous-même et Moussa Camara êtes-vous venus signer ce partenariat à Montpellier ?

Car il y a ici un travail de collaboration entre élus, Bpifrance, les réseaux, les associations comme la nôtre qui est fluide. Tout le monde travaille ensemble. Ce qui se passe ici est assez exemplaire... Par ailleurs, il y a ici des besoins très particuliers car on trouve sur ce territoire un peu moins de grandes entreprises, alors l'entrepreneuriat individuel est la clé pour que les gens restent ici.

Pousser à l'entrepreneuriat n'est-il pas aussi une façon de résorber le chômage ?

Jusqu'à il y a quelques années, créer sa boîte était la seule solution qui restait quand on avait tout essayé. Aujourd'hui, les mentalités ont changé et l'entrepreneuriat devient une possibilité en tête de gondole.  Les gens s'autorisent à se projeter comme entrepreneurs comme la première des solutions. On commence à entendre « créer ma boîte, c'est la belle aventure professionnelle que j'attendais ! ».

La crise sanitaire a-t-elle changé quelque chose dans l'envie d'entreprendre en général, et dans les quartiers prioritaires en particulier ?

On sort à peine du cauchemar sanitaire du Covid, et c'est une crise dramatique, mais heureusement, des choses très positives ont aussi émergé : une gigantesque envie de re-vivre plus intensément, plus positivement. Des gens ont eu des problèmes comme des plans sociaux, on a vu des départs volontaires, des gens ont eu envie changer de vie, etc. Il faut proposer autre chose. Dans dix ans, un agriculteur sur deux prendra sa retraite : si on veut mieux manger, il faut convaincre que les nouveaux métiers de l'agriculture sont des métiers d'avenir. Et des projets entrepreneuriaux, il y en a dans tous les secteurs. On a vu émerger une sensibilité nouvelle à la planète, au "consommer local" et beaucoup de gens ont fait le point sur eux-mêmes et ont conclu qu'ils ne voulaient pas recommencer leur vie d'avant.

La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur les choix entrepreneuriaux ?

Nous diffuserons, le 7 décembre, les résultats d'un sondage sur ces questions (sur le profil et les motivations des entrepreneurs depuis le début de la crise sanitaire, sur l'impact de la crise sur la décision d'entreprendre, sur les besoins en accompagnement ou sur la montée en puissance de l''écologie et du numérique dans la stratégie des entreprises, NDLR) mais ce que je peux dire aujourd'hui, ce qu'on pressent, c'est qu'il y a de nouvelles activités qui sont créées et qui n'existaient pas, comme les fleuristes en circuit court par exemple. Et il n'y a plus d'entrepreneuriat sans une double finalité : à quoi sert mon entreprise et quelle dimension digitale pour être accessible à tous tout le temps.

Cécile Chaigneau

5 mn

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Commentaires 3
à écrit le 23/11/2021 à 11:36
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vu comment a été gérée et preparée la sncf ces 15 dernières années à la concurrence sur qu il est credible...je comprends meme pas comment ce type avec les résultats de son parcours ( endettement sncf x3), son âge et les cumuls de retraite il puisse...

le 24/11/2021 à 7:56
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sa gestion de la sncf a ete une catastrophe ce n'est pas avec ce genre de gestionnaire que la france grandira

à écrit le 23/11/2021 à 9:19
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Ouais c'est ça continuez d'utiliser des formules de hier pour convaincre les générations de demain, vous avez décidément tout compris les génies. Mais bon je suppose que notre fric doit encore y être sollicité hein et ça notre fric, qu'est-ce que ça ...

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