Capitale de la grande région : Toulouse préférée à Montpellier ?

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Le Conseil régional de Midi-Pyrénées, à Toulouse
Le Conseil régional de Midi-Pyrénées, à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit)
Selon une information révélée le 13 avril sur les ondes d’Europe 1, la liste des 13 chefs-lieux provisoires des nouvelles régions mentionnerait Toulouse plutôt que Montpellier. Une liste qualifiée de "bidon" par le ministère de la Décentralisation. Par ailleurs, le préfet préfigurateur, dont la nomination est imminente, serait le préfet de Midi-Pyrénées.

Tombée sur les ondes d'Europe 1, l'information a fait le tour des médias aux premières heures du lundi 13 avril : une liste établissant les 13 chefs-lieux provisoires placerait Toulouse en capitale de la future grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, au détriment de Montpellier. Un cas qui, toujours selon la radio, fut « le plus épineux »...

À Montpellier, le maire Philippe Saurel avait très tôt annoncé qu'il était favorable à « deux grandes métropoles qui se développent en complémentarité ». Comprendre que Montpellier ne souhaitait pas jouer les seconds rôles. À Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc avait assuré qu'il n'y aurait pas de situation de monopole, déclarant que « l'unification ne signifie pas la concentration ».

C'est justement le schéma qui pourrait être appliqué en Normandie, toujours selon Europe 1 : au terme de l'accord auquel serait parvenu Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères par ailleurs longtemps député de Seine-Maritime (76), la ville de Caen (14), capitale historique, deviendrait chef-lieu de région, alors que Rouen (76) aurait la garantie d'héberger le Conseil régional. Ce système de compensation pourrait-il être déployé dans d'autres régions où l'opposition est aussi forte ? Les élus du Languedoc-Roussillon vont-ils le demander ?

Liste non confirmée

Si la sphère médiatique s'est emballée, le ministère de la Décentralisation et de la Fonction publique, contacté par Objectif News, ne confirme néanmoins pas l'existence de cette liste.

Selon un proche d'André Vallini, secrétaire d'État à la Réforme territoriale, « cette liste est bidon et rien n'est décidé. Ce que l'on sait, c'est que dans quelques jours, le ministère de l'Intérieur va communiquer en Conseil des ministres et que dans la foulée, les préfets préfigurateurs seront nommés. Ce sera celui de Midi-Pyrénées ou celui de Languedoc-Roussillon. Ils auront un rôle clef ».

La désignation du préfet préfigurateur par le gouvernement était attendue pour le 15 avril mais serait vraisemblablement repoussée au 22 avril. C'est lors de ce même conseil des ministres que serait validée la liste des 13 chefs-lieux provisoires des nouvelles régions. De source non officielle mais proche du dossier, ce préfet préfigurateur serait l'actuel préfet de région Midi-Pyrénées, Pascal Mailhos.

Sur la capitale de la future région, le proche d'André Vallini ajoute :

« Il ne s'agit pas seulement de choisir une capitale, c'est plus complexe que ça. On était dans une tradition où tout est concentré autour de l'État, et donc du préfet. Avec la réforme, rien n'empêche de mettre la préfecture dans une autre ville que le Conseil régional. Il faut travailler intelligemment. Pourquoi ne pas mettre la direction de l'agriculture dans le Gers, là où elle est utile, par exemple ? C'est un non-sens de vider Montpellier pour tout mettre à Toulouse. Actuellement, les maires de Toulouse et Montpellier travaillent ensemble pour développer un axe Toulouse-Montpellier et ils ont tout compris ».

Silence radio à la tête des deux régions

Du côté des deux Conseils régionaux, la même réponse est faite par les services presse : la liste publiée ce matin n'a pas été confirmée, donc pas de commentaires. Les deux présidents Martin Malvy et Damien Alary travailleraient ensemble aujourd'hui à Toulouse.

Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a été le premier à réagir dans l'après-midi.

« Si c'est bien Toulouse qui emportait le choix du gouvernement, je ne pourrais que m'en réjouir, car cela correspondrait à une réalité économique et démographique objective, déclare-t-il. Je reste fidèle à la ligne adoptée dès l'été 2014, à l'issue de ma première rencontre avec Philippe Saurel, maire et président de la Métropole de Montpellier. Nous avons affirmé notre volonté commune d'anticiper la création de la grande Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et de mettre en place une véritable synergie entre nos deux métropoles. Nous nous sommes donnés jusqu'à la fin 2015 pour définir projets et actions à mener en commun et ainsi être prêts pour la naissance de la nouvelle collectivité régionale en janvier 2016... Ce matin encore, Philippe Saurel et moi-même avons conversé, et nous sommes déterminés, plus que jamais, à demeurer vigilants pour que l'organisation et l'implantation des services de l'État et de la Région à venir puissent être équilibrées entre Montpellier et Toulouse. »

Résistance

Philippe Saurel, le maire de Montpellier et président de la Métropole Montpellier Méditerranée, s'est s'exprimé, quant à lui, lors d'une conférence de presse en fin d'après-midi.

 « À aucun moment je n'ai été concerté, lâche-t-il. La Région Languedoc-Roussillon est défendue par une armée mexicaine. La majorité des parlementaires de cette région sont muets comme des carpes. Les conseillers régionaux semblent soumis à leur chapelle politicienne... J'ai été le seul politique de gauche à soutenir cette réforme territoriale dans le sud. Les autres ont fait une erreur et cette erreur est devenue une faute. Ailleurs, ça ne se passe pas de la même façon. Laurent Fabius a mouillé la chemise pour équilibrer les choses entre Rouen et Caen. Je ne comprendrais pas que le gouvernement traite Montpellier avec autant de désinvolture. Si tout est rassemblé à Toulouse, nous regarderons passer le train. Mon souci est de lutter, d'organiser une forme de résistance. Je suis pour le partage des pouvoirs. Jean-Luc Moudenc et moi-même ne sommes pas dans le même parti politique mais nous avons su mettre cela de côté pour veiller au respect des équilibres. Je ne suis pas naïf, il faut organiser la résistance de la République d'en bas, celle des citoyens, des maires, des intercommunalités, des conseillers départementaux. »

À la question sur la pertinence de déployer le même mécanisme de compensation qu'à Caen et Rouen, Philippe Saurel répond : « Pas forcément, mais cela démontre que quelque chose peut être fait. Si ce n'était pas le cas, la résistance devra avoir des accents plus politiques, avec plus de corps. Je ne laisserai pas la grande Région et Solferino tenir en laisse la Métropole de Montpellier ! »

Ces événements ont-ils décidé l'élu à officialiser sa candidature aux futures élections régionales ? « Les indicateurs sont tous au vert et j'attends d'autres signaux pour me prononcer, déclare-t-il. Je n'exclus aucune hypothèse. »

Calendrier

Le processus officiel dit que chaque Conseil régional devra adopter, avant le 1er juillet 2016, une résolution unique comportant l'avis au gouvernement relatif à la fixation du nom et du chef-lieu définitifs de la région. Ils seront alors fixés par décret en Conseil d'Etat avant le 1er octobre 2016. Les élus ont donc jusqu'en juillet 2016 pour faire des propositions. Mais c'est le gouvernement qui aura le dernier mot.

En fin de journée, un communiqué du ministère de l'Intérieur déclare que le gouvernement présentera les principes et le calendrier de la réforme de l'Etat en régions le 22 avril, ainsi que les fonctions des préfets préfigurateurs. Il ajoute que la liste des chefs-lieux provisoires sera arrêtée par décret durant l'été, après concertation. Il ne confirme ni n'infirme l'existence de la liste révélée en début de journée.

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Commentaires
a écrit le 27/07/2015 à 7:56 :
C'est en partie à cause de ces conflits que la ville reste peu industrielle et ce malgré le nombre d'étudiants formés dans les domaines proches de l'industrie. Il y a aussi nombre d'investissements dont l'intérêt est très discutable au niveau de l'intérêt général excepté pour la minorité qui en profite.
a écrit le 27/07/2015 à 7:52 :
J'habite Montpellier et je pense que Toulouse devrait être la capitale régionale. Ce serait on ne peut plus logique au vu de la différence de taille des villes. Comme cela on peut espérer aussi qu'il y aura moins de conflits politiques locaux qui sont une vraie plaie avec la mentalité clanique semi-mafieuse locale.
a écrit le 13/04/2015 à 15:53 :
Toulouse étant la 4 ème ville de FRANCE logique quelle en soit la capitale et étende son pouvoir ..
Le languedoc rousillon est une région des plus endetter de france avec un tres haut fort taux de chomage
la ville de Toulouse pèse 2.5 montpellier donc statut de capitale légitime .
Réponse de le 14/04/2015 à 15:16 :
La dette du LR est de 85 €/habitant contre 82,5 euros en Midi Pyrénées ! Vues les difficultés économiques de la 1ère et les atouts de la seconde, je ne suis pas certain que l'on puisse dire que MP est bien gérée ! Par ailleurs, votre logique jacobine n'est pas celle de la plupart des pays du monde qui choisissent justement des villes avec un potentiel économique moindre comme capitales administratives. Cela évite d'avoir à verser par la suite des allocs à tour de bras et de développer des politiques d'assistanat. Il y a des pays où l'Etat ne cherche pas à diriger l'économie, mais se contente de l'accompagner et de compenser ses effets pervers.

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