LGV : la Région accuse l'Etat de créer deux France

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La présidente de Région, Carole Delga, entourée des décideurs présents sur cette journée d'action : un cliché destiné à l'Élysée sur Twitter
La présidente de Région, Carole Delga, entourée des décideurs présents sur cette journée d'action : un cliché destiné à l'Élysée sur Twitter (Crédits : Conseil régional)
Lors d'un rassemblement organisé à Toulouse par la Région, le 4 octobre, la présidente Carole Delga a reproché à l'Etat de vouloir geler les projets de LGV Montpellier-Perpignan et Toulouse-Bordeaux pour des questions de coûts, alors qu'il a validé des projets lourds tels que Grand Paris Express et Lyon-Turin. Elle affirme pourtant qu'un nouveau modèle financier, écrit avec ses partenaires, permettrait d'assurer 60 % du financement global (12 Mds €).

Séance de défoulement collectif sur le gouvernement, le 4 octobre à Toulouse, à l'occasion de la journée de mobilisation organisée pour soutenir les deux projets de LGV régionales, Montpellier-Perpignan (LNMP) et Toulouse-Bordeaux. Après l'annonce par le Président de la République, Emmanuel Macron, du gel provisoire de ces dossiers (jusqu'à la clôture des Assises nationales de la mobilité, prévue en décembre), la Région a réuni, autour du slogan/hashtag #LGVOccitanieOui - entonné toute la journée sur scène ou vidéo -, plus de 700 chefs d'entreprise, acteurs socio-économiques et élus dont : Philippe Saurel (maire de Montpellier, président de Montpellier Méditerranée Métropole), Jean-Luc Moudenc (maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole), Jean-Marc Pujol (maire de Perpignan, président de Perpignan Méditerranée), Robert Ménard (maire de Béziers), Frédéric Lacas (président de Béziers Méditerranée), Hermeline Malherbe (présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales), ainsi que Jean-Louis Chauzy (président du Ceser Occitanie) et Alain Di Crescenzo (président de la CCI Occitanie).

Deux France ?

Rappelant les résultats d'un sondage publié le même jour par Midi Libre et La Dépêche du Midi (88 % des habitants de l'Occitanie se disent favorables aux deux projets), la présidente Carole Delga a estimé qu'après la prise de position d'Emmanuel Macron, "l'Occitanie est aujourd'hui la seule région écartée de la LGV". Sans minimiser le coût des deux dossiers (12 Mds €, dont 5,5 Mds € pour la LNMP), elle les qualifie d'"investissement majeur", qu'on ne peut pas rayer d'un coup plume "comme une ligne comptable, depuis Paris".

"On nous a annoncé une pause, mais lors du sommet France-Italie du 27 septembre, Emmanuel Macron a confirmé la LGV Lyon-Turin (coût estimé : 26 Mds €, NDLR), de même que la ministre des Transports Élisabeth Borne a, hier, confirmé le Canal Seine-Nord Europe (4,9 Mds €, NDLR), cingle Carole Delga. Les 12 Mds € de nos deux LGV, c'est aussi la moitié du budget prévu pour Grand Paris Express (35 Mds €, NDLR). Y aurait-il deux catégories de Français, ceux du Nord et ceux du Sud ? Ceux qui prennent le train et ceux qui le regardent passer ?"

Parmi les élus s'exprimant à la tribune, Jean-Luc Moudenc a plaidé pour "des mesures fiscales dérogatoires, comme l'État les a prises pour Grand Paris Express", afin de débloquer ces dossiers. De son côté, Philippe Saurel a expliqué que le projet de LNMP réunit déjà "les six critères exigées par Élisabeth Borne pour les conclusions des Assises de la mobilité", notamment sa mixité fret/voyageurs, la desserte de zones urbaines très denses, et la capacité à libérer des sillons sur le réseau existant.

Un financement alternatif

Dans l'entourage de Carole Delga, sur scène ou en dehors, l'énervement vis à vis des équipes du Premier ministre Édouard Philippe est palpable. Élisabeth Borne est la cible de nombreuses critiques, venant notamment de Jean-Louis Chauzy : "Elle a beau avoir été présidente de la RATP, elle n'est pas ministre des Transports de l'Île-de-France".

"Les fonctionnaires envoyés par l'État en 2016 pour nous faire des préconisations dans le financement de ces LGV n'ont rien fait pendant neuf mois !, continue-t-il. Aujourd'hui, ce n'est pas un problème d'argent. Il y a des financements possibles. Les travaux de Grand Paris Express viennent de débuter alors que le financement n'est pas bouclé... Heureusement, nous avons rédigé notre propre modèle financier grâce à l'aide de la Caisse des dépôts, de la Caisse d'Épargne et de la Banque européenne d'investissement."

Ce modèle a fait l'objet d'un mémo remis à Élisabeth Borne, le 7 septembre, par Carole Delga, Alain Rousset (président de Nouvelle Aquitaine), Alain Juppé (maire de Bordeaux) et Jean-Luc Moudenc. Il repose notamment sur de nouvelles ressources fiscales qui seraient directement affectées aux deux projets de LGV, comme la taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques (TICPE), sur le produit des ventes du foncier desservi par ces LGV, en plus des subventions de l'Etat, des collectivités, et des crédits européens.

"60 % du financement des deux projets pourraient être assurés par ces nouvelles ressources", estime Carole Delga. Laquelle parle toujours de projets "sous maîtrise d'ouvrage publique", affichant à nouveau son hostilité à une autre solution de type PPP.

Le ministère des Transports aurait, début octobre, donné son feu vert à la constitution d'un groupe de travail sur la base de ces propositions. Selon nos informations, il pourrait se réunir le 10 novembre... soit quelques jours avant une nouvelle journée de mobilisation convoquée par la Région sur les mêmes sujets, le 29 novembre, cette fois-ci à Perpignan.

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Commentaires
a écrit le 05/10/2017 à 12:41 :
Pour aller de Montpellier à Pau, je mets 7 heures avec un mix ferroviaire TER + Intercités ; pas franchement incitatif pour abandonner la voiture !

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