"Cette crise pourrait lever les freins psychologiques au télétravail" (Renaud Ghia, PDG de Tixeo)

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La solution créée par Tixeo facilite et sécurise les échanges multi-point
La solution créée par Tixeo facilite et sécurise les échanges multi-point (Crédits : Tixeo)
Seul éditeur français proposant une solution de visioconférence certifiée par l'Anssi, le montpelliérain Tixeo enregistre des pics de demande de 1000 % depuis que la crise du coronavirus sévit. Pour son CEO Renaud Ghia, elle devrait contribuer à installer cette forme de travail sur le long terme.

Entreprise fondée en 2003 et installée à Montpellier depuis 2014, Tixeo développe une solution de visioconférence sécurisée, haute définition et multi-site : ce produit, qui s'appuie notamment sur un chiffrement de bout-en-bout des communications (vidéo/audio/chat/data), est à ce jour le seul de ce type labellisé par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi).

Tixeo, qui gère 250 clients et affichait une progression de 40 % en 2019 (chiffre d'affaires NC), se déploie en Europe et en Amérique latine. Selon une étude 2019 de Malakoff Médéric-Humanis, le nombre de salariés concernés par le télétravail se monte à près de six millions en France, soit un tiers des entreprises de plus de 10 salariés. Pour Renaud Ghia, CEO de Tixeo, la crise sanitaire actuelle pourrait accélérer le nombre de convertis sur le long terme.

LA TRIBUNE - Quel niveau d'activité enregistrez-vous depuis que l'État impose des mesures de confinement ?

RENAUD GHIA : Vendredi 13 mars, au lendemain de la première intervention d'Emmanuel Macron, nous avons connu un pic d'usages de 400 % sur notre cloud. Depuis, nous arrivons à des bonds de 1000 %, soit dix fois supérieurs à l'usage nominal de nos serveurs. Dans ces conditions, notre urgence est de tout mettre en oeuvre pour que notre service reste de qualité et accessible. Au cours du dernier week-end, nous avons augmenté nos capacités informatiques : notre technologie étant scalable, nous avons juste besoin de rajouter des serveurs. Pour assurer cette gestion de crise, nous avons aussi revu notre organisation interne, avec des personnels du marketing aidant le service commercial, ou ceux de la R&D venant soutenir la production. Nous prévoyons aussi de recruter deux personnes dans les prochains jours. Nous anticipons de garder ce niveau d'activité pour le restant de la semaine, et sans doute pour trois à quatre semaines supplémentaires si les mesures de confinement sont renforcées.

LA TRIBUNE - Quels profils d'entreprises vous sollicitent le plus aujourd'hui ?

R. G. : Les demandes les plus importantes émanent de clients qui avaient anticipé cet épisode de confinement et nous avaient contacté en amont. Nous avons ici deux profils : nos clients actuels qui demandent plus de capacité, et les nouveaux clients, dont les demandes sont parfois traitées sur un délai plus long. Face aux solutions de visioconférence que proposent nos concurrents américains tels que Microsoft ou Lifesize, notre produit présente tout d'abord des garanties de sécurité qui intéressent au premier chef des entreprises innovantes ou sensibles de l'industrie et de la haute technologie. Ensuite, nous avons rajouté à cet outil, il y a six mois, une nouvelle fonction dédiée au télétravail (voir notre précédent article sur Tixeo, ndlr). Ce module, en stimulant l'esprit d'équipe, recrée en quelque sorte l'ambiance d'un open space. Cet aspect convivial est aussi recherché par les clients.

LA TRIBUNE - Le télétravail progresse en France et dans le monde, mais se heurte encore à des réticences, notamment chez certains salariés. La crise du coronavirus peut-elle changer la perception de ce mode d'organisation ?

R. G. : Oui, si on peut attendre un seul effet positif de cet épisode, c'est qu'il lève les freins au télétravail. Avec la crise des gilets jaunes et les grèves autour de la réforme des retraites, l'activité économique avait déjà été fortement perturbée et nous avions observé un pic d'usage. Avec la crise majeure du coronavirus, cet usage explose. Si les entreprises ne pensent pas forcément à recourir au télétravail, ce n'est pas pour un motif technologique, mais par hésitation face à un cap psychologique. Les salariés ont un a-priori sur la solitude dans laquelle les plongerait cette technologie. Et c'est normal : l'organisation historique du travail suppose de se rendre au bureau.

À Tixeo, nous avons longuement hésité avant de basculer, il y a cinq ans, à 100 % vers le télétravail. Aujourd'hui, les gains sont énormes pour l'entreprise. Côté salarié, celui-ci profite d'une amélioration de la qualité de vie, en consacrant plus de temps à des activités extra-professionnelles et moins de temps aux transports. Côté entreprise, nous bénéficions d'une productivité à la hausse, nous avons moins de mal à recruter certains profils, nous n'avons pas besoin de grands locaux, etc. Quand nous nous voyons tous en réel, c'est uniquement pour partager de bons moments lors d'une journée de team building, organisée une fois par trimestre dans une ville tournante. Je rajoute qu'avec le télétravail, Tixeo elle-même est devenue une entreprise plus résiliante car elle est moins touchée par ce type de crise.

LA TRIBUNE - Quelles sont vos recommandations ?

R. G. : Mon analyse est que si le travail d'un salarié se fait à 95 % devant un ordinateur, son poste est dématérialisable. Par ailleurs, il faut tout de suite envisager un aspect organisationnel. Souvent l'entreprise qui passe au télétravail le met en place un à deux jours par semaine, et le salarié le vit comme une période plus au calme, lui permettant de mieux s'organiser. Mais si l'entreprise opte pour le télétravail au long cours, il faut le virtualiser en l'accompagnant d'une démarche de cohésion de groupe, d'horaires de travail spécifiques, etc. Les salariés peuvent mal vivre le fait d'être projetés dans une nouvelle organisation du travail où un seul point téléphonique ou par visioconférence est prévu dans la semaine.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2020 à 17:38 :
Sauf si c'est l'état qui place ses clampins aux manettes pour réaliser les logiciels comme par exemple au CNED les élèves n'ont rien à faire depuis lundi matin : bravo Micron !
a écrit le 17/03/2020 à 12:19 :
Pas des freins psychologiques mais logiques vu que de ce fait le salarié doit payer tout ses frais lié à son activité professionnelle.
Réponse de le 17/03/2020 à 15:32 :
icidemain


Certain grand groupe comme Michelin ou Renault ont des accords sur le télétravail ou effectivement ,on donne au salarié (généralement cadre) tout les moyens pour travailler, téléphone, ordi, connexion et même un bureau par contre pour d'autres c'est au petit bonheur la chance , juste des autorisations au cas par cas ,sur un nombre de jour fixé généralement oralement par le management et c'est le salarié qui paie et si celui-ci râle ,c'est la menace de venir sur le site mère qui se trouve à 2 heures de transport ( aller).

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