Montpellier Zéro carbone (2/2) : enjeux climatiques et défis urbanistiques

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La 2e table ronde, animée par le journaliste Guillaume Mollaret, portait sur les enjeux climatiques et les défis en matière d'urbanisme.
La 2e table ronde, animée par le journaliste Guillaume Mollaret, portait sur les enjeux climatiques et les défis en matière d'urbanisme. (Crédits : Eric Durand)
Le changement climatique est bel et bien en route. L’urbanisation galopante de certains territoires contribuent à les exposer davantage aux risques météorologiques et à les fragiliser. Comment bâtir les villes sans renier l’urgence climatique ? Si l’inquiétude est de mise et suscite le déclenchement d’alarme, un certain optimisme se fait aussi entendre. L’événement Montpellier Zéro carbone du 17 novembre a donné la parole à différents acteurs et experts.

Sur la table ronde de la veille, organisée par La Tribune dans le cadre de son événement Montpellier Zéro carbone le 17 novembre, était évoquée la nécessité de limiter l'étalement urbain et la consommation de foncier. Car l'artificialisation des sols jouent un rôle clé et contribue à exposer davantage la ville aux aléas climatiques, notamment parce qu'elle produit des îlots de chaleur ou empêche l'infiltration de l'eau dans les sols. Mais comment concilier la construction de la ville pour répondre aux besoins de ses habitants et de son économie, et les enjeux de transition écologique ?

« Il faut se réconcilier avec son habitat naturel, préconise Benjamin Hecht, socio-politologue-urbaniste chez Repérage Urbain. Il faut construire différemment ou carrément ne pas construire du tout. Il faut repenser la façon de gérer les cours d'eau, par exemple en prévoyant des espaces-tampons pour permettre à l'eau de s'écouler en cas de crue. »

Dans les grands centres urbains, le phénomène d'îlots de chaleur est désormais bien connu et Alix Roumagnac, fondateur et dirigeant de Predict Services (spécialisée dans la gestion du risque hydrométéorologique) à Montpellier rejoint l'urbaniste : « On observe de gros écarts de température selon les aménagements urbains, avec parfois 2 à 3 degrés de différence entre deux quartiers d'une même ville. On parle d'îlot de chaleur urbain. Ces ilots génèrent des effets aggravants. En faisant re-rentrer la nature dans la ville, on diminue les conséquences et c'est l'enjeu d'aujourd'hui ».

+ 2,6° dans les Cévennes l'été

D'autant que la hausse des températures touche aussi des zones que l'on croyait plus à l'abri. Tel que l'arrière-pays gardois par exemple.

« On observe une hausse des températures hétérogène, souligne Jean François Blanchet, directeur général de BRL, concessionnaire du réseau hydraulique propriété de la Région Occitanie. Sur les 60 dernières années, on a enregistré une hausse de + 1,7° dans le Gard, contre + 1° en moyenne sur la planète. Mais on a constaté une hausse de + 2,6° en période estivale dans les Cévennes. C'est un constat important car on pensait que les zones en altitude pourraient mieux s'adapter mais ce n'est pas le cas, tout le territoire est concerné. »

Ce qui fait dire à Alix Roumagnac, acteur sur la gestion de l'épisode meurtrier récent dans la vallée de la Vésubie notamment, qu'il faut en finir avec le discours "changement climatique ou pas ?" : « Il est là. Aujourd'hui, on assiste à une augmentation de fréquence des événements climatiques mais surtout à une accélération en termes de gravité de ces événements. Il est urgent de s'adapter ».

Spot européen de biodiversité

Dans la région, les villes de Nîmes dans le Gard ou d'Amélie-les-Bains dans les Pyrénées-Orientales accrochent à la mémoire collective des épisodes météorologiques dévastateurs et meurtriers qui ne peuvent que contribuer à la prise de conscience.

« Le territoire régional est fortement impacté par le changement climatique et cette mémoire est fondamentale, déclare Agnès Langevine, vice-présidente de la Région Occitanie, en charge de la Transition écologique et énergétique, de la biodiversité, de l'économie circulaire et des déchets. C'est pourquoi la Région Occitanie accompagne les ouvrages de protection, de renaturation ou d'animation pour maintenir ce niveau de conscientisation du risque. Nous prenons en compte cette nécessaire atténuation. [...] L'Occitanie est un spot de biodiversité en Europe, et elle est mise à mal par l'activité humaine. C'est pourquoi nous avons créé une agence régionale de la biodiversité.  La biodiversité est importante car ce sont les sols, les arbres, les lagunes qui stockent le carbone. La Région a ainsi décidé d'acheter de vieilles forêts et de planter 200 000 arbres par an pour augmenter cette capacité de stockage carbone. »

L'enjeu de la souveraineté alimentaire

Autre revers de l'urbanisation : elle se fait parfois au détriment des terres agricoles, s'invitant ainsi dans une problématique majeure aux enjeux grandissants, celle de la souveraineté alimentaire.

« La lutte contre l'artificialisation des terres est un combat à mener pour éviter que les infrastructures linéaires, comme les grandes voies de communication ou les parkings notamment, ne prennent trop de place dans le territoire, au détriment de sols de qualité dotés d'un potentiel alimentaire important car la notion de souveraineté alimentaire est aujourd'hui primordiale, souligne Jean-François Blanchet. Il faut donc avoir une vision très protectrice pour que là où ont été fait des investissements, hydrauliques notamment, on puisse éviter de décapitaliser ce qui a été réalisé auparavant. Je rappelle qu'entre 2006 et 2013, la France a perdu l'équivalent du département du Jura du fait de l'artificialisation des sols. A l'échelle de l'Occitanie, ce sont 80 000 ha qui ont été perdus en 7 ans... C'est un enjeu majeur dont on a déjà payé le prix fortement, il est indispensable qu'il ne s'accentue davantage. »

Peut-on alors espérer la mise en route vers un urbanisme plus vert ? Benjamin Hecht est plutôt optimiste : « Il est nécessaire d'impliquer les citoyens. Je participe à beaucoup de concertations et je vois qu'ils sont plus prêts qu'on ne le croit. La mobilisation des citoyens et de l'intelligence collectives seront des leviers pour construire la ville de demain ».

Re-use, le retard de la France

Enfin, il est un sujet sur lequel la France est en retard et qui pourtant recèle lui aussi des enjeux majeurs, c'est celui du re-use dans le domaine de l'eau, ressource ô combien précieuse.

« Le changement climatique nous impose à revoir le logiciel en la matière, confirme Jean-François Blanchet. En France, on ne réutilise que 0,6 % des eaux usées quand l'Espagne est à 30 fois plus, soit 18 %, en Israël ou en Californie jusqu'à 50 ou 60 %... Nous avons encore d'importants progrès à accomplir. Le règlement européen incite les États membres à tendre vers le 10 %, soit 1 milliards de m3 en Europe. Mais en France, nous avons une barrière psychologique à dépasser. Il existe déjà des expérimentations de re-use, par exemple dans le Sud sur le vignoble. Mais il va falloir accélérer. Ce qui me rend optimiste, c'est que le dérèglement climatique s'accélérant, nos dynamiques vont devoir elles aussi accélérer. Et que le monde de la finance commence à évaluer la qualité des actifs financiers en fonction des effets du changement climatiques. »

Retrouvez l'intégralité des débats ici.

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