Jean-Michel Jarre dans les Pyrénées-Orientales : « Le Métavers est un enjeu de souveraineté »

Invité le 23 mai par l’IDEM, école des métiers de l’audiovisuel et de la création près de Perpignan, l’auteur-compositeur de musiques électroniques Jean-Michel Jarre est venu plaider pour que la France ne manque pas la marche du Métavers et que les investisseurs délaissent leur pudeur.

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Le Métavers, c'est à la fois vertigineux mais aussi un luxe impensable où nous allons pouvoir définir de nouvelles modalités de créations, complètement nouvelles, a déclaré l'auteur-compositeur français Jean-Michel Jarre le 23 mai, depuis les Pyrénées-Orientales.
"Le Métavers, c'est à la fois vertigineux mais aussi un luxe impensable où nous allons pouvoir définir de nouvelles modalités de créations, complètement nouvelles", a déclaré l'auteur-compositeur français Jean-Michel Jarre le 23 mai, depuis les Pyrénées-Orientales. (Crédits : Yann Kerveno)

« Il ne faut pas laisser partir le Métavers, où nous avons des compétences, comme nous l'avons fait avec internet que nous avions inventé puis laissé filer aux États-Unis, la réalité virtuelle c'est l'internet de demain. »

Venu inaugurer, ce 23 mai, le nouveau studio audiovisuel de l'IDEM, « un lieu créatif et collaboratif autour de l'image, du son et de l'immersif », annonce l'école des métiers de l'audiovisuel et de la création installée au Soler (près de Perpignan), Jean-Michel Jarre, l'auteur-compositeur de musique électronique, en a profité pour livrer sa vision de cette disruption en cours.

L'IDEM a ainsi officialisé son ambition de lancer une filière consacrée à l'industrie du Métavers. En collaboration avec des entreprises membres du Pôle Action Média à Perpignan et avec le soutien financier de l'Etat, de la Région Occitanie et de Perpignan Méditerranée Métropole, elle va créer le MétaLab, un laboratoire orienté média et Métavers que se partageront artistes, développeurs, startups et étudiants pour expérimenter et créer les nouvelles pratiques web de demain.

Vertigineux

L'IDEM avait invité Jean-Michel Jarre, qui a déjà collaboré avec l'entreprise catalane VRrOOm (acteur de la réalité virtuelle et créateur de véritables mondes fictifs) pour son premier concert virtuel "Welcome to the other side" le 31 décembre 2020, reconduit l'année suivante. Et l'artiste martèle un message : la France et ses entreprises ne doivent pas passer à côté du Métavers, et pour ça, les investisseurs ne doivent pas rechigner.

« C'est une chance pour les artistes, le Métavers rapproche finalement une conception très cérébrale de la culture avec une expérience plus sensible, déclare-t-il. Et il permet aussi de rapprocher deux univers qui ont été trop longtemps tenus à distance l'un de l'autre, la culture et la technologie. J'ai eu la chance de connaître deux disruptions dans ma vie, celle-ci et celle que j'ai vécue lorsque j'étais au groupe de recherche musicale avec Pierre Schaeffer. Parce qu'il n'y avait personne derrière nous pour nous guider ou nous restreindre et que nous avons pu ouvrir des portes sur des territoires vierges. C'est exactement ce que nous vivons aujourd'hui avec le Métavers, c'est à la fois vertigineux mais aussi un luxe impensable où nous allons pouvoir définir de nouvelles modalités de créations, complètement nouvelles. »

« C'est nous qui sommes novateurs »

Il prévient toutefois qu'il ne faudra pas tarder trop avant de réagir : « Après la période du Covid, en espérant qu'elle soit bien derrière nous, il faut que cette disruption soit à notre avantage et que nous puissions consolider la place de leader que nous y occupons aujourd'hui. C'est nous qui sommes novateurs, nous avons de l'avance, il ne faut pas passer à côté de cet atout ».

« Quand je fais le concert du nouvel an, "Welcome to the other side", il est en direct depuis l'Élysée, diffusé à la télévision, sur les plateformes de broadcasting dans le monde entier, sur les réseaux sociaux et en réalité virtuelle, cite-t-il à titre d'exemple. Et nous avons les compétences, notamment avec l'entreprise VrOOm qui nous a permis de battre le record du monde avec 75 millions de spectateurs... »

Tarifs, censure...

Mais Jean-Michel Jarre estime que c'est aussi un enjeu de souveraineté, un mot qui retrouve un lustre perdu dans le nouveau contexte géopolitique mondial d'aujourd'hui : « Quand je diffuse un concert en réalité virtuelle, nous sommes obligés de nous appuyer sur des plateformes étrangères parce que nous n'avons pas de cloud souverain en France. Cela nous expose forcément à ce que les plateformes augmentent leurs tarifs de façon discrétionnaire, mais aussi à une éventuelle censure de nos contenus ».

« On voit aujourd'hui des stratégies très agressives, de Meta par exemple, la maison-mère de Facebook, qui vient à coups de dollars pour débaucher les talents que nous avons ici en France et plus généralement en Europe, ajoute-t-il. Mais la question n'est pas tant de résister que d'y répondre. Il est temps que les investisseurs, publics et privés, prennent conscience de ce qui est en train de se jouer. Parce que là, nous parlons d'économie mais aussi d'emplois et de développement durable et qu'il serait insensé que la technologie n'amène pas une partie de la solution. »

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